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Liberté d'enseignement

Nous nous soninios fait ces quoslions, et nous y i'('i)on(lons dans cet e.Tamen, que nous donnons au public sous une forme toute élémentaire. Nous avons youIli être simple, afin d'être i[)lus précis; et, pour ne pas cesser d'être calme, nous nous sommes exposé à rester froid. A d'autres il est réservé de revêtir d'un style sublime d'eifrayantes et inipossibles théories \ Comme il s'agit maintenant surtout de réalités, nous avons saisi la question par ce qu'elle a de plus substantiel et de plus pratique. Nous n'avons pas l'intention de faire du bruit, mais seulement de jeter quelque jour dans une question d'une in.mense portée, sur laquelle beaucoup dissertent sans la comprendre, et que les passions ont rendue plus délicate, plus difficile, plus dangereuse qu'elle ne devrait l'être.

* M. de Laniarlino , dans un morceau récenimcnl pul)lié, ol rev(*ln de Ions les prestiges du langage, se pionor.ce comme nous pour la liberLc' d'enseignement : mais il veut qiTc lie s'opère par la séparation eiUière d(i rF-glise avi'c rr,Lat; de telle sorte rjue le gouvernement no. ferait i)lus de traitement au cleigé et reprendrait les temples. 11 y aiuail beaucoup à dire sur la légitimité de cette nouvelle eoiifiseation : niais à quoi bon provoquer des commotions sociales? l'expérienc^e d'un peuple voisin ne nous ])rouv(-!-elle pas que celle e(rroyal)le rupture n'est pas nécessaire à la libeilc" d'enseignement.

Si Ton nous demande pourquoi nous descendons de la chaire des vérités divines pour entrer dans ce champ clos des discussions humaines, nous répondrons que nous prenons bien à regret cette position nouvelle, mais qu'on nous y a forcé puisque d'abord il nous est interdit de parler connue Evcque de certains intérêts sociaux, qui sont cependant intimement liés avec ceux de l'Église, et puisque d'ailleurs nous avons à combattre beaucoup d'honnnes qui n'admettent pas les raisons tirées de la foi. Est-ce donc notre faute, si l'on ne comprend plus, si l'on ne veut plus conqM'endie les considérations purement religieuses, et si la plaie est envenimée au point que les remèdes qui devraient le mieux la guérir ne font que l'aigrir de plus en plus? Nous le savons, le langage humain convient mal à notre bouche; cependant il faut bien l'adopter avec ceux (pii n'ont rintelligence que de celui-là. L'apolre saint Paul ne le faisait-il pas à l'égard des ( ln'('liens récennnent airachés au i)aganisnu^? Ne disait-il pas aux lidMes de Uonu^ : Je roHs parle un UuKjaiic himuiin à raiisr dv rin/ii'milr de rohr naliirr. (Uom., vi, 9.)

On s'obstine à r('»[)éler (pu^ nous ne di^fendons que la cause du clerg(' : il faut bi(Mi faire voii* que nous di'^fendons la cause de tous, mruK^ la cause de ceux contre qui nous réclamons.

On (lit qu'il roccaslon de la liborlé (Venseignoinonl, il y a guerre entre l'épiseopat et l'université; cela peut être, mais ce n'est qu'un résultat (le la question , ce n'est pas la question elle-même. La guerre existe entre le droit et l'usurpation. Il est bien vrai (|ue l'épiseopat est du côté du droit et ([u'û combat pour lui, mais il combat avec les amis de l'ordre et de la juslice; il combat pour la France autant que pour l'Église, pour la famille aussi bien que pour la conscience, pour la Charte consliLUlionnelle en même temps que pour TEvangile.

Aussi, qu'on le remarque bien, c'est uniquement une question de droit (]ue nous allons traiter et non point la question du fait accompli; c'est-à-dire (jue ce (jui nous occupe, c'est la loi (\u\ doit è(re discutée bientôt ^ et non pas précisément la position que le gouvernement nous a conservée jusqu'ici. Nous serons, sans doute, forcé de touchera cette position, mais ce sera pour l'examiner en elle-même , et non pour jeter le blâme sur le pouvoir qui l'a maintenue. Nous signalerons le passé, alin d'éclairer

• Dans nos coiivicLions , la loi du '.>8 juin i83ij, sur

rinsli ucliou primaire no peut ùli'c. <|U(î pi'ovisoirc, puis-

(nrdli) est ('laMi»; loul cntiôi'o siu' Ui système du mono-

pol(î. D'aiUL'Uis ceux in(''m(* (|ui sonL cliargi's d(; la faire

exécuter, en ont di'jà compris les graves inconvenicnls.

ravenir; mais nous ne nous cliargorons pas do le juger. Nous pensons qu'il faut faire la part des difficultés innouibrablcs qui se rencontrent à la suite des révolutions et qui conunandent quelquefois l'ajournement des mesures les ph.s désirables. Le gouvernement actuel n'a pas créé l'université : il l'a reçue, et peut-être ne pouvait-il pas d'abord se dispenser de la recevoir, telle qu'elle se trouvait alors, malgré tout co qu'elle offrait d'antipathique au nouvel état do choses. Maintenant il lui est réservé de la mettre lout-à-fait en harmonie avec nos institutions, ce qui, selon nous, ne peut se faire que par la liberté absolue de l'enseignement ^ Nos asscrtions paraîtront peut-être d'abord étranges et hardies; nous demandons en grâce qu'on veuille bien ne pas se prononcer sur leur valeur avant ih nous avoir lu jusqu'au bout. On a tant abusé en France de la libeité, que les gens de bien sont excusables de la redouter à l'excès. Oui, sans doute, la liberté a ses dangers; mais (piand ell(* a ])assé dans les mœurs, cpiand elle (\st écrite dans les lois, (piand q\Ui est devenue nn besoin

* ^^ous \tV. parlons pas dans cet (m rit dt's Fa, nlu's ^^h'- ("lal(!S nui, ('vidctnnu'nl, d()l\ . ni rtn' soiiiuisi s à des (ondilion.'î p;n licnlièrcs. l^a libcrti' t'sl proniis»' à IVnw'it;u('nii'nl , mais non à l'cxirt'i'»' de la nn-di'c inf, du tJjoil , etc.

piil)lic, le plus grand dangor pour un gouvornonionl, c'est de vouloir la comprimer au lieu de la meure dans ses inlérèls.

Au reste, nous ne voulons détruire rien de ce qui existe. L'université peut garder toute sa hiérarchie, toute son organisation, ses comités, ses inspecteurs, ses examens, ses grades ; seulement nous demandons, (ju'à côté de cette société savante, puissante et riche, il soit permis à chacun d'élever des maisons d'éducation pour lesquelles l'état ne ferait aucun sacrifice et sur lesquelles il aurait seulement un droit de surveillance ^

Nous nous adressons aux hommes séiieux, et nous les prions de nous réfuter, si nous ne sonmies pas dans le vrai. Nous ne tiendrons pas compte des autres attaques. Nous nous présentons avec les armes de la logique, et nous prétendons combattre pour l'intérêt de la société toute entière. Sur ce terrain, Dieu aidant, 1rs sarcasmes ne nous atteindront pas, les menaces surtout ne nous intimideront pas.

* jNI. Guizot a (Ut : « 11 apparlient à l'Etat d'odiir l't'- « ducalioii dans les (itablissciucnls piiWics à ceux (|ui vou- « (Iront la recevoir, et de la suiveiller dans les elahlisse- «« nients où ell(! est l'objet de specidations particulières.» Nous ferons st;ulenient obseiver à l'illustre écrivain (j«ie, grâces à Dieu, toutes les maisons particidières d'éducation de ce <;enre ne sont pas des objels de sp«'cnIalion.

Nous cnlendons par la liberté (Verne Ignemcnt le droit acquis à tout Français de se faire iustruirc par qui bon lui sendjie, et réciproquement le droit pour tout Français de coninumiquer aux autres l'instruction qu'il a ou qu'il ])rétend avoir, sauf la répression des lois^ si l'on abuse de son droit. Ainsi nous comprenons la liberté de l'enseignement dans le sens le plus naturel et par cela meine dans sa plus lariçe acception ^ Nous en mesurons, autant qu'il est en nous, toutes les conséquences bonnes et mauvaises et nous disons avec une conviction pi'ofonde, que, dans l'ordre actuel des choses, cette liberté d'enseignement est une nécessité.

Pour que la liberté d'enseignement soit une nécessité parmi nous, il sulïit qu'elle^ soit un droit.

Sous une monarchie^ absolut^ un droit n'(\st pas toujours en fait une nécessité, parcc^ (pu»

• (^l'st ainsi (|n\'llo est coiiiprisoen Hi'l{j;i([U('. C'est (lonc dans (M' sens (jiie la deinaiHle M ' \c eardinal-archcvriiiu» de Lvon, aussi l^icn que tous ceux (jui ri'clamcul la libcrU' d't'useignrnicnt sans rien dire rjui rcslrciijjno leur p»Mis»M'.

]o pouvoir tllsoréiionnairo peiK, par une doc!sioii sans appela en interdire l'exercice; mais dans une monarchie consliuilionnclle qui proclame en Icle de sa loi fondamonlale que les Français so}ii é(jaux devant la loi, un dioit et surtout un droit public et général établit tellement uneiiécossilé, qu'en le méconnaissant, en l'enlravanl, on ébianle les bases de la conslilulion et on compromet l'avenir de la société.

11 ne s'agit donc pas de se demander de ( ombien d'individus se compose le corps de l'univei'silé qui jusqu'à ce jour a monopolisé l'insiruclion , ni quels sont ses appuis et ses pi olecleurs. Tl s'agi t de savoir si celte inst i lut ion , telle qu'elle .Ç(? comporte aujourd'hui^ esl selon la loi ou contre la loi.

Quand elle ne serait contraire qu'aux droits cei'lains du très-petit nombre, ces dioits certains déviaient l'emporter sur elle ou bien la chaite serait un inenson<^e. Or il nous send^le trèsfacile de faire voir que l'organisation actuelle de l'université est formellement conti'aire aux droits de tous, même aux droits de ceux qui en font [)artie. L'université peut bien procurei* à ces derniers une position qui lesllalte, mais il n'en est pas moins vrai que , du jour où ils voudraient pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, s'alli anch'r de son joug (et nous connaissons d'aiieiens universitaires qui en sont là"), ils

seiniririeiit (jirils ne sont pas libres. Ce ne sont clone pas des exceptions ni des privilèges, ce sont les droils do Ions ([ue nous allons élablii*.

La liberté de 1 enseignement est un droit [)Oiir tous, parce que la charte constitutionnelle de 1830 Ta promise et consacrée ^

(( Art. G9. ïl sera pourvu successivement [ ar « des lois séparées j et dans le plus court délai « possible, aux objels (pii suivent... S'I'insU'uc- « lion [)ubli(pic et la liberU' d'enseignement. » Une promesse aussi posiiive de la part d une des parlies conlracîanles établit un droit en laveur de Taulre pariie: personne ne le conteste. Donc tous ceux qui sont ap[)elés à concourir à la l'ormalion des lois, (piand ils l'ont serment d'obéissance à la charte , conlraelent rol)ligalion la [)lus saciée de salisCairc» à celle [promesse dans le p/us courl dr/ai possible.

Mais (Ml (juoi consisio crllc [jromesse? Le

' Si l'on r, -poussif iids coiu:Iu-io:is (. oinm»' cxorljil.mj'S, iilois II laiil piouvcj' (nri,'llc3 soiil m.il (.li'diiilrs. Si elles ( l.iu'iil K'j^Uinu'à , ri (jML' ccpriKlanl (iii n'iu vnulùl pas, mIoi'S il laudiMil, pour v,c pas iHrc incoii-^t (pu-nt, nous doiiurr [\\\v anli'c cosKSliimion, ce (pi(> sans donU' on n'i'Sl pi.5 IiMiUmIc (aile; M donc ou mainluiil la iliailc/d nous la l..iUa\ 'c liiiilts arscoiisrcpi iR'cs iiaiiiM'Ilrs <i n;'crssnii\'9.

voici selon nous : Elle consiste a régler rinstruC' lion publique de manière a donner la liberlé d'enseignement^ c'esl-à-dire qu'on aura salisl'ail à celle promesse, quand on aura combiné les encouragements el les faveurs, les répressions elles peines avec la liberté donnée à tous d'enseigner, sous leur responsabilité personnelle, et sauf les peines de droit conlre ceux qui auront fait mauvais usage de leur liberté.

La charte ne suppose ici aucune mesure ni préventive ni impérieusement directive. La liberté est chose indivisible; elle est ou elle n'est pas. Une censure quelle qu'elle soit, serait incompatible avec la liberté de la presse ^.

Un examen préalable quel qu'il soit, quand il est obligatoire, est essentiellement offensif de la liberlé d'enseignement -. Donc de quelque manière que soit conçue la loi sur l'instruction

* Des hommes nsûmaljlcs rcgrelteiU la censure; nous n'avons point ici à discuter leur opinion : elle a de fortes raisons en sa faveur. Nous disons seulement que la liberté de la presse l'exclut nécessairement. Nous iaisons des déductions et non des théories.

2 Les brevets et les grades universitaires ne sont pas détruits par la liberté d'enseignement. Ils demeurent même obligatoires pour ceux qui font partie de l'Université ou qui veulent entrer dans certaines carrières spéciales , mais ils deviennent seulement facultatifs pour les autres qui ne font qu'enseigner, Ces brevets et ces grades

publique, la liberté d'enseigner et de se faire enseigner doit rester entière. Donc l'article fondamental devra, comme en Belgique, se résumer en ces paroles : renseignement est libre; toute mesure préventive est interdite: la répression des délits n'est réglée que par la loi.

Que l'on ne dise pas que cette interprétation est arbitraire, car elle est littérale et exclusive de toute autre. Si le législateur eût voulu réglementer l'instruction publique tout-à-fait à son gré, il n'eût pas ajouté ces mots, qui évidemment n'y ont été mis que pom" limiter les droits du pouvoir : Liberté d'enseignement. Mais il les a ajoutés , parce qu'il savait bien que la France le voulait ainsi, et comme pour lui dire : quels que soient les règlements à intervenir sur V instruction publique , vous aurez la liberté d enseignement.

N'est-ce pas ainsi et uni(iuemcnt ainsi (pie s'explicjuent les autres numéros du même article? par exemple :

V L application dujurtj auxdélitsde la presse. N'est-ce pas à dire : de quelque manière cpie

seront toujours pour ces dernu-r» , des tilros à la confiance publique, et nul doute ([uc beaucoup d'entre eux ne a'cftorccnt de les obtenir, si surtout le jury d'examtn est composé de nuinièrc à ollrir des gaianlies d'impartialité.

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soient coufiics les lois i^oiir la répression des clélils (le la press(*, lojiirj/ y sera toujours appliqué.

T La responsabi/ilé des mini sir es cl des autres agents du pouvoir. N'est-ce j)as à dire : quelles que soient les personnes considérées connue agents du pouvoir etc. ; les ministres du roi, en cequi les concerne, seront toujours responsables.

Qu'on liseattenlivenient tous les numéros qui suivent et on verra que dans chacun d'eux il y a au moins un mol d'un sens absolu (pii renferme rintenlion bien arrêtée du législateur, et il est évident que dans le n° 8 , ce mot est : Liber lé d'enseignemenl.

D'ailleurs dans toute loi les articles doivent s'cx[)liquer et se conq)léler les uns par les aufres. Or, sans l'interprétation (pie nous donnons à l'article 09, comment expliipier les articles 7 et o de la même cliarle.

'( Art. 7. Les Fiançais ont le droit de [)ubli{'r '( et de faire imprimer leuis opinions en se u conformant aux lois. »

Tout le monde convient cju'il ne s'agit ici de lois ni restrictives, ni prévonlives ^, surtout eu

t F.a loi du i8 juillil i8.>8 , coiilirmcc par celles du l4 tleeeinbrc i83o cl du 8 avril l83i, porle : Art. i" « Tout « Français niajeur jouissant des droits civils, pourra, « sans aulorisaiioi) prOalabl') publier un journal oiu'ci'it » piiiodiquc; cfr, »

ce qui regarde la manifestalion de ses opinions laite autrement que par la presse.

La liberté de publier ses opinions est parmi nous complète, absolue, sans aucune entrave antécédente. Mais, enseiyiier en public ou en particulier, n'est-ce pas manifester ses opinions, c'est-a-dire ses idées, ses convictions, ses croyances, ses sentiments , toutes choses identiques aux yeux de la loi? Comment donc l'article 7, dont le sens est évidemment illimité, serait-il vrai dans toute son acception, comme il doit lelre, si l'enseignement n'était pas libre? Quoi! vous me dites d'une manière absolue et sans exception aucune , que j'ai le droit de publier mes opinions, et parce que je donne à cette publication la forme de l'enseignement, vous dites que mon droit ne va pas jusque là! Quoi ! je puis faire imprimer mes opinions ^ , je puis les publier et je ne puis pas les énoncer par la parole, dès que je suis assis dans une chaire de professeur! Il m'est permis de me servir de la presse ou de toute autre voie pour inonder la France entière de mes idées, et je ne pourrais les conmumi(pier dans l'intérieur de ma maison à dix. ))ersonnes réunies! En vertu

• On coiiço'iL Irùs-buii cjuc rinSv'ij^iiDinciU oùLpurUc i'\c('[)tc tic laUl)ritc iIoiuk'o ilt; publicr'si's o[)iiiioiis, uiais il uc Ta pas clO, ctcdasulUt à iioU'c preuve.

tu droit de publier mes ophiious, je puis écrire, paiit qu'il me i>laira sur la religion, sur la politique, sur la philosophie, sur toutes les matières les plus graves et les plus éj)ineuses; je [>uis prendre tous les moyens qui pourront liie convenir pour propager la lecture de mes écrits, la conmumication de mes pensées, et vous voulez qu'il soit dans l'esprit de cette inème loi de m'empecher de donner des leçons de grammaire et d'arithmétique? Vraiment nous croirions faire injure à rinteliigence de nos lecteurs en réfutant plus au long des contradictions si peu soutenables ^ Poursuivons donc.

« Art» o. Chacun professe sa religion avec une

^ M. Ghassan, dans son Traite des dé 'ifs et confj-aucnfions de la parole f elc, fliit une observation qui établiL en faveur de noU'c llièsc un argument afoidori. «L'Eeri(urc « et la Presse, dit-il, tt.int des niovens de propagation « plus prompts que la pai o'c , le mal , s'il y eu a ini , est « plus ou moins grand, selon le moyen dont on s'est servi. « La parole ne s'adresse qu'aux individus j l'écriture « et la presse s'adressent aux masses. Il n'y a plus pour « elles ces limites queTes^ ace oppose à la voix ou au geste. 1» Elles vont chercher et remuer la muUitndt: dans les re- « gions les plus lointaines. L'ur ellet n'(*.stpas individuel « et fugitif, cojnmeeelîii de la parole, il eftgf'nrial et p; r- »« man(;nt. » (T. j**", p. 8.) Mous n'attachons poujiant à ce raisonnement qu'une imj ortar.c î5<con(!air.", attendu que chaque moyen de publicaliou a son gcnrj de supcliurilc.

c( égale liberté et obtient pour son culte la même « protection. ))

Être libre de professer sa religion , c'est d'abord ne pas être contraint de faire ce qui lui est opposé : c'est ensuite pouvoir faire tout ce cpi'elle commande. Or l'un et l'autre est inséparable de la liberté absolue d'enseignement.

Dans toute religion il est défendu de s'exposer à la perte de sa foi ou de sa vertu. Tout le monde sait qu'on s'expose à la perte de sa foi en entendant des discours qui lui sont contraires, surtout quand c'est de la part de ceux qui ont beaucoup d'ascendant sur notre esprit, et à la perte de sa vertu en fréquentant des personnes ([uï ne sont pas vertueuses.

En ce qui concerne la foi, ce précepte négatif est plus rigoureux dans l'Eglise calbolique que dans les auti'cs connnunions, parce que les dogmes y sont [)lus positifs.

Maintenant connnent un enfant pouri'a-t-il observer ce précepte si on Tobligc^ à suivre les liîeons d'un maître (pii n'a pas la même religion que lui, ou cpii n'enaaucune, ou (pii, dans tous les cas, professe des doctrines (pie la religion de l'élève déclare être de graves erreurs? Ce raisonnemciit va devenir plus sensible [)ar un oxenq)le.

Tel village est en majorité calliorupie; l'école co^mmunale y est caliiolique au;>si, mais il s'y

trouve dix enfanls protcslanls a qui vous rendez impossible le choix d'un maître de leur communion^ et qui, de la sorle, sont obligés d'aller auprès d'un instituteur dont les leçons se trouvent opposées à celles de leur ministre. Pouvez-vous dire que la religion de ces enfants soit libre? Pouvez-vous dire môme que celle des jeunes catholiques qui sont , contre le grc de leurs parentSj mêles à de jeunes hérétiques, ne soit pas également froissée de ce mélange?

Et si cette école offre des dangers pour les mœurs, ou de la part des élèves, ou, quelquefois, hélas! de la part des maîtres... des parents obligés d'y placer ce qu'ils ont de plus cher au monde, ne sont-ils pas violentés dans leur conscience? Et la conscience se sépare-t-elle de la religion ?

Que les calholiques, les protestants, les juifs, (jue les croyants et les impies, que les l)ons et les méchants se mêlent, s'ils le veulent, les uns aux autres; qu'ils manquent ainsi librement phis ou moins à leur religion; c'est légalement un de leurs droits. Mais la loi constitutionnelle qui, par sa nature , le leur permet toujours, ne doit jamais les y forcer en aucune nianière.

On répond que des parents ne sont jamais rigoureusement contraints d'envoyer leurs cn- Janls à tel collège ou à telle école.. iMais ([uand il ne l(Hir est pas possible de les placer au

loin, n'y a-t-il pas pour eux une véritable nécessite (le les mettre dans la seule institution qui est sous leur main; car, puisque vous ne leur permettez pas d'avoir sur les lieux le maître qui leur conviendrait , ou vous les contraignez à les laisser dans l'ignorance, et alors ils ne sont pas égaux aux autres devant la loi, ils ne sont pas également admissibles aux emplois civils et militaires, dont vous leur fermez l'entrée , ou vous outragez leur conscience au nom de la loi, et alors la charte n'a plus pour eux d'article IL El cependant pour que la religion de tous soit libre et protégée devant la loi , il ne sullit j)as que personne ne soit contraint de faire ce (jui lui est opposé : il faut de plus que la loi laisse chacun libre de faire ce que sa religion lui commande.

Or, puisque la religion et la morale font essentiellement partie de l'éducation; puisque la croyance et la moralité des maîtres se foiit né-cessairement sentir a la conscience de l'élève , le choix d'un maître est éminemment un acte reliîiieux.

Donc, si l'article 5 n'est pas une déception, l'élève doit pouvoir choisir son maître en toute liberté, absolument connue il choisit son livre, et par conséquent c(»hii (ju'il a clioisi doit avoir le droit de l'instruire; autiement le* maître* \\{\ serait plus pour l'élève (piun livre fermé, et le

droit que la charte assure à celui-ci serait dérisoire.

Et ces principes sont d'autant plus incontestal)les que l'article 5 promet à chacun non-seu- Iciuent liberté^ mais proleclion pour son culte : en sorte qu'une loi sur l'instruction publique doit avoir pour but non pas de restreindre, mais de maintenir, de ibrtifier, de garantir contre toute atteinte le droit sacré, promis à chacun , de se faire instruire selon sa conscience ; tellement que si, par excès de zèle, une autorité quelconque voulait s'opposer par mesures pré- Yentives à une éducation ou privée, ou publique, connue jamais l'idée d'éducation ne peut se sépai'er entièrement do l'idée de religion, la loi ^ serait là pour proléger le citoyen contre tout abus de pouvoir, sauf toujours de la part du magisirat le recours aux lois répressives, quand il y a délit, et seulement alors.

Donc la liberté d'enseignement, prise dans sa plus large acception, est un droit pour tous les Français. Donc chacun doit pouvoir professer les lettres et les sciences, comme chacun peut enseigner un art mécanique, et parler h sa 'façon. Or nous répétons que, dans une monarchie constitutionnelle quia consacré l'égalité de tous devant la loi, un droit, et surtout un droit pu-

* D'accord avec l'article 3 de la loi du 25 mars 1822.

blic, impose :i ceux qui poiiveiil y salisf'aiio un inovilablc devoir. Donc la liberté d'enseignement est une nécessité.

Si l'enseignement ne devait pas être libre pour tous, c'est que quelques-uns pourraient s'attribuer le privilège exclusif d'enseigner. Or d'où leur viendrait ce privilège? D'euxmêmes? Mais a les Français sont égaux devant (( la loi, quels que soient d'ailleurs leurs titres (( et leur rang. » Art. 1". Du gouvernement du roi? Mais le roi qui «fait les règlements et <( oi'donnances pour l'exécution des lois, ne (( peut jamais suspendre les lois elles-mêmes, « ni dispenser de leur exécution. » Art. 13.

<( Le roi et ses successeurs jurent , à leur (( avènement , en présence des cliambres réu- « nies, d'observer fidèlement la cbarte consti- (( tulionnelle. » Art. 85.

Sur quoi donc pourrait être légitimement fondé le monoi)ole de l'enseignement? Sur quelque décret de IVMupire, ou quebpies lois antérieures a noire conslilulion? Mais « toutes les <( Jois et ordonnances, en ce ([u'elles ont de (( contraire aux dis[)ositioiis adoptées pour la H réfornK^ de la cliarle , ont été et demeurent (i annulirsiM abiog('es. » Art. 70. Or, (ju'y a -l-

(le plus cxprcssomeiit conlraire à la liberté que (les lois el ordonnances consacrant le monopole? Donc ces lois et ordonnances ont été abro^V^es de plein droit par la charte. Ainsi, lorsque pour juslifier le despotisme uni versi (aire, on invoque les décrets de l'empire , c'est comme si on se fondait sur un (?dit de Charles Y pour rétablir les gabelles, ou sur la révocation de l'édit de Nantes pour poursuivre les protestants.

Tout privilège exclusif d'enseigner est donc aujourd'hui essentiellement illégale II lesei'ait entre les mains du clergé comme entre celles de tout autre, et nous demandons ici qu^on prenne acte de nos paroles.

Ce monopole peut encore moins appartenir îi l'état ({u'àdes individus.

L'habitude où l'on est de voir l'état en possession de gouverner seul tout l'enseignement public, peut, au premier abord, faire trouver

* Nous ferons roiunniupr de nouveau que par ces paroles el d'autres seiidjlal)les, nous n'entendons nultenient jeter le Marne sur le <j;ouvernemcnt qui a cru devoirniainleiiir depuis iJ ans l'inslrucLion publique dans une situation provisoire. Quon n'oublie pas que nous traitons luie question de droit et cpic nous avons surtout en vue !'av(>nii".

cotte proposition étrange. Cependant la prouve en est facile et nous demandons seulement qu'on la reçoive avec calme.

Les individus qui seraient mis en possession du droit exclusif d'enseigner se trouveraient dans une position illégale, en ce que, contrairement à l'art. 7, ils auraient seuls le pouvoir de publier leurs opinions sous la forme de l'instruction publique, et comme ces opinions toucheraient souvent aux croyances, ils auraient seuls, sous le rapport de renseignement, le droit de professer leur religion^ ce que les autres ne pourraient pas faire avec mie égale liberté. Ce privilège serait certainement et direclement contraire a la loi, nous ne saurions trop le dii'O. Cependant, a la rigueur, son exercice serait matériellement possil)le, parce que ces individus privilégiés pourraient avoir, sur toutes les branches d'enseignement, des opinions arrèt('^es, et, en religion , des croyances i)Osilives. Mais il n'en est pas ainsi de l'élat dans sa forme conslilulionnell(\

Kt , pour parler d'abord des croyances, un

gouvernement ({ui protège et (pii s'obhgc^ à [)rotéger également toutes les religions ne déclarc-t-il pas et ne doit-il i)as déclarer (\\w , comme gouvernement, il n'en adopte et n'en professe aucune? Ne l'a-t-on pas r(''duit à cette condition (mi retranchant de la constitution la

religion âo VéiaL El si co mot trop fanioux que la loi doit être athée, est cboquaiU dans les ternies par l'horreur que Fatliéisme inspire , n'esl-il pas exact au fond, au moins pour la pratique, en ce sens que notre loi civile est essentiellement indifférente aux choses qui n'ont rapport qu'à Dieu ou à son culte?

a Reléguée à jamais aux choses de la terre, a « dit un homme dont on ne récusera pas le té- (( moignage % la loi humaine ne participe (( point aux croyances religieuses ; dans sa ca- (i pacité temporelle, elle ne les connaît ni ne les (( comprend. » C'est sans doute une nécessité de notre système social, nous ne la jugeons pas, nous l'acceptons dans toute son étendue, mais, malgré tout le respect que nous portons à la loi, nous demandons si ce n'est pas là un véritable athéisme ?

Maintenant qu'on veuille bien nous dire comment un état qui n'a pas et ne peut pas avoir de religion , appuyé sur une loi nécessairement alliée^ peut s'attribuer le privilège de l'enseignement? Qu'on veuille bien nous direcomment un état qui ne croit à rien, peut avoir seul le droit d'enseigner ou de faire enseigner les croyances, et comment il est possible de confier à une loi

* M. llojer-Collai'd. (Discours contre la loi du sacri-

h'gO.)

alliée le privilège public d'une inslruclion qui doit être, de l'aveu de tous, essentiellement morale et religieuse.

Et ce que nous disons pour la religion, nous pourrions le dire également pour les sciences et notamment pour la philosophie. Obligé de laisser circuler toutes les opinions philosophiques, l'état est radicalement incapable d'en imposer aucune exclusivement aux autres. Aussi, qu'arrive-t-il ? Que chaque professeur est, en philosophie, absolument abandonné h ses systèmes particuliers, et que celte autorité enseignante, qui veut bien s'appeler un corps, professe par ses mille bouches les opinions les plus diamétralement opposées. Etrange hardiesse ! Le monopole dit impérieusement a tous les cnfanls de la France : Vous viendrez étudier la philosophie dans mes collèges et non ailleurs, souspeine de vous voir fermer toutes les carrières publiques. Par une telle injonction ne donnc-t-on pas a penser que la philosophie universitaire est, au moins sous quelque rapport, préférable aux autres, ou tout au moins, ne suppose-t-on pas que cette philosophie a une valeur quelconque? Mais, pour avoir une valeur quelconque, il faut d'abord exister. Or, voici le i)oint le plus curieux : c'est que la philosophie (pie l'on impose à la jeunesse française n'existe pas. Non, la philosophie de l'université, c'est-îi-dire un corps de

(loclrincs pliilosopliiqiios adoptées et coiisarrees par r université, qu'on puisse appeler un cours de philosophie universitaire, cela n'existe pas. Non, cela n'existe ni imprimé, ni manuscrit, ni en réalité ni même en projet. Non l'universilé n'a pas de philosophie et elle ne peut pas en avoir, et cependant l'université ose dire à la France : c'est moi seule qui instruirai vos enfants dans la science philosophique ^ Nous ne YOidons rien d'irritant dans cet examen et nous éviterons de rappeler quelles ont été les suites de ces prétentions inouies. Nous voyonsce qu'on a promis^ nous ne dirons pas ce qu'on a donné; mais nous dirons en passant, que c'est là ce qui rend Tuniversité comme corps insaisissable aux représentations les plus légitimes des évéques dans ses enseignements philosophiques. V\\ de ses membres a-t-il professé quelque doctrine, matérialiste, sensualiste, panthéiste, etc., les évoques réclament, l'université répond : c'est le fait d'un membre isolé, le corps ne saurait en

* Nous savons bien qu'U existe des ouvrages de philo soplûe approuves par le conseil royal d'inslruelion pul)rt(|ue: mais nous sommes bien sur que les professeurs n'en font (jue l'usage qu'il leur plaît. Si cependant le monopole voulait les rendre obligatoires à l'exclusion de tout autre, alors nous aurions à lui faire d'autres r('i)onses qui lui seraient certainement plus tlesavanlageuses encore et plus pénibles.

être rcspoiisa])lc. Un autre professeur nie la rëvéJalion pour l'honneur de la raison humaine : nouvelles réclamations. A quoi l'université re'plique : je ne réponds pas de ces principes , ils ne sont pas les miens. Et poursuivie ainsi dans toutes les écoles de son empire où l'on dit qu'on a ])lasphémé contre les vérités fondamentales de toute saine philosophie , elle esquive toujours vos coups , par cette défaite : ce ne sont pas là mes doctrines.

Ce ne sont pas là vos doctrines, c'est vrai, car vous n'en avez aucune et vous ne pouvez pas en avoir; mais aussi c'est faux, c'est mille fois faux, car vous les avez toutes, vous êtes obligé de les avoir toutes; toutes ont chez vous un droit d'asile et de protection. Ainsi, en réalité et en œuvres, vous èles un énoi^mect monstrueux panthéisme, où peuvent s'exprimer à la fois (ous les concerts des cieux , tous les blaspliémesdes enfers et toutes les folies de la terre; mais(jiiand on veut vous saisir, vous n'êtes plus qu'une négation et vous écliai)pez sous la main coinuie ime omI)re.

Or pourcjuoi l'université en est-elle réduite à cet état de contradiction et d'inq)uissance, sinon surtout parce qu'elle est identifiée avec l'état. Toutes les univei'sités du monde ont toujours eu leurs doctrines positives, d(''Jini(\s, avouées et comuies. L'université de France,

tiurloiU depuis treize ans, n'eu a aucune d'arrôlée ; et ce n'est le fait ni des ministres, ni des chambres : c'est le résultat nécessaire de sa position, c'est qu'elle est l'organe de notre gouvernement constitutionnel.

Est-il bien clair maintenant que le privilège exclusif d'instruire comm sous le nom de monopole, ce privilège qui ne peut être possédé par personne, ne peut surtout pas appartenir à rÉlat. Nous ne craignons pas de le dire : le gouvernement est, en droit, moins habile à posséder le monopole de l'instruction publique que le moindre citoyen. Si celte conséquence paraît exagérée , qu'on veuille bien réfuter le raisonnement d'où elle est déduite.

Il nous semble que notre démonstration est péremptoire : elle se résume en peu de mots :

La liberté d'enseignement est une nécessité parce qu'elle est un droit.

Elle est un droit parce qu'elle est formellement promise par la charte.

Parce que sans eilc les art. 5 et 7 de la cliarte seraient des inconséquences.

Parce que nul ne peut avoir,exclusivement le privilège d'enseigner.

Parcîe que ( e monopole ne peut pas surtout appartenir à 1 Ktut»

YL

Faul-il l'éponclre ici h une qiieslion qu'il est permis de regarder comme un outrage, mais qui n'en a pas moins cte faite. On nous a demandé si vraiment nous croyions qu'il fallût prendre la charte au sérieux , et s'il convenait a notre caractère d'invoquer une pièce rédigée dans des circonstances où la religion était toutà-fait à l'écart.

D'abord, c'est précisément parce que ce pacte social a été conçu et scellé sans aucune intervention possible de notre part, que nous sonnnes, en l'invoquant, moins suspects de nous rechercher nous-rmùmes. On le sait bien, la charte du 7 août a été volée, signée, consacrée, à une é])oque où l'on brisait les croix, où l'on pillait les maisons des évoques ;, où la robe du prùire ne pouvait sans danger paraître dans les rues de la capitale. Cette charte nepeutdoiic pas être soupçonnée d'avoir reçu riniluence cléricale; il y a donc quelque loyauté de notre part à nous apî)uy(U' sur elle. .

D'ailkuns, (jnelles (ju'aient été les circonstances où elle est née, elle n'en est pas moins devenue la loi fondamentale, la loisnprrmc du pays, la seule sur hupielle toutes nos autres lois repojcul tellemejit (pie , [>ar le seul fait de sou

cxislencc, elle annule loules les disposilious législatives qui lui sont conlraires. Et qua-id on se l'appelle qu'elle a été sanetionnée par les serments solennels de plusieurs millions de Français, précisément de ceux qui occupent les places les plus éminentes , et dans l'armée , et dans la magistrature, et dans l'administration , et même dans l'Eglise, qui oserait diie qu'elle n'est pas devenue et pour la société et pour l'État un objet inviolable?

Nous savons bien qu'on a plaisanté sur les serments, on les a représentés comme des formules sans portée et presque dérisoires. Horrible et lamentable plaisanterie ! On n'a pas craint de nous adresser à nous-meme cette question immorale : Qu'est-ce aujourd'hui que le serment? lïonnnes sans foi, aujourd'hui , comme toujours, le serment est la formule la plus sacrée, le lien le plus ijidissoluble, rengagement le plus redoutable qui, dans l'ordre naturel, puisse exister sur la terro. Les jurisconsultes, d'accord avec les canonistes et les théologiens, nous disent que cest l'attestation du nom adorable de Dieu, divini nominis alieslaHo. Celui qui fait un serment appelle la Divinité même pour être le témoin et le garant de sa persomie. En vain les lois, les constitutions et la société changent, la nature du serment ne change jamais, et lobjet dans lecjuel on le fait intervenir, dès lors

qu'il n'est pas frivole, n'ôleiicu ni à son imporlance ni à sa sainlelé.

Cependant il est des serments auxquels leur solennité concilie plus particulièrement nos respects; tels sont les serments des princes et des peuples dans les alFaircs publiques, surtout quand il s'agit de créer ou d'établir les constitutions nationales d'un pays.

Lorsque dans une circonstance si solennelle et si décisive le serment sort de la bouche d'un prince en présence de trente-trois millions d'honnnes qui lui envoient ensuite les députés de leurs provinces et de leurs villes pour échanger avec lui leurs' engagements en présence de^ toutes les nations du monde , témoins de ce contrat synallagmatique, en présence de rhistoire qui le proclamera certainement dans tous les siècles futurs, en présence surtout de Dieu lui-même , invoqué comme caution, qui l'enregistre au livre de ses justices éternelles , alors la terre et le ciel sont attentifs et il se fait une grande époque dans la vie des géné:'aiicns humaines. Or à quelcjuc opinion qu'on appartienne, il est inq^ossible de ne pas reconnaître que c'est ainsi qu'a été consacrée la charte (jui l'ègne aujourd'hui sur la FraïuH^. Commeut donc se rencontre-t-il des honnnes qui osent dire et aux législateurs et aux i)eu[)les (pie ce sont là de pures formalités cl (pion peut n'eu

lonir aucun coinplc. 0 vous qui vous jouez du })arjurc, llaUcurs iniprudenls ou des peuples ou des princes j dites-nous donc alors sur (piel sol nous marclionSj nionlrez nous donc sur quelle première pierre repose aujouixl'hui noire édifice social el voyez si vous ne nous couduisez pas à l'ai >i nie.

Ah! si le jeune prince dont le père en mourant a laissé dans la Fiance tant de vide et tant de deuil, doit un jour mouler sur le trone^ que Dieu le préserve du souffle empoisonné de ces maximes impies, mais que plulôt il apj)renne et des divins oracles et des exemples de son illustre aïeul que c'est la justice seule qui fait la gloire des nations et la slabili lé des trônes, jusiUia élevât (jenlem (prov. XÏY, 31) et flnnabllnr justilia (ronus ejus (prov. XXV, 3).

Loin donc d'avoir dérogé à noire position sous quelque côté qu'on l'envisage , nous pensons avoir l'ait une chose en soi noble et sainte en demandant l'exéculion enlière ih la charte à tous ceux qui ont l'ail serment de lui obéir.

Vlî.

A celle d('monslrnlion direcle nous pourrions ajouter une considération qui [uouve indireclement mais invinciblement la nécossit(; delà liberté que nous rév lamons, c'est l'impossibililé

(XI Ton est (le faire une loi sur i'iiislraclioii pu- ])liqjie en dehors de ce priiieipc. Nos législateurs n'oat-ils pas déjà senti leur impuissance sur ce point. Sans parler de tant d'essais qui ont été rédigés, raturés, élaborés et toujours abandonnés dans les cabine(s ministériels, deux lois, en préseiice de la ])atrie impatiente et de l'Europe attentive, nos législateurs se sont mis à l'œuvre pour nous donner une loi sur l'instruction publi(jue, et deux fois leur œuvre inachevée est tombée solennellement de leurs mains. N'est-ce pas là un fait signiiicatif? N'est-il pas étrange que, même avec le secours de la haute inteiligence qui préside aux destinées de la France, tous les ministres depuis 13 ans aient échoué devant cette entr(^prise? Pounp.ioi donc ayant fait des lois sur tout, même sur des points qui n'étaient ni promis, ni urgents, on n"a [>as pu en faire une sur celui qui nous occupe? Aliî c'est que toujours oa a voulu la faire en op[>osition avec le droit [)ublic ; c'est que tous nos honunesd'élat, quels qu'ils soient, sont, malgré eux, imbus des [)rincipesde la liberté constilulioimelle, et qu'ils ont voulu jusqu'ici asseoir sur celt(3 libji'té une loi impériale; et alors quand ils ont t Mité de rapprocher ces deux éléments, il y a (Hi répulsion et il a fiillu renoncer à la lâche, lit bien il en serait de menio anjourd'luii, ou

pliilol aujourd'hui la rcpulsloii sérail plus vio- Icîile encore, parce que la question commence à être mieux comprise. On nous assure que le ministère réunit en ce moment tout ce qu'il a de lumières et de ressources pour pouvoir présenter aux chambres un nouveau projet : nous ne savons aucunement dans quel sens ce projet peut être rédigé , mais voici ce dont nous sommes sûr : si ce projet n'est pas fi'anchement élaljli sur le vrai principe de la lil^erté d'enseignement , il se réduira toujours à deux mots : PuniLÈGE et OPPRESSION. Relisez-le, vous qui l'avez entre les mains, auteurs, rédacteurs, ou copistes de ce nouvel essai du monopole, relisez-en chaque phrase, et dites s'il y en a une seule que l'on ne puisse qualifier par l'une ou par l'autre de ces paroles : PKivnj!:GE, oppression.

Or sachez-le donc, puisque c'est vous-mêmes qui l'avez voulu ainsi : dans le langage du gouvernement , ces deux mots ne sont plus français. Le privilège rendrait odieux tous ceux qui en jouiraient, et mécontents tous ceux qui en seraient privés. IJ oppression \ous ferait autant d'ennemis qu'il y aurait d'hoîumesrqui en soud'ril'aient. Yeut-on connaître toute notre pensée, veut-on savoir ce que signifieraient et surtout ce qu'annonceraient dans une loi sur Tinstruclion pu])rKpie ces deux mois inconstitutionnels: pririU'ije et oppression ? llssignilieraient la guerre, ils annniKcraienl la rnijie.

Nous poiirrious en rester là, car nos preuves, (le ce coté, sont complètes ; mais comme aujourd'hui rintéret n'est pas moins puissant sur les hommes que le droit, nous allons rc'pondre aux ol)jections que l'on pourrait nous faire.

YIIÎ.

Quoi, nous dit-on, vous voulez que le gouvernement ne s'occupe pas de l'instruction publique qui exerce une si grande inlluence sur la société! Nous voulons que le gouvernement s'occupe de l'inslruclion publique, comme il s'occupe de beaucoun d'autres intérêts sociaux. L"iiistruction publique n'est pas la seule puissance qui influe sur la société. L'industrie et le commerce , par exem[)le, ont assurénient bien aussi leur influence active, contiriuelîe et toujours croissante. Le gouvernement ne reste jtas étranger aux mouvemcnls du commerce ni aux progrès de l'induslrie; mais il se garde bien d'vn gêner le libre essor, surtout dans rinlérieui' de la France. Sans doute il est souvent obhgéd'y intervenir à cause des intérêts divers (jui se trouventen présence, et entre lesquelsilest seul arbitre. Sansdoule encore il y réprime les abus et les délits, mais seulement (juand ces (k'Iils ou ces abus ont été connnis. C'est ainsi (jue par une loi récente on a réglé le travail des enfants dans

— oh —

les manuractures, parce que le léi^islaleiir avait reconnu que certains maîtres al)usant de leur autorité , compromettaient gravement le dévelo|>pement physique, inlo^llectuel et moral des cillants employés dans leurs ateliers. En cela le gouvernement a rempli un de ses plus impérieux devoirs. Il est le défenseur des droits méconnus, et quand un enfant est, comme dans le cas dont nous parlons, violemment privé de l'usage des droits qu'il a reçus de la religion et de la nature, c'est à la puissance publique a l'y rétablir; et c'est ainsi qu'il en devra être dès -lors qu'un chef d'insîilution quelconque ferait un usage coupable de sa position. Il y a en France la police pour le signaler et les tribunaux pour le punir. Rien n'empêchera même qu'aux moyens ordinaires de surveillance le gouvernement n'ajoule des inspecteurs spéciaux pour les établissements qui ne lui olîriraient pas d'ailleurs des garanties sudisantes *.

Mais qui a jamais pensé à limiter d'avance le nombre des ateliers et des usines? Et cependant c'est bien là que s'exerce presque toujours, surtout sur les enfants, une influence, hélas! déplorable,, délétère et deslrudive de tout bien.

' On acim 'Uia sans (]oiik; volonlicrs que L-s scniiiialiTS lAiwvs sous la tUivcliuii *'.\clusivc tUs cvccjucs oirront ces ya rai lues.

C'est \l\ qno louto vorlii se flétrit dans sa flour, qiîc toute force s'épuise avant d'être développée. C'est là que les po[)ulations dégénèi'ent et dépérissent rapidement au point de ne pouvoir plus suflire aux besoins publics ^ Cependant le gouvernement laisse s'agglomérer les enfants aussi bien que les bommes faits dans ces innond)iablos aieliers qui couvrent la surface de la France. On sait que ces graves inconvénients des manufactures ne se rencontrent jamais, au moins au même degré, dans les maisons d'éducation. Pourquoi doric celte différence entre l'enseignement et l'industrie? Pourquoi ne pourrait-on pas réunir des enfants en tel nombre que l'on voudra pour les instruire, quand on le peut })Our les faire travailler dans une manufacture? Est-ce parce que la liberté est spécialement promise à renseignement par le pacte social, tandis qu'elle r:e l'est pas de même à l'industrie? Est-ce parce que lintelligence des enfants se dévelop|)e dans une classe d'bumanités et qu'elle s'al)rulit dans une usine? Est-ce enlin parce que l(*s pèies de i:nnill(^ s'in(piiétei'ont t(Mij()urs (h* la nioialilé d'un instituteur, tandis (pie trop souvent ils

' Oïl sait (|uo souvent dans les villrs nianufacturièros, I ('laL rarliili(|ii(' ou maladif (l(>s jcunos giMis , ne prnn(>t |>n.s d'v aUfin Ii"> Ir . Ii-drc {]\r par I,t loi du icrn!'- ))i( ni .

soiU indilït'ronlsàcollocrun clior(ratelior?Nons le demandons. Poiirquoi donc le goiivcrnenieni , qui se conlente d'un droit de surveillanee là où il y a presque toujours un vice radical contraire aux intérêts de l'enfance, et par suite à ceux de l'élat, ne s'en contenterait-il pas là où il est toujours à présumer (|ue 13 l)ien s'opère?

Et que l'on ne croie pas qu'il faille créer une législation nouvelle pour la répression des délils commis dans des écoles, institutions et collèges.

îl ne faut rien de nouveau, puisque les écoles doivent rentrer dans le droit commun des établissements publics; puisqu'on ne doit y poursuivre que les délits , tels qu'ils sont définis par la loi : il suffît de leur appliquer la législation existante sur les délits de la parole. Est-ce que cette législation n'est pas assez complète? Avant d'y jeter un coup d'œil, faisons d'abord deux observations.

1" Le lieu où se tient une école même privée est dans le sens de cette législation un lieu public tout aussi bien qu'un tribunal, un musée, un cal)inet de lecture, etc. a Les lieux pul)lics, « dit un jurisconsulte, sont ceux qui sont ouverts « à tout le monde, soit gratuitement, soit moyen-

- 4i - « naiU ré tri 1)11 lion, ou corlaines conditions iVi\(\' a missibilité ^ »

2° L'état ayant naturellement droit de surveillance sur les lieux publics peut exiger qu'aucune école ne soit ouverte sans une déclaration préalable. Il peut, il doit même surveiller ce qui s'y passe et s'en faire rendre compte. Il peutdonc y faire examiner les livres, y interroger les enfants..., dans le but de savoir s'il ne s'y commet rien de contraire aux intérêts de la société. Voilà son droit, et, s'il n'en usait pas, il manquerait à un de ses plus saints devoirs; mais aussi, en fait de répression voilà tout son droit, et, s'il allait au-delà, il y aurait gêne inconstitutionnelle pour les opinions et oppression pour les consciences.

Maintenant s'il rencontrait queUpie délit commis dans une école ^ la législation lui ferait-elle défaut pour le réprimer?

Parcourons-la.

L'art, i'-''" delà loidii iG mai iSnj, porte: '«Quiroiupic, « soit ])ar des discnurs , des cris ou d(>s miMincos profc-ri s « dausdcs /wiixon rcunions pulflics^ siM par des rr/vV.»-, drs « inipriiiit's , des (/cssins, des i;raviir('s, des pciiitincs ou f rnd)lrm(>s vendus on dislribucs^ mis v\\ vcnlcou exposes " dans des /iciix ou des léu/iio/ts \n\\)\'n's, soit par des pla- « cards ou alliclics exposes au rej^^ard du publie, aura. .c.V.

Cet art. eu lantciu'il ('numère et définit les divers inoveus

* Imité des dclifs et ron/rrii'rnfions de la parole, par M. Ciinssau, avoc. g^'n., K*' [)arlie, \\\ . 1, eliap. 'i.

par Irsffurls so commcUcnt les déliis do la parole, paraît être la base de tOLUc^ la législation sur la madère. Son application particulière est ensuite déterminée par les articles suivants, puis par les lois des 25 mars 1822, 2(j novembre i83o, 9 septembre i835 et par quelques articles du Code. Or, de toutes ces lois combine'es, il résulte que les délits commis dans une école, seraient punissables ainsi qu'il suit:

1° La provocation à la désobéissance aux lois punie d'un emprisonnement de trois jours à deux ans et d'une amende de3o fr. à 4)Ooo b\

2" L'outrage à la morale publiquf et religieuse, ou anx ])oiuies mœurS; ou à la sainteté du serment, puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende tle iGfr. à 5oo fr.

3*^ L'attaque contre la dignité royale, l'ordre de successibilité au trône, les droits que le roi tient du vœu de la nation, etc., punie d'iui emprisonnement de trois mois à cinq ans et d'une amende de 4<^^o fi'« '<^ 600 fr., de 3oo fr. à G. 000 fr.^ et de 10,000 fiancs à 5o,ooo fr. selon les cas,

4*' L'excitation à la haine et au mépris du gouverment du roi, punie d'un emprisonnement d'un an à quatre et d'une amende de i5o fr. à 5o,ooo fr.

o*' L'adhésion à une autre forme de gouvernement, punie d'un emprisonn(;ment de trois mois à cinq ans et d'iui amende de 3oo fr. à G, 000.

G° L'outrage fait à un membre de l'une des deux chaml)res ou à un fonctionnaire public, puni d'un emprisonnement de quinze jours à deux ans et d'une amende de 100 fr. à 4)^00 fr.

C'est clans cette proportion que sont [)unies les ofïens(îS envers les chambres elles-mêmes ou l'une d'elles, envers les membres de la famille royale , envers la personne des souverains étrangers, etc.

Toutes ces peines sont applicables à tous les collèges, institutions, pensions, écoles, etc.

Maintenant nous demandons ce que le gouvernement pourrait avoir à redouter de Fenseiguement public, lorsqu'il peut la surveiller partout et qu'il est arme d'une telle législation contre ses abus.

On sait assez que })lusieurs ont trouvé celte législation excessive dans quelques poinls. Nous n'en sonnnes pas à cette question; nous acceptons ce code pénal dans son enti(U'; nous consentons même à ce qu'on soumette les écoles ])iii)liques à d'autres mesures de surveillance, à d'autres moyens de répression, si on les juge nécessaires. ()u'ainsi le gouvernement ait toutes ses siu'etés, connue il doit les avoir, mais aussi qu'en retour nous avions la liberté (pii nous est due.

Nous savons bien ce (pron va nous dire : (]ue les lois (pii atteignent les délits sont insullisantes

pour roprinicr Ions les loiisqiio poiil avoir dans SOS fondions nn hoaniie charc;é do l'enseignenient pnblic, et qnc ce système de liberté ne fora spocialoinent que rendre les instituteurs primaires plus indépendants et pins audacieux.

Nous répondons avec certitude qu'il en arrivera tout le contraire.

Ce qui donne aux instituteurs une indépendance en effet fort déplorable, ce n'est pas du tout l'insuffisance des lois, c'est uniquement le monopole universitaire^ par l'importance excessive qu'il leur attribue et siir'o'it par celte espèce d'inamovibilité dans laquelle il les a constitués, en exigeant que dans ce qui concerneleur charge, il y eut toujours recours h une décision ministérielle pour juger des questions qu'il est impossible d'apprécier exactement autre part que sur les lieux mêmes.

Ce qu'il faut pour réprimer efficacement les torts, autres que les délits, de ceux qui sont cliai'gés de l'éducation, pour les maintenir dans l'accomplissement de leurs devoirs, ce n'est pas de les faire dépendre uniquement d'une administration qui leur envoie un inspc^cteur à peine deux fois par an; c'est surtout de les soumettre bal)ituollenient et efficacement au jugement de la conscience piibliqne. Qu'on veuille bien ici nous comprendre. Nous ne faisons pas des uto-

j)ie,s, nous })renoiis nos paioics dans \\n sons irès-précis ; nous raisonnons sur des donnces très-posi lires.

Posons un fait qui malbeureusenicnt se présente tous les jours. Un instituteur mène une conduite équivoque; il fréquente des personnes mal famées; il tient même en classe des propos désavoués par la religion et les bonnes mœurs. Les pères chrétiens s'indignent, les mères gémissent, la jeunesse qu'il élève est indisciplinée et corrompue; mais ce maître est le seul l)revelé et autorisé pour enseigner dans la connnune : il faut bien de gré ou de force lui envoyer ses enfants.

Cependant des plaintes sont adressées au comité supérieur j sinon par le comité local qui ne se réunit pas, sinon parTadministration nnmicipale dont M. l'instituteur est le secrétaire , au moins par la rumeur publique.

Après de longues hésitations le comité sui)érieur cite l'instituteur a sa barre : mais il faut des faits précis, il faut un corps de dcTit ass(V. notable [)Our (|ue la loi le saisisse, cl il ny a qu'un ensemble de conduite bien répn'hensible, il est vrai, aux yeux de la conscience cluc'lienne, mais (jui n(^ sudit pas à une condamnation civile ; ou bien il y a en (ïlcî des di'lils bi(Mi arliculés; mais il faut des t('moii!S (jui a[)[-.uieiil laeciisalion, et CCS témoins à charge ne se liuuveroiU

pas, parce que la peur leur ierinera la bouche. Le maître, au coiUraire, quelque coupaI)le qu'il soit, aura pour sa décharge tous ceux qui partagent sa manière de penser et d'agir, c'est-àdire les honmies méchants et dépravés du lieu. Ce ne seront pas, à beaucoup près, les plus nombreux, mais ce seront les plus hardis, les seuls peut-être qui oseront parler. Alors l'instituteur se déclare calomnié et demande (ièrement comment on pourrait le condanmer sans preuve. Les preuves matérieiies manquent, en eiî'el , et il est renvoyé absous après une réprimande dont il se rit en lui-même, dont il se rira bientôt cji public ; et il continue à fréquenter les lieux de débauche, à braver par ses sarcasmes la n.'ligion et ses ministres, ii démoraliser le pays en lui formant des générations sans loi et sans retenue ^

Or, maintenant nous le demandons: si, au lieu d'en être réduit à cette longue et impuissante procédure, qui prcs({ue toujours amène dans la contrée des liaiu(.»s et des divisions sans lin, on abandoimait ausoi, comme cela devrait

* Nona n'avons pas fait rinspcction gi'iK'ralo clos écoles primaires de Franco ; mais en prenant pour base ce cpac nous en connaissons;, il y aurail certainement plus de dix mille coiniiunies catholiques qui seraient plus ou moins dans cet elalde ijoullVance.

cti'Oj le jiigenieiil de cet homme à la conscience prJjliqiie*, si ^ comme ]e demandent de concert el la nature et la char le, on laissait les familles lihres de préférer à ce mercenaire indigne un instituteur d'une conduite à l'abri de tout reproche et même de tout soupçon , pense-t-on que nos maîlres d'école seraient aussi intraitables; et ne voit-on pas que leur inamovibilité qui tomberait de droit devant la liberté d'enseignement telle que nous la demandons pour tous, s'évanouirait de fait devant la concurrence du mérite et de la vertu?

Nous le répétons, la loi, et surtout une loi sur rinstruclion, sur l'éducation, a besoin d'être soutenue et complétée par la morale publi(pie, . c'est-à-dire par ce sentiment du bien (]ui fait que, dans des déterminalions importantes, les familles, al^andonnées à elles-mêmes, sont toujours en majorité du coté du vrai mérite. Or, il est évident que dans l'organisation actuelle do l'enseignement, le concours de la morah» i>iibr^pie, telle que nous l'entendons ici, est violemment repoussé.

Ainsi, loin que la lib;n*lé d'enseignement augmente T indépendance des institutcHU's, elle l;i n'duil à de justes mesures; car elle (I(''triiit de plein droit lei?r fat.de inamovibiIit(', r{ les met, ainsi que tous les autres chefs d'institution, sous la sui'veillaiice immédiate et sous le

palroiiage conliiuicl des ramilles doiU ils doivent mériier la coudaucc.

Et qu'on ne vienne pas nous objecter, qu'avec la liberté d'enseignement, nous aurions bientôt des écoles d'athéisme, de panthéisme, etc. Nous répondons que, si quelqu'un osait ouvrir une pareille école, elle resterait déserte , surtout avec la libre concurrence des institutions morales. Qu'on le sache bien, les familles laissées à leur propre conscience ne voudront jamais d'une éducation ouvertement irréligieuse et immorale. Et la Erance, même au jour de ses délires, n'en a-t-elle pas donné une preuve éclatante? Pendant dix ans des écoles de cette natui*e furent ouvertes et longtemps ouvertes seules. Eh bien! entendez ce qu'après ces années de terreur Portalis proclamait au corps législatif le 15 germinal an x.

« Écoulons, dit-il, la voix de tous les citoyens (( honnêtes (pii dans les assemblées départe- « moniales ont exprimé leurs vœux sur ce qui « se passe depuis dix ans sous leurs yeux.

« Analyse des procès-verbaux des conseils- (( g(Miéraux des départements.

(( Il est lemps que les théories se taisent devant « ies fails. Point d'instruction sans éducation, « et point d'éducalion sans morale et religion. « Les professeurs oxt kxseigné dans li: désert, •( parce (]u'on a proclamé inq>rudemment (ju'il

« ne fallait point iiarier de religion clans les (( écoles. L'inslruclion est isixle depuis dix ans : ({ il faut prendre la religion pour base de Tédu- (( calion. » Or, si dans les temps les plus athées que la France ait jamais subis, les proi'esseurs d'athéisme oui prêché dans le désert^ peut-on supposer qu'ils seraient suivis de nos jours, surtout en présejice d'autres professeurs enseignant la vérité et la vertu? D'ailleurs, la liber t(î d'enseignement n'est pas chose nouvelle. Elle a eu lieu en d'autres temps , elle a lieu encore en d'autres contrées. Quand est-ce qu'elle a produit des écoles publiques d'impiété? Quand est-ce surtout que ces écoles ont été suivies? Aujourd'hui même, que l'on parcourre les pays où l'instruction est libre, la Belgique, par exemple, et les l^^lals-llnis, et que Ton nous y montre un seul établissement de cette nature. Nous le redirons, nous le redirons bien haut, Timpiété sera d'autant nioins libre (uie renseignement le sera davantage : et les inq)ies le savent bien, car tout libéraux qu'ils se disent, ce ne sont pas eux (pii demandent la liberlt» d'enseignement. Cette supposition qu'on jette comme \\\\ épouvanlail aux yeux des hommes de bien, n'est dojic (pi'uii vain fanlome, c'est le contraire* (pii est vrai.

Xï.

Mais coiiimciil vciU-on que le })Oiivoir laisse tomber de ses mains l'arme terrible du moiio- ]>ole?

Nous })Ourrioîis n^pondre d"a])oid avec quelque coiifiauee : le pouvoir le fera, s'il le doit.

Nous pourrions l'aire voir aussi combien celte arme peut, en effet, devenir terrible ^ pour tous les partis et combien pour cela même, il im[)orte de la l)riser par la libic concurrence.

Mais, pour cette fois nous lious contenterons de montrer que celte arme serait surtout meurtrière pour celui qui la porte, et que le pouvoir s'abuse étrangement quajid il croit se donner une force réelle par le monopole de l'enseiguement.

Sans doute il y a (juelque chose de spécieux et de lia Heur dans ce droit d'enrégimenter sous ime même discipline quelques millions d'enfants, de d(''cider soi-même souverainement des alphabets, des giammaires, des traités d'arithjnéti(pie dont ils doivejrl tous se servir, puis d'avoir à sa solde quehjues milliers de fonctionnaires (]ui coujmandeni à celte petite armée, ntais personne n'osera dire (|ue c'est là précisément ce (pii (lomu* de la l'oicc ii Tauloi'ité. Ce despotisme mililaire exercé i.>ur le premier àyc,

Jl

ne poiirrail cire utile au pouvoir qu'aulanl qu'il lui rendrait pour plus tard le gouvernement plus i'acile et plus sûr en lui Torniant des citoyens i)lus vertueux et des sujets plus dévoués.

Or, nous ne craiguons pas d alïinner (]u<^ le monopole universitaire ne lait ni l'un ni l'autre, et (pi'il produit précisément des el'iets tout opposés.

Pour former li s homuie? à la veitu il laut nécessairement des c onvictious morales et religieuses, et [)Our établir des convictions, il faut des doctrines. Or, nous avons vu que lélat , à la tête de Tinstruction i)ublique, est impuissaiU à [)rol'esser netlemenl aucune doctrine, ou [>liilosoplii(|ue ou religieuse, parce (piii ses yeux une doclrine (pielcon([ue n'est et ne peut être ([u'uue 0[)inioii, et (jue, devaut lui et devant la loi , toute opinion est j)arfaitement libie.

Un des fondaleurs de 1" Université, Daru, demandait pour les lycées une religion de fonnes, une roliijion f)urvmcnl polilir/fir placide sons la direclion et la IV'rulc du gouverncmenl. u 11 uo (( faut pas, (lisait-il, que le législateur pt^jnu^ttc « (pi(^ rinshiiction religieuse siiUioduise dan.> (( rinsti'uclion publiques : n. lAui qu il i/v Ar- >< rELLi: rouu ix iniinj^m lt la suuvljlllu, >• Les

clicfs actuels (le runiversilë ne voiiclraieiil pas tenir onvertenienlle mente langage; mais il est iin[)Ossil)le qu'ils n'aient pas le même système, ils sentent ((u'ils ont besoin delà religion, de sa morale et même de ses dogmes, et ils rappeUent il leur secours. Mais à cet appel le judaïsme, le luthéranisme^ le calvinisme , etc. , se présentent en même temps (jue le catholicisme; et quoique sur beaucoup de ])oints, ils se repoussent les uns les autres, ils ont pourtant droit de se l)résenter ensemble. Quel parti prendre pour les tenir unis? Il n'y en a qu'un, c'est de i-etrancher de chacune de ces croyances ce qui est antipathique avec les autres, et de leur donner à toutes une espèce de formule de religion naturelle, en livrant, d'ailleurs, tous leurs dogmes à l'indilïérencej au doute, etc. Mais qu'est-ce que cette opération éclectique, sinon la ruine de toutes les croyances ^? Nous savons bien que

* Qu'on ne (.lolc pas (jiin nous parlions ici contie la tok-rancc ; car elle est LouL-à-faiL l'oppose du monopole. La tolérance laisse cliacun iiljre de se faire des convictions à son gré et de s'attacher à la vc-rite tout entière^; et c'est précisément ce que nous demandoi'is au nom de la charte constitutionnelle. Le monopole au contraire froisse toutes les convictions individuelles et brise toutes les vérités spéciales poiu" en l'ormer violemment et contre nature luie monstrueuse unit<' ; ( t c'est ce que nous repousions comme absurde et immoral.

Ton déguise laiit que l'on peut cette fausse position faite au corps enseignant, en ayant ensuite, dans le détail, certaines formules particulières toutes prêtes à l'usage des catholiques, des protestants et des autres : mais il n'en est pas moins vrai que tous les membres de l'université sont, en tant qu'universitaires, condamnés à une indilïerence pratique et mat('ri( lie pour toutes les croyances religieuses. Or, vous voulez qu'une pratique habituelle et continuelle

Au i'(^sLc, on sait que celle prc-lenlion de réunir loutes

les relii^ions en luie seule a, rcîcenuiieut encore, eU'erit^i'C

en svslème par nos idrologues. Mais il s'en faul hicn

qu'ils aienl eu en cela le in('rite tle linvcnlion. Ils n'ont

fait que renouveler en termes nébuleux la motion Ixau-

coup plus netle , présentée au Directoire par Leclerc

(de Maine-el-Loire), le 9 fructidor an V. Ce rc'volu-

tionnaire demandait ?• rétablissement d'ii/ie rclii^-ion lon-

• tlamenlale qui, se rattachant à tous les autres cultes, et

f< les ramenant à elle par la vérité et la clarlt- de ses dog-

« mes, ou plutôt de ses principes pris dans la reconnais -

« sancc de l'Etre-Suprôme, de riiumorlalitt' de ràiin', de

« la certitude d'uiuî vie à venir, les conliendrait tons et

« lesempèclieraitde s'écarter des maximes de la sociabilité.

'< IjCS prc^tresde ce cultedevaient ètn* les olliciers civils. «>

Le tlirectoire repoussa ("e beau pi. m, par la laisoncpie la

constiliUion (K'-fendail de fliire iu,c rc/ii^ion doinindnlc.

MM. Michelet elOuinet n'auront sans doute j)as apiTcu

celle diiVieulté j il est vrai cpie ce n'est pas la [)lns S('-

rieuse.

lie r( 'agisse pas sur les convie lions ollos-inemos? Vous voulez que les élèves ne s'apereoivent pas (!<' vos conliadiciions el ne se ressentent pas (1(^ votre indillérenee? Mais ce serait vouloir nous persuader que le maître est libre de n'avoir point sur son élève l'influence de sa niajiière d'ètie, et que la [)énétralion des élèves sur les aeliojis de leurs maîtres est toujours en défaut. Doîic, par cela seul, le monopole enseigne, malgré lui, et propage rindilllérence pour toutes les religions, comme pour tous les systèmes. Donc il est, par sa nature, destructeur de tou les les croyances; et s'il est vrai qu'il n'y a pas de vertu sans conscience, ni de conscience sans convictions , nous demandons au pouvoir si le monopole est, plus que la liberté, i)ropre à lui former des citoyens vertueux. Libre à lui, après cela, de vouloir commander un jour à des [)euples sans foi.

Nous évitons, autant que nous le pouvons, d'entrer dans le domaine des faits, et parce que dautres l'ont parcouru, et toujours de crainte de rendre cet examen irritant. Toutefois nous nous permettrons ici de demander si la ])ortion de la société où Ton croit le moins et où Ton pratique le moins sa religion, n a pas ('té élevée pai' I imiversilé ?

MaîSj (lit-on, par la diroclion siipirmo do Tonsoiimoiiicnl, le ûoiivcrnemont se fornioi'a loujours des sujets plus dévoués.

Imprudents ! vous ailaiblissez la vertu , et vous croyez pouvoir foi (itier le dévouenieui? Il fau( donc vous rappeler qu'en delioi's de la conscience le dévouement ne peut plus avoir pour base quel'égoïsme K

D'ailleurs le plus sûr moyen d'avoir un peuple dévoué, c'est de reconnaître et de respecter ses droits : c'est là surtout ce qui agit puissamment sur la ])arrie la ]>lus intelligente et la })lus saine de la nation; et si ce i)rincipe est vrai partout, il l'est surtout en France : et si toujours le Français a voulu avoir ses fi'ancbises, c'est surlout aujourd'biii que la liberté est la première base d(î la constitution elle-même. Paiticularisons cette pensc'e pour la rendie plus sensible.

Une partie nond)i'euse de la soci(''l(^ que 1(^

' La r(>sl,nira(i()ii favorisa l'iiniv('rsil(' anlanl et ])liis pciit-rLrc (juc le j^ouvcrnciiH'iil acliicl : ccpciKlaiit ce sont 1<!S c'hHt's vX les incnihics dit l'iinivcrsiti' (jiii oui Ir plus ronlrihiu' à son iciivri.sc uinU . Ou» II( l< « on !

goiivcrncmonl veut ccrlaiiienienl ol qiril doil on ciïel vouloir s'alladior, non par des privilègcSj mais par lajiislice, c'est celle qui se compose des vrais chrétiens ayant le clergé à leur tète. Les chrétiens attachés à leur foi , sur des questions qui touchent de si près aux intérêts religieux, penseront toujours comme le clergé, du moins en grande majorité. Or, à cette heure, le clergé ne fait plus généralement qu'une objection sérieuse au pouvoir, c'est celle qu'il tire du monopole universilaire. Qu'on veuille bien nous permettre de nous expliquer.

Les prêtres que leur éducation , leurs relations, hélas! et leurs souffrances avaient attachés à l'ancien ordre de choses deviennent plus rares tous les jours; ou bien, par suite de leur âge, de leur retraite, de leur isolement, ils perdent peu à peu toute leur influence. Un nouveau clergé s'élève et se répand, étranger aux révolutions, acceptant sans regret et sans point de comparaison les faits accomplis, comprenant mieux peut-être l'état social actuel, mais aussi par cela même sentant plus vivement le besoin de la pleine liberté de son ministèio. Il n'a pas , et il ne désire pas les- avantages du clergé d'autrefois; mais aussi il ne veut pas de nouvelles enh'aves. Or il voit dans le monopole uneenlravedont l'ancien clergén'avaitpasà souffrir, malgré la facilité qu'avait alors le pouvoir

civil d'intervoinr dans Icsquoslions roligioiisos l\ l'abri de ces mois : Religion de VElat,

Le clergé d'aujourd'hui, vous dit unanimement : « Nous ne demandons ni richesses ^ ni « titres, ni privilèges ; mais nous réclamons au « nom de la liberté promise, le droit qui nous « appartient de sauver les peuples du double « malheur de l'incrédulité et de la dépravation, « et nous déclarons que le monopole est, sur ce « point capital, un obstacle injuste h l'exer- « cice de nos droits. Nous déclarons, qu'avec le « monopole, malgré tous nos soins, les géné- (( rations adolescentes perdent la foi et les <( mœurs. Nous réclamons donc et nous récla- « nierons sans fm , jusqu'il ce que justice nous « ail été rendue. )>

Qu'on le sache bien , c'est là la pensée la plus dominante, la conviction la plus intime du clergé , et celte pensée deviendra toujours plus dislincte, plus vive, plus urgente, a mesure (piil se recrutera dans les générations nouvelles, et, nous le répétons, celle ])ens('M^ du prélre, h^s bons fidcMes la parlagent, et (MI\ aussi la coniprendi'out toujours de plus en plus. Les familKvs sur(oul, lescheCsde famille la par(ag(Monl avec ardeur, parce (ju'elh^ (icnl ('galeuKMil à Icuis droils les plus sacrés : or l(\s siMUiuieiUs de famille sont, avec les senlinieuls rf^liî^KMix, hs plus inq)érissables cl h^s pins invlucibles. Lt

rot 10 répulsion du monopolo sora onooro pnrtai»oo |)ar bien d'autres qui ii'oul pas le bonheur d'obéir à nos pratiques, ni peut-ôlre même de partager nos croyances. Donc, loin que par le mono]>ole le pouvoir se pré])are des sujets plus lidèies , il se crée des adversaires nombreux dont la pkipart se trouveronl dans les classes les ])kis morales el les plus amies de l'ordre. Donc, loin que le monopole assure la paix à la société, il y met nécessairement et pour toujours la

guerre.

Non , quoi qu'on en dise , il n'en serait pas ainsi de la liberté de renseignement. N'en avonsnous pas la preuve chez un peuple voisin? Le roi des Belges devrait, ce semble, par la dissidence du culte qu'il professe, inspirer de la défiance et de l'éloignement à cette contrée , si catholique qu'elle a fait une révolution pour sauver l'intégrité de sa foi. Cependant c'est un fait notoire qu'il est peu de princes à qui raffection générale de son peuple soit plus complètement acquise, et à qui, par conséquent, le gouvernement soit plus facile : nous savons même pertinemment que ceprince protestant ne ci*aint pas de proclamer que les vrais catholiques sont le plus lorme soutien de son tione. Et nous avons vu de nos propres yeux (juil en est ainsi. Poui'(|uoi cela? C'est (juo L(''opold a toujours rosiK'cté les(U'oitsde tous; c'est qu'il a surtout

— Jt) —

respoclOy jusqu'au scrupiilo, la lihorto do l'enseignement * ; c'est qu'il laisse l'université libérale de Bruxelles et l'université catholique de Louvain lutter librement avec l'université do l'état.

Qu'on ne vienne donc pas nous dire, pour jusliiier le monopole, qu'il faut à la nation une éducation nationale, La vraie éducation nationale et le monopole sont deux choses absolument opposées. L'éducation nationale, telle que doivent la désirer tous les amis du bien public, c'est celle qui donne à la patrie desciloyens j)lus mérilanls, et au prince des sujels plus fidèles. Or nous avons prouvé surabondannnent que la nature du monopole est d'opérer tout le contraire. Et, ici encore, lesfailsne viennentils pas à rai)pui de nos raisonnements?

Le premier fruit d'une éducation nationale doit êlrc de former dans une nation nn esprit nîilional,dessentiments nationaux (pii dominent les intérêts ])rivés. Or, où trouver ces sentimenis dans la France telle qu(^ l'univcM'sitc'* nous Ta fail(^? De])uis ([uaiante ans (pie le monopole est à l'œuvre, qu'a-t-il [)i()duit de ce coté? N'est-ce p;is aujourd'lmi une* vc'rité colossale qu'il n'y a

' On raconlo (jirimc pnsoimi' ayant clcinandc au roi (les T)('li^(>s la permission de londcr niic maison dt-chualion : " Vous me demande/, l;i, r(''[>ondil-il , ce ijne je no puis ni V(Mis refu'^er, ni vonsaceoidn". •>

— Go —

plus d'ospril pul)lir, otqiio IV'goïsinc a loiil ouvahi? N'esl-ce pas là un cri do douleur eld'elTioi qui sort de toutes les bouches? Et voilà voli'C ouvrage à vous qui vous vantez d'avoir fait la France ce qu'elle est ! Et vous oserez encore dire que vous avez fait de l'éducation nationale! Et v(^us viendrez encore couvrir de ces mois fantastiques votre désastreuse usurpation ! ^

XIIÏ.

Nous ne voyons plus d'objection tant soil peu

^ Etliication nationale! « Ces mois magiques, dU Fn- « bry, sont comme une monnaie couranl.e à l'usage de « tous les faiseurs de plans , depuis 1789 juscpi'à nos « jours, sans que sa valeur ait jamais été bien deter- « minée.»

L'auteur le prouve en passant en revue les plans prétendus d'éducation nationale proposés successivemenl par Tallejrand^ Condorcet, Lepelletier, Robespierre , Lakanal, Danton, etc. , puis plus tard par Cliajjlal , Lucien Jjonaparte, etc. « Ainsi, dit à ce propos un écrivain [)b]s " récent, ces grands mots d'éducation nationale n'ont ja- « mais signifié qu'une duperie, une mystification sociale. « En France, comme dans tous les pays où règne le mono- « ]H)le, ils ne signifieront jamais f[ue la direction politique

* (ju'un gouvernement par son chef ou par le ministère, « imprime à l'éducation dans un besoin de système, soit " pour opprimer la religion callioli(jU(î dans l'intc'rèt d'une

• secte, soit pour seconder des vues ambitieuses.» (^Kxp. (les i'rfùs pii'K !j)cs sur l liistr. puh.-) 2 p., cliap. G.)

sérieuse à l'exerciee des droits que nous réclamons, il moins qu'on ne vienne nous dire que la liberté d'enseignement rendrait le clergé trop fort. Nous concevons à })eine que cette observalion soit laite par l'université même considérée connue corps enseignant, car il y a bien quelque chose d'humiliant à tant redouter une concurrcjice ; mais nous ne concevrions pas qu'elle jouît de la moindre estime auprès (Ui pouvoir qui gouverne la France. Userait bien aveugle, il serait bien à plaindre, disons-le, il serait bien coupable l'homme d'état qui, reconnaissant l'influence d'un corps éminemment civilisateur, aimerait mieux le mettre contre le gouvernement par Tin justice que pour lui par la liberté. Celte thèse est facile à dévelop[)ej', mais nous répugnons à le faire tant l'objcjction nous paraît misérable.

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