AVIS DU TRADUCTEUR
M. James Fitz-James Stephen est en ce moment et était déjà en 1870 au premier rang du barreau de Londres. A cette dernière époque, le gouvernement anglais rappela dans Tlnde à un de ces hauts emplois par lesquels il lui arrive d'acheminer les hommes éminents vers une grande fortune politique.
Des circonstances particulières empêchèrent M. Fitz- James Stephen de conserver longtemps ces fonctions ; il les exerça en revanche dans des circonstances capitales. Lord Minto, gouverneur général de l'Inde, ayant été assassiné, il faisait de droit partie du conseil qui fît l'intérim du gouvernement.
Les observations que, dans cette période critique, il fit à la fois et sur l'Inde et sur notre dernière Révolution, lui suggérèrent des idées qui prirent la forme d'un livre intitulé : Liberté, Égalité, Fraternité.
Ce livre a eu deux éditions en Angleterre, une en
Amérique et il a été traduit en Allemagne; j'en ai fait une traduction française.
Avant de la livrer au public, qu'il me soit permis une observation, de crainte de malentendu.
En matière de liberté, Tauteur conclut à la contrainte; il discute Tégalité ; il nie la fraternité.
Qu'on le sache bien, nous sommes cependant en présence d'un esprit très-libéral, et, à tous les points de vue, acquis aux idées modernes.
En réalité, sa théorie est une réfutation non de la devise : Liberté, Égalité, Fraternité, mais de son extension illimitée et absolue.
Il prouve, par exemple, par l'histoire et par les faits que dans nombre de cas la force a dû se substituer et doit nécessairement se substituer à la liberté.
Ce n'est pas qu'il demande la répression de celle-ci, il veut, au contraire, lai iberté aussi étendue que possible et il ne lui assigne une limite que lorsque, suivant les espèces, elle en vient à cesser d'être utile, à nuire ou à -avoir besoin de complément et d'organisation.
En homme d'état et avec un sens philosophique trèsélevé, il sait indiquer le point où dans bien des cas ce moment arrive ; s'engageant même plus loin encore, il lui arrive d'indiquer le mode si difficile à déterminer, suivant lequel la contrainte devra s'exercer.
Cette thèse n'est-elle pas du plus haut intérêt pour la France actuelle? Elle m'a paru répondre à la préoccupation des esprits qui ont la conscience intime de la vérité
des idées libérales et de leur nécessité, sans fermer les jeux cependant sur la difficulté et patfois même le danger de leur application.
M. Fitz-James Steplien a des idées dont la rectitude vient de leur élévation et de leur complexité. Il les traite avec une véritable puissance de dialectique et d'invention •t sous une forme qui atteint souvent l'éloquence.
Je ne douterais pas de son succès en France, si j'étais certain de l'avoir interprêté dignement.
A SIR JOHN STRATCHEZ, K. G. S. I.
BTC; ETC.. ETC.
Mon cher Stratchbz,
Je vous dédie ce livre pour trois motifs : A lilre, d'abord, de haute expression du grand cas que je fais de vous et de ma reconnaissance profonde pour une bienveillance à laquelle j'attache d'autant plus de prix, qu'elle me retrace celle que j'ai rencontrée dans toutes les relations que j'ai eues dans l'Inde,
Acceptez-le encore en souvenir de ce mois qui suivit l'assassinat de Lord Mayo et pendant lequel vous fîtes fonctions de gouverneur général. Réunis dans une douleur commune sur un homme qu'à tant de titres publics et privés nous aimions et honorions tous deux, nous partageâmes aussi les responsabilités et les soucis de cette très critique période. Ces circonstances ont formé entre nous un lien dont vous avez, j'en suis sûr, le sentiment aussi fort que je l'ai moi-même.
N'êtes-vous pas enfin des plus distingués parmi les •iviliens indiens? Or, c'est mon expérience indienne qui a fortement confirmé chez moi des idées en formation graduelle depuis quelques années; c'est dans rinde, au palais du Gouvernement général, qu'en 1870-71, à la lecture des feuilles d'Europe, les idées et les sentiments de l'ordre auxquels je m'adresse me sont apparus dans leur particulière erreur et fausseté.
Conçu dans l'Inde, ce livre a été en partie écrit pendant ma traversée de retour.
Je suis, mon cher Stràtchez, votre sincère ami et ancien collègue,
Jaues Fitzjaues Stbphbn.
Il, OomHWAVL Oavdxns. Souts Kinsmcnrofi.
lliircb, 31 I87S.
LffiERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ