‹ Liberté et socialisme, ou, Discussion des principes de l'organisation duChapitre 7 sur 42 · QUELQUES DÉFINITIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES DÉFINITIONS

chaque famille est placée autant que possible dans la condition où le genre humain se trouve sur la planète, c'est-à-dire dans la condition commune, qui est la plys juste : son sort dépend de ses actes. Il n'y a pas de situation plus propre à provoquer de grands efforts de la part de chacun et de tous. Avec l'autorité, le sort des familles dirigées dépend de la volonté plus ou moins éclairée et plus ou moins équitable de ceux qui dirigent. Pour améliorer leur sort, les sujets songent naturellement, non à travailler et épargner davantage, mais à déplacer l'autorité ou à changer sa direction. Dans cet(e situation, les responsabilités se confondent ; chacun est porté à imputer le mal dont il souffre à son prochain et à s'en prendre à son prochain au lieu de faire effort pour s'améliorer lui-même. •

La- liberté prend les hommes tels qu'ils sont et compte, pour leur perfectionnement, sur l'action de l'expérience et de la responsabilité. L'autorité suppose que la plupart des hommes sont incapables de se diriger euxmêmes, et qu'un petit nombre sont capables de bien diriger eux-mêmes et les autres. Mais nous ne voyons nulle part, dans nos sociétés modernes, ces individus supérieurs en raison, en lumières et en moralité auxquels on puisse, sans crainte, confier la direction des autres : là où l'autorité pèse encore sur l'industrie, nous la voyons fonctionner le plus souvent au profit de ceux qui l'exercent et toujours contre l'intérêt de ceux qui y sont soumis, c'est-A-dirc du plus grand nombre. Nous

voyons les gens investis de Tautorité, et, par conséquent, irresponsables, s'endormir dans l'insouciance, et ceux qui y sont soumis s'affaisser en présence d'un obstacle qu'ils n'espèrent pas de surmonter.

Nous inclinons vers la liberté par affection pour elle : nous y inclinons aussi par la considération des inconvénients de tout système d'autorité.

En effet, partout où vous établissez l'autorité pour régler ou diriger l'activité utile des citoyens, la vie de ceux qui obéissent est diminuée, puisqu'ils ne sont juges ni des travaux qu'ils doivent faire, ni des besoins qu'ils ont à satisfaire, et dépendent à cet égard d'une volonté étrangère. En même temps la vie de ceux qui commandent s'égare faute de responsabilité et fléchit sous la routine, la paresse, les j> jouissances faciles. Ainsi la vie est comprimée, chez les uns^ par l'autorité et par les habitudes d'imprévoyance, qu'engendre un défaut prolongé d'initiative^ chez les autres, par une situation qui procure l'abondance sans travail et les honneurs sans mérite.

Ajoutons que, sous un régime d'autorité, il est trèsdifficile à l'individu de s'améliorer par lui-même : la responsabilité des bons est tellement confondue avec celle des mauvais, que les premiers ne sont pas récompensés de leurs bonnes actions et les derniers ne sont pas punis de leur paresse. Toute amélioration, pour être efficace, doit être collective et toucher à l'ensemble des arrangements sociaux : c'est assez dire que toute amé-

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lioration est difficile, sinon impossible, et que sa recherche occasionne des discussions et des querelles sans fin entre des hommes trop étroitement attachés les uns aux autres pour pouvoir agir et même penser avec indépendance. C'est ce que nous enseigne Thistoire de toutes les révolutions qui ont eu lieu jusqu'à notre temps dans l'intérieur des sociétés humaines.

Les sociétés les plus calmes sont celles ou la liberté a le plus de place, parce que ce sont celles où les vices et les faiblesses des hommes investis de l'autorité ont le moins de conséquences.

Tels sont les motifs qui nous font préférer la liberté et sur lesquels nous aurons occasion de revenir. Maintenant, pour éviter toute équivoque, essayons d'indiquer les traits principaux de Tidéal vers lequel nous croyons qu'il convient de nous diriger.

i 8. — Idéal libéral.

L'unité sociale est la famille^ au sein de laquelle le travail est dirigé et les richesses sont appropriées sous l'autorité du chef. L'individu majeur et isolé est libre de se marier et de fonder une famille.

Le chef de famille et l'individu isolé sont indépendants ; ils disposent en toute liberté de leur travail et de la portion de richesses qu'ils peuvent acquérir au moyen de leur travail et de celles qu'ils obtiennent par héritage ou par donation. L'individu isolé est responsa-

ble de la satisfaction de ses besoins : le chef de famille est responsable en outre de la satisfaction des besoins de sa femme et de ses enfants^ Ni l'un ni l'autre n'ont droit d'exiger de personne quelque secours que ce soit.

L'autorité publique est chargée de veiller à la sûrçté des personnes et des propriétés, de faire respecter la liberté du travail, de façon à ne permettre à personne ce qui n'est pas permis à tous et à tenir toutes les fonctions sociales également accessibles à tous.

La combinaison du travail de plusieurs hommes dans une coopération commune est indispensable au (développement de l'industrie, el cette coopération exige des arrangements durables d'autorité; le soin de constituer ces arrangements est laissé à la liberté des individus, qui se lient estre eux par tels contrats qu'ils jugent convenables. L'autorité sociale n'intervient que pour faire respecter ces contrats, lorsqu'ils sont légitimes, et pour déclarer ceux qui ne le sont pas, tels que ceux par lesf]uels un ou plusieurs individus aliéneraient leur liberté ou s'engageraient à faire ou à tolérer ce qu'il n'est pas permis de faire ou de tolérer à chacun d'eux séparément.

Comme les biens que les hommes laissent en mourant ne peuvent être appropriés autrement que par autorité, l'appropriation de ces biens a lieu en vertu des lois qui régissent les successions et les testaments. Ces lois établiraient l'hérédité indéfinie dans la ligne directe

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et, dans la ligne collatérale, jusqu'au troisième degré au moins, en laissant à l'individu majeur la liberté de disposer en faveur de qui il voudrait des biens qu'il laisserait à son décès.

Ce régime est fondé sur cette idée : que chaque individu isolé ou chef de famille sait mieux que tout autre ce qui convient à son intérêt et à celui dé sa famille ; que, dans les limites d'égalité que nous avons indiquées, l'intérêt privé se confond avec l'intérêt public, à ce point, qu'en laissant les individus libres d'agir sous l'inspiration de leur intérêt privé, on peut être assuré que le plus grand nombre agiront de manière à procurer à la société plus de richesses, plus d'ordre et plus de vie que s'ils agissaient sous l'impulsion d'une autorité quelconque,

{ 4. — daMifleailon des serYtcM.

Sous ce régime, tous les services que les hommes se rendent les uns aux autres se divisent naturellement en trois classes qui sont réductibles à deux, savoir :

1" Services industriels : ce sont ceux qui s'incorporent à un objet matériel, aliment, tissu, maison, etc.

2!** Services personnels : ce sont ceux qui, sans s'incorporer à une chose, s'approprient à une personne déterminée, tels que ceux du domestique, tels que ceux du médecin, de l'avocat, etc.

3** Services publics : ce sont ceux qui ne s'incorpo-

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rent pas à une chose, ne s'approprient pas à une personne déterminée et qui profitent à la société en générai, tels que ceux de Thomme d'État, du juge, du militaire.

Les services des deux premières classes, pouvant être appropriés, peuvent être rémunérés par l'échange, sans intervention *de l'autorité. Qui en a besoin, les demande et les paie. Les services de la troisième sorte en pouvant être rémunérés de cette manière, sont rémunérés au moyen des produits de l'impôt par l'autorité chargée de percevoir l'impôt. Chacun est libre d'ailleurs d'offrir des services rémunérés par la liberté ou des services rémunérés par Timpôt, d'entrer dans les fonctions libres ou d'en sortir, ou de se présenter pour remplir les fonctions d'autorité. Les unes et les autres étant également indispensables à la société sont moralement et légalement égales.

Nous ne nous occuperons que des fonctions libres et plus spécialement des fonctions industrielles.

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