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Liberté d'enseignement

Il y a deux ans, quelques pères de famille, ayant autorité dans le monde royaliste, se réunirent pour examiner la question si vainement débattue depuis i83o de la liberté d'enseignement.

Cette étude fut sérieuse et dégagée de passion. Chacun y apporta sa droiture d'idées ou son expérience. Le résultat fut un mémoire que je fus chargé de rédiger.

Ce travail fut publié comme expression des pensées du parti royaliste. Il n'est pas autre chose en effet; et, si je le reprends aujourd'hui, ce n'est point pour lui donner un caractère d'œuvre personnelle, c'est pour le remettre en rapport avec le mouvement qui s'est fait dans les idées publiques, et aussi pour l'opposer à de mauvais desseins qui pourraient être médités encore.

11 y aura pourtant quelque chose qui me

sera propre dans cette réimpression; c'est le plan d'organisation de l'enseignement public, tel que je le conçois pour mettre fin à la lutte ouverte entre la famille et l'Etat, entre la liberté et le monopole.

En quelque position que l'on soit) dans le pouvoir ou hors du pouvoir, dans la condition de parti vainqueur ou de parti vaincu, si l'on aime son pays, on doit désirer que cette bataille acharnée des opinions, en matière d'enseignement, soit suspendue, que la famille soit paisible dans son droit, que l'Etat soit fort dans le sien, que la liberté soit réelle, et que l'ordre enfin ne soit en aucun cas la tyrannie.

L'Université elle-même a besoin pour la paix et la gloire de ses études que ces disputes soient closes par une large et féconde transaction. 11 ne lui sied pas d'être ainsi en armes, et d'imposer sa doctrine par la force. Revendiquer la liberté pour tous, c'est revendiquer pour elle la dignité.

C'est mal comprendre l'honneur de l'Université que de lui attribuer le monopole. Un tel système fait de l'Université, non point un corps libre et vénérable, comme furent les anciennes Universités de France, mais une organisation administrative, comme sont les établissements

modernes, où, sous le nom de hiérarchie, chaque volonté est assouplie, et remonte d'anneau en anneau à une volonté supérieure et sans contrôle.

C'est une chose profondément digne d'étude que cette disposition des temps modernes à effacer dans la société toute trace d'indépendance. Nous avons détruit la monarchie absolue, nous le disons du moins; et nous l'avons remplacée par un système de concentration légale qui dépasse toutes les traditions connues de la tyrannie. Il n'y a plus de corps; y a-t-il encore des citoyens? Il y a une Université! Cette Université n'a pas le droit de se nommer un massier. L'Université est pour autrui un instrument de servitude; il s'ensuit que nulle liberté n'est possible pour elle-même.

Qu'est-ce donc qu'abolir le monopole? C'est rétablir l'Université dans sa dignité de corps enseignant. Le jour où l'enseignement sera libre en France, l'Université, par la force des choses, sera constituée avec des droits de juridiction sur elle-même, avec des privilèges, avec des franchises, avec tout ce qui est propre à une association libre d'intelligences.

Voilà ce qu'il faut voir dans la demande qui est faite de la liberté. Cette demande ne sau-

lait heurter l'Université; elle lui est propice au contraire. Elle ne l'abaisse point, elle l'élève; elle ne l'atténue point, elle l'agrandit. Telle est pour ma part la direction de mes pensées. Que l'Université ait besoin de réforme; je le pense, et en cela j'énonce le vœu des hommes graves et vertueux qui sont en son sein. Mais la liberté seule peut la réformer, parce que la liberté renferme le germe d'une émulation active et savante. Le monopole ne renferme que des vices, et les vices ne renferment que la mort.

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