Liberté et centralisation
La civilisation m nous offre 4m le spectacle (lu développement, je dirais volontiers de la crois- * sance de 1 idée. Il n'y a qu une seule idée dans rbonime,mais diversifiée à Tinfini parTapplication, celle de la liberté. On la retrouvé partout, sous les mille formes que les circonstances lui font preiidre, et jusque t^mw les erreurs auxquelles l ignoranc€j^t la fatalité Texposent dans lecoursdu temps. , ; Elle fermente sourdomont dans les masses vouées OM ténèbres de l'instinct ; elle luit sur le chemin de ceux qui se sont élevés jusqu'à l'intelligence du progrès. Toujours irrésistible, soit qu à peine aperçue dans le travail des esprits elle marche h petits pas, soit que, déchirant les voiles et bri-
sant les résistances, elle emboîte l'allure hardie des
révolutions, Fidée chemine, et en cheminant entraÎDç le monde ayec elle. Son itinéraire est tracé dans r^é»? intellectuel ; le présent est sa révéla- , tion vivante ; 1 liiijlmiiji lu mmmn quelle eituj!i p "> tpfitve rs rasp ace et la diH»ee .
Le temps A'a d'existence que çar Tidée, q«f mc9urc et co nte m ple t>ft-faR-Sfffî propre-rJévelopp^ M i ont. I k est l'idée même, prenant pai lo oou T enir conscience de son mouvement. L'idée n'appartient pas k l'homme, c'est l'homme qui appartient à l'idée/ BUe esi fa- tliai pente iuv i gi b t e' de FédiCtt Do a îal ; où est la création humaine, depuis la plus magnifique jusqu'à la plus infime, qui ne représente une .idée? En opposant le fait à l'idée dans le domaine de l'histoire, c'est au fond l'idée que l'on oppose à l'idée. Demain, l'idée que l'on combat au nom du fait existant serajlin fait à son tour, et le fait qui s'opposait à la réalisation de Tidée sera recueilli, .
souvenir, dans ce même esprit d où
elle a surgi.
Toute institution suit un mouvement d'ascension et puis de décadence, touchant l'un après l'autre les trois points dont rintervallc mesure sa durée : la naissance, l'apogée, la décomposition. Ces trois * périodes ne sont que la révélation matérielle des phases que traverse, au sein de la conscience publique, ridée dont Tinstitution offre l'image exté-
fieurê. Le fait à son apogée indique l'apogée do l'idée correspondante ; sa décadence est le signe irrécusable que Tidée ne ri'^pond plus à une aspi* ration vivante, et que, faute de ce support, l'institution est en voie de crouler. L'idée peut seule dér truire l'idée. Ce serait néanmoins une grave méprise de considérer le progrès des idées comme un i anéantissement absolu du passé dans le présent. Quelque chose disparait sans cesse, mais quelque éhose également demeure et se continue. L'histoire ne connaît que des transitions, et qui dit transition dit tradition. Les idées se M p offont loo unoo ourlé » ^fttttPOfl ; ^ l 'on voii 4sa jfi s^ ce gse la tige nouvelle s aiimontor ot grandir sur un rame au pr-éexisIcHit. Le présent n'est jamais que le passé concentré, oii
i'âJ^x'tx^ , .m/JI^ v^;'/' ^tf**' * â,
yïX et rfi moul déjà 1 avenir h es idooo oe me ■ M^tamorphoseyjï^jpdj^ avee-t^lcs4©» institutions ^^JSMttsr <a)MB»"^Q ' tnnsformation^ l'idée unique de lalibert^qu'elles repf^se ntcnt dan ^le s m oment s ànooojPBifo do aa croi asa»e% ne disparaît pas ; eliè se rajeunit et s*élève dans une perpétuelle résurrection. Cette grande idée que poursuit le genre humain dans ses heures de sagesse comme dans ses heures de vertige et d'erreur, elle s appelle partout du même nom. La série des métamorphoses ne sert qu'à accuser toujours davantage le but incessamment poursuivi. L'humanité se réalise selon le type qu'elle porte en elle ; enveloppé à l'origine
type p:raiî(]it ^ mooupc , se déploie «t se dégage, dessinant au dehors ce qu'il renfermait en lui dès Torigine. L'humanité croît. tiOH i me le ' thfeiii/ ; ses facuUés ##»tjpl^t3S racines qui puisent dans t e s ein d e - ,.1. H s^iC uih wr aeflq nasève nourricière de Fidée^
Toute idée vivante repose sur ui^ ew^cngc m- * hérent^ à l'homme dans ses rapports avec luimême, avec ses semblables, avec le monde extérieur. Une pareille idée aspire, en vertu de la force d'organisation qui réside virtuellement en elle, à se traduire au dehors et à conquérir sa place dans Tordre des phénomènes visibles. Mais cette réalisation, parce qu'elle est toujours imparfaite, ne permet pas au fait de rester en possession permanente de la place qu'il a péniblement conquise par la puis- 'sancé de l'idée. Du sein de chacune de ses appari-^ tiuns, on voit l'idée grandir, déi)asser dans son mouvement les limites aù elle fixée, et les ju- • géant de plus en plus restreintes au regard des aspirations nouvelles qui témoignent de ses progrès, se retourner enfin contre le fait qu*elle a édifié, et le renverser pour faire jour à une réa-^ lisation' plus conforme à la forme actuelle de s(m existence. Ce qui ne peut plus grandir ne peut que décroître. La décadence arrive donc, et par une pente inévitable, conduit l'institution à ce point OÙ, délaissée par Tesprit vivant, elle fléchit sous son
propre poids, et au bout d'une résistance plus ou moins longue, finit par joncher de ses débris le sol derhistoire.'On reconnaît facilement le moment où ridée abandonncle fait établi, lulidéic à elle-même, rin^titutiori ten^ase dénaturer en cherchant quel-* gue conipromisavcc les idées nouvelles^ qui mena- ^ ^ cent de la dissoudre. Effortstérila qu'elle fait pour B*adaptor h Icaprit nouvea u^, ^ans se départir iiéanmoino do l'anoion oepr i t d^a t .g U e e st ioBuoi On voit Biîttiù aloii !< tus tuuipuiuiis , oh se dépense peutêtre plus de sagacité et d énergie qu'il n'en faudirait pour fonder sincèrement «11» les icWvMimvullub dtà^A'uA' t» !» institutions^^ ^i«,o.«*-ï. ,
Il y a des utopies de Fidée ; mais il existe des utopies à l'inverse dans les faits. Les faits ulopiques ' sont ceux qui, après avoir représenté des idées-Can-
êws Jiiî im hmmm fmm t tk d'une situation, ne • conservent plus, une fois cette situation transformée, que le lAasque de la réalité. Sur la foi de cette apparence menteuse, ils prétendent conserver leur place au banquet de la vie, et, pour nourrir le sépulcre, arrachent le pain de laj bouche des vi- .
vants. Mais la société ne leur doit pas de salaire,
car ils ne sont plus au nombre de ses ouvriers ; la part qu'ils prennent est une part dérobée. Toute institution est utopiquc qui crée entre les idées et les faits d'une époque, entre Tordre logiqule et Tor-
dre réel, un état de contradiction. On qualiCe d'u-
yi
topie une idée qui se montre incapable de se con-
vertir en un fait social. Pourquoi n'en dîraiWon pas autant du fait qui ne saurait coïncider avec l'ordre logique, avec Tensemble idéal d'une époque? Pour ma part, j'estime qu'une utopie du fait est un danger social beaucoup plus grand qu'une utopie de ridée.
line institution ou un ensemble d'institutions ne
saurait durer sans que des intérêts plus ou moins nombreux viennent y jeier racme. Ils s y trouvent conviés naturellement. Plus la situation a duré, plus les intérêts implantés se trouvent en nombre ; lors donc que le moment arrive où, par suite d'une évolution dans l'ordre logique, l'ordre réel des choses devient hostile aux idées dominantes, l'instinct de la conservation abientôt averti les intérêts , en jeu du péril dont ils sont menacés. Obéissant à une tactique invariable, ils se cherchent, s'entendent, se coalisent. Chaque jour ils s'organisent mieux pour la résistance. Souvent divisés entre eux quand il s^agissait de partager le bénéfice d'une situation non contestée, on les voit, en présence de l'ennemi, s'unir, avec une parfaite entente, former le réseau de l'intrigue, et profiter de toutes les fautes, parfois des succès mêmes de leurs adversaires. L'intérêt privé ne capitulera jamais qu'ài la dernière extrémité, souvent trop tard pour échapper aux violences quo son opiniâtreté accum\ilQ
yn
contre lui. Mais en toute circonstance, la dé^nse
a des privilèges. Dans l'histoire du progrès, ^il no faut pas oublier la force, d'inertie qui lutte tou-> jours contre la force d'initiative. Cette puissance négative consiste à opposer à chaque idée naissante une immobilité qui d'abord la décourage, qui l'émousse, et l'oblige à se frayer péniblement une voie sinueuse à travers des institutions et des habiWes en possession du passé. La force dïnertie, là plus puissante de toutes après celle du progrèii, de-* vient naturellement la base d'opération des intérêts menacés de dépossession.
Ignorance, paresse doublée de Thabifude, éteinte de la nouveauté non expérimentée ; tels sortt les éléments que la routine unit en elle. Ajoutons l'in* différence de la masse pour les réformes dont les conséquences exigeraient, pour être bien conqiri-^ ses, que Tespril enchaînât quelques propositions. Outre que la puissance de déduction est très faible chez le grand nombre, des conséquences ainsi entrevues à distance ne sont pas pour lui une sollicitation assez directe ; il lui faut, pour le porter à agir,^ la vue claire d'un avantage suivant aussitôt la réforme en faveur de laquelle il doit se prononcer. La paresse et l'habitude ne font-elles pas persister souvent le plus éclairé en des situations reconnues imparfaites au regard d'une situation qu'il faudrait atteindre et mériter par un effort
Tin
fort sur soi-mâme ? S'il en est ainsi,- coioibién au séiii
de cette masse inerte, si difficile à mettre en mou- VQBieût par le levier des grands caractères et des grands esprits, Tidée nVt-elle pias d'abstacles h
, vaincre! ' •
L'homme pensé, parce qu'il souffre. La pensée est .
SQUS toutes ses formes un. effort de rintelligence, vers la liberté. L'homme est né dans la misère, une proie de la douleur et de la servitude. Son premier élan vers la liberté fut l'expression de sa première souffrance. Souffrance physique, soufirance du cœur, angoisse de l'esp^t, en toutes les. avenues dé 'notre ^tre s'insinue la douleur; c'est pourquoi toutes ont des issues vers le progrès. Une existence qui jouirait d'une félicité absolue se fermerait irrévocablement au progrès. Celui-ci naît d'un conflit permanent entre l'idéal et la réalité. Pour que le progrès existe, il faut qu'il y ait des êtres qui' aspirent toujours vers un but que jamais ils n'atteindront, mais qu'ils placent toujours plus loin. devant eux, à mesure qu'ils avancent dans la. ' voie de leur dèsfinée.
L'idée engendre le fait, la souffrance engendre l'idée. Entre l'aspiration et le but, l'idée se place 'comme un médiateur incomplet qui laisse toujours un vide , ouvert à la peine et à l'effort, au progrès une nouvelle dislance à franchir.
La vérité humaine exprime, le rapport entfe les
créations denotre intelligence etlesbé^ins'denolre nature. Il y aune ulopie innocente, c'est 1 utopie qui se donne pour telle. Elle ne prétend pas à la réalisation ; elle jsait qu'elle restera toujours l'œuvre ■» ,
de rimagination cherchant à échapper par le rôve
aux étreintes de la vie réelle. Cette utopie est le
refuge de l'idé^al, chassé de siècle en siècle du sein
dè rhistoire. On s'y n pose un instant, mais on
ji'ignoré pas que ceitte île enchantée n'a point de • »• • •
rives où puisse aborder la barque qui porte rhomme et sa fortune sur les abîmes de l iaconnu.âi l'utopie pure n'est point redoutable, il en est autrement de cette utopie m.ûlée tic vérité, qu un seul mot définit le système. Le système est exclusif, par suite intolérant et tyrannique. Il ne connaît que lui seul. Les données indestructibles de la nature humaine, aussi bien que la diversité des temps, des pays, des ha«4 bitudes et des idées, il les ignore ou les méprise.. Au lieu de prendre mesure sur elle, il taille impi-» toyabiement la société sur son patron. Tout sys-* tème est faux, par cela seul qu'il est un système. Et poui'tant il est bon qu'il se rencontre des hommes systématiques pour empêcher la routine de pétrifier la société dans des institutions immobiles. La société fait son chemin entre la routine et Tutopie. Nous avons tous en nous une tendance plus ou . moins prononcée k divorcer avec le sens collectif
l'hun^anité Qt ave.c les nécessités de Texistence
générale. Noite pensée, lorsqu'elle n'est pas sévè-,
rement disciplinée, s'échappe aisément par la tangente de TutopiQ, Il y a donc en chacun de nous, une prédisposition plus ou moins forte au système, c'est à dire au despotisme du sens individuel sur le sens collectif. En se présentant sous Taspectd'un. ensemble nettement défini, et de nature à résoudre, définitivement quelqu'un des problèmes fondamentaux, qui tourmentent l'esprit humain, le sys-., tème attire ver» lui fatalement les imaginations, débiles et les volontés irréfléchies. Le système ressemble à un arbre qui croîtrait sur des cimes so* litaires. Son ombrage invite au sommeil, ceux qui s'y reposent demeurent bientôt cap tits dans le. rêve qu'il exhale ; ils se réveillent quelque jour avec un voile trompeur devant les^yeux, qui transforme peur eux le monde en une création fantastique, et fait de leur conception la réalité suprême destinée tôt on tard à le remplacer Thistoire. Est-ce à dire queles hommes cherchant la liberté doivent passer dédaigneusement à côté des idées qui se présentent sous la forme âpre et anguleuse du système? Ce serait là une erreur grave, plus qu*une erreur, une injustice. Beaucoup d'idées fécondes sont entrées par cette porte. Le système, lorsqu'il est le fruit d'une intelligence énergiquement concentrée, frappe et retient Tattention; il oblige à l'examea par ja crainte souvent âdutaire de Tagression. Il-
excelle à poser le problème et vous contraint à le regarder face. C'est son incontestable nfilité, de réveiller les esprits engourdis dans l'optimisme ou l'indifférence.
Il existe une forme de l'idée qui anticipe sur les événements. Elle ne contredit pas l'ordre réel, elle le deTance. H s'accomplit en tout progrès une an-v .ticipation inévitable de 1 ordre logique sur l'ordre réeh Si Vidée néanmoins doit être considérée comme réellement pratique, il fslut que Qette distancé qui la sépare du fait ne soit pas si grande qu'elle ne puisse ôtre aisément franchie dans un effort collectif. Certains esprits ont une portée dé regard exceptionnelle. Il leur arrive , en plongeant dans les lointaines perspectives, d'y signaler prophétiquement les futurs jalons de la pensée humaine; mais, à voir de si loin, ils négligent vo^ kmtiers ce qui est près d'eux. c'est4i-dire la position actuelle des choses, et ils se montrent disposés à firanchir d'un seul bond un espace qui réclame des siècles pour être parcouru. Ils en agissent avec le geâre humain çonmie s'il avait aux pieds les bottes merveilleuses du géant de la fable, et non les semelles de plomb de l'histoire. L'optique intellec-* tuelie compte aussi ses presbytes et ses myopes; les uns voient bien k distance et par grandes mas-^ ses ; le» autres de près et dans les détails. ' La science pi^atique est celle de l'opportunité. Le»
hommes pratiques ne sonlpas les hommes du passé; ilsroo.soîrtpas mn plus exclusivement ceux de Tavenir ; iis appartieimenl au présent, où Je passé et. ravemr opèrent leur perpétuelle rencontre. Les inr-
dividus et leâ peuples qui ^se montrent par; ex^, cellence doués du sens pratique sont ceux qui savent marcher yer3 Tayenir sans ignorer le pnssé, et. accorder au fait comme a i idée sa part nécessaire. ,. La logique pure, pas. pliis que l'empirlsine, n^st le fait de la pratique. L*idéc est une force qui n-agit pas 4ans le .vide; elle .pénètre dans un milieu., préformé et se trouve eontrain te, fout en modifiant plus ou moins ce milieu, de suivre les détours qu'il lui impôffe. Pénétrantdans le vide, Tidée suivrait la ligne droite, abstraite, un4tinéraire absolur ment logique; en présence <h»'pa»8é. où elle s'infii* nue, elle décrit forcément une courbe que Thonain^. pratique caloule à ravfanoe jnsqu-à un .certain de«^ gré, ou qu'il devine par instinct ; car il appartient klLinstinct peut .être plus encore, qu'au raisonne-*, ment.
. L'utopiste ckoicjie le mouvement perpétuel; il oublie que son système n'est.'pas destiné à agir librement ; il néglige dans ses combinaisons le frottement et.la résistance^ A Vhontee pratique appartient le soin de mesurer la force que doivent perdre les idées nouvelles dans leur «eoiâlact ecmx \fy Mj^B.^xista3p$»y^ oomiAe il doit découvrir au^si
les poiats. par lesijuels des théories naissantes, . toujours amoindrier et mutilées* étais rapplicattem; ' peuvent s'engréner dans l'easemble qui les a précédé , et qu-elles ne * sauraient être"* deatiaéea .à remplacer que peu à peu, et de telle sorte quele tout se renouvelle constamment, mais par dea . transfortnations successives. Les grandes réformes ; qui ont ébranlé^ le monde, .accomplies en apparehGè d*uii £(éut t^oup, supporàient derrière elles • le lab^r des siècles. Tout e^l mulualilé dans l u- • niVers : Fîdéé -doit s'adapter h la situation, la situation à ridée. Il est des esprits néanmoins quij après tânt de teçoitô écrites avec du sang Jiftmain, croient encore à refficacité de la terreur et de la compression pour réaliser des doctrines incom-* pâtifrles avëé une institution sociale donnée, aveo le caractère fondamental d'une nation; d'une époque,. de4'hômmeUii^èi|iedàn8 sa eonslitutiohfondanien» tale. Cette erreurr barbare repose sur une manière de Ton'qui ccN^tituè rhérésie Tadicaie de l'esprit* sectaire. Le sectaire ne voit pas dans la société un ofganisfney\Éec développant par * l'opinion publique du dcdans au dehors, il la considère comme unmt^- ' comsme, susceptible comme tel d'àtre modifié du ddi^au dedans par une' àctioti également mécanique. Les partis s'accommodent. trop volontiers de cette«tiié0iie. Ils croient avoir réiissi à vaincre, . lorsqu'ils n'opt fait que comprimer,... Cependant. la/
puissance de l'idée qu'ils refoulèrentpar la violence réagit, et elle les broie sous le poids de ses colères^ accumuléés. Il y a dans là masse un instihcl capable d'éducation, mais toujours susceptible d être faussé. C'est la tâche des grands esprits et des . grandes volontés do servir d'interprètes à la voix ' eonfuse des multitudes. Les idées fécondes sont colles qui convertissent en institutions durables et bienfaisantes cé qui se meut dans les entrailles de la nation ou de l'époque. ' * '
. Un état social est nécessairement complexe; il. représente 'un moment de Thistoire, et renferma enlui des parties hétérogènes : institutions prospères, institutions qui-décliiient, institutions en voie de développement Autant de formes de l'idée socialo, autant dé forces qui s'assistent ou qui se combat^ tent entre elles. Le chaos et l'ordre se mêlent dans toute phase que traverse la société en ses méta*iuorphoses. Le genre humain se meut entre Tordre et l'anarchie. Une anarchie absolue lë condamne* rait k réteriielle confusion, un ordre sans ferment révolutionnaire à l'éternelle immobilité. .
• Les sociétés qui ont rencontré un centre dan» quelque grande idée dominatrice de la conscience publique, ont un air particulier de force paisible. Elles sont saines et entretiennent la santé dans les esprits.. La sève qui émane d'une foi commune cir-* çvile partout} répand la vie, solidarise les intérêts.
L'idéal colleolif est un moule dont les caractères prennent L'en^^reinte. ils reçoivent de lui l'énergie et le relief. Ce type commun né de tous, forme pour tous une éducation générale. Un.de pareiilea époques, vouloir est facile» parce que la pensée .a un but précis qui la détermine sans peine dans sa direction essentielle. Chacun se sent fort de la force générale, en môaie temps que de la sienne propre. Sous ces influences harmonieuses, Ton voit surgir des organisations d accord avec elles-mêmes et avec ce qui les environne. Tandis que. la société se réfléchit en elles, elles se reconnaissent dans la société. Heureux ceux qui ont pu vivre et grandir au seiti d'un peuple s épanouissant dans un idéal respecté i Le doute et Tangoisse ne rongeaient pas leur sein comme un mortel cancer. Mais ne les en-, viens pas. 11 est be^u aussi, il est plus grand sans doute de lutter vaillamment dans les ténèbres con* tre cette sombre vague q^ui limite I horizon, et nous entoure de ses silences, ou de ses mugissements, également impéaétrables. Dans ce combat, il y a place pour les cœurs vaillants mariés à la grande religion du progrès.
Ce qui signale les époques de crise , et les rendsi amères, c'est surtout le sentiment glacé de laaolitude où sont condamnés à. agir ceux qui protestent contre Tégoïsme, contre les convoitises brutales ou rafiinées, coud e le $ce|Uiçiâme, coatrQ
rîndifféfèiice et* le mépris rhcmme tombe à régard de lui-même. Le faisceau est rompu; cha-i cun cherehe sa voie en tàtomiant. Cette harmonie
des facultés qui e^t la beauté et l'énergie de Tâme,. elle liait place aux dissonnaîices intérieures, et les élans enthousiastes sont trop vite suivis de défail-. lances. Plus de . langue commune. Les doctrines, les systèmes sortentpartout des flancs entr ouverts de la société, ils se mesurent avec défiance ou colère, s'apprêtent par la ruse ou par la violence au com- : bat. Oii est le bien, oii est le mal? Au fond de leur ^ conscience, les plus purs se sentent troublés ; les plus- forts sentent vagiller la base sur laquelle, rer pose encore Tédifice deCJeiirs convictions. * " ' • . Mais quoi qu'il en soit, et quoi qu'il puisse advenir,^ c'est ridée seule qui vaincra, dans Tidée la vérité, dans la vérité le progrès.
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