‹ Liberté et socialisme, ou, Discussion des principes de l'organisation duChapitre 6 sur 42 · QUELQUES DÉFINITIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES DÉFINITIONS

i 1. — Position de 1» «nesilon.

Il s'agit de Tappropriation des richesses. Rappelons les principes de la matière.

Il y a deux modes élémentaires d'appropriation, et il n'y en a que deux : — ou l'homme majeur dispose de son travail et des produits de son travail, ou un autre homme dispose de ce travail et de ses produits. — Dans le premier cas, Tappropriation a lieu par la liberté; dans le second, elle a lieu par autorité et contrainte.

Nous ne pouvons imaginer une situation où la disposition du travail et des produits du travail n'appartiendrait ni au travailleur lui-même, ni à un autre homme, ou, ce qui revient au même, ne serait pas déterminée par un arrangement fondé sur la coutume, sur une loi ou sur un contrat.

L'autorité et la liberté sont choses bien distinctes qu'il importe de ne jamais confondre; mais elles se combinent ensemble dans tous les arrangements sociaux ima* ginables. Sous le régime des castes, l'autorité dominait : chacun était voué, par sa naissance, à une profession dont il ne pouvait sortir : son travail de chaque jour lui était imposé, et les produits de ce travail étaient répartis par la coutume, de telle sorte que sa liberté personnelle était réduite à quelques détails seulement. L'autotorité était encore plus marquée dans les ateliers communistes des Incas au Pérou et des Jésuites au Paraguay. Sous le régime de l'esclavage, le maître est libre tandis que l'esclave est soumis à l'autorité, aussi bien que le serf du moyen âge. En France, avant 1789, les lois constitutives des corporations, les privilèges, les règlements de fabrique étaient des arrangements d'autorité dans lesquels la liberté d'action de chacun devait se mouvoir. Quelques différences que l'on remarque entre ces régimes si divers, ils présentent ceci de commun que l'individu n'y était pas libre, comme aujourd'hui, de travailler où, quand et comme il lui plaisait, et de disposer à son gré des fruits de son travail.

On peut à la rigueur concevoir une société où quelques individus seulement seraient libres, tandis que les autres obéiraient à l'autorité : un couvent catholique présente l'image d'une société de ce genre. On ne peut, au contraire, concevoir une société dont tous les membres seraient absolument libres de tout faire, à moins de sup-

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poser en eux tous un degré de perfection que le monde n'a pas encore connu.

On peut donc poser en principe que l'autorité et la liberté se partagent nécessairement tout système général d'appropriation des richesses, comme tout système social. Elles se limitent Tune l'autre : on ne peut donner à la liberté rien qui ne soit soustrait à Tautorité et réciproquement tout ce que l'autorité acquiert est enlevé à la liberté.

Par conséquent, on ne peut réformer, en quelque sens que ce soit, un régime quelconque d'appropriation des richesses sans ôter à l'une et donner à l'autre.

A l'origine des temps historiques, l'autorité règne en souveraine. C'est elle qui, enlevant aux peuplades sauvages la lil)erté primitive pour les soumettre à des arrangements fixes, a jeté les bases de la civilisation. Ensuite, et par un mouvement commencé depuis des milliers d'années, l'autorité a perdu du terrain et la liberté n'a cessé de faire des conquêtes. Il est remarquable que ces conquêtes aient eu lieu par une action inconsciente de la société, malgré les théories des philosophes et la volonté des législateurs qui, tous, jusqu'aux derniers siècles, ont considéré la liberté comme un principe de désordre et tenté cent fois de reconquérir à l'autorité le terrain que celle-ci perdait.

Les améliorations, dont le régime actuel est susceptible, doivent-elles être cherchées dans un accroissement de l'autorité ou dans un accroissement de la liberté? —

Telle est, en définitive et au fonds, la question désignée quelquefois sous le nom de qmstion sociale^ dont Texamen e^t l'objet de ce livre.

g 2. — Tendance i^nérale de nos opinions.

Nous croyons que le régime actuel d'appropriation des richesses laisse beaucoup à désirer ; qu'il peut être amélioré par quelques changements dans les lois et par des changements plus nombreux et plus considérables dans les mœurs. Nous croyons que ces réformes doivent avoir lieu par l'accroissement de la liberté. Voici, en peu de mots, les motifs de cette opinion :

Le meilleur ordre social est celui qui permet le plus grand développement possible de la vie dans chaque individu en même temps qu'il permet de vivre au plus grand nombre d'individus possible.

Si la liberté de chacun peut s'étendre sans obstacle aussi loin qu'elle n'empêche pas les autres individus de jouir d'une liberté égale, chaque individu peut développer sa vie autant que ses facultés le lui permettent. Si, au contraire, la liberté d'un certain nombre ou du plus grand nombre est contenue par des règlements fixes ou par la volonté de quelques personnes, il est évident que la vie sera contenue dans les mêmes limites que la liberté : il y aura* moins de pensée et moins d'action que sous un régime libre.

Avec la liberté et la responsabilité qui l'accompagne,

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