AGRICOLE
En second lieu y la fabrication indigène jprocure à la production agricole ses débouchés les plus puissants et les plus stables. Et certes cette considération est importante y car c'est l'agriculture qui forme une des principales bases de la force d'un État; c'est elle qui nourrit et entretient une population nombreuse, vigoureuse et énergique, où se recrutent les meilleurs soldati; c^st encore elle qui sauvegarde te pays contre la famine, et contribue ainsi puissamment à sa sûreté et à son indépendance.
La protection qu'on accorde à l'industrie devient protection pouf l'agriculture, car cette dernière ne peut se développer puissamment que par l'industrie, qui consomme avantageusement sur
pJace les produits de la terre, et épargne ainsi à l'agriculture les chances 9 les frais et les difficultés d'exportation. Nousavons vu du reste^en examinant les inconvénients du libre échange , combien l'exportation des produits de notre sol serait compromise sous ce régime, parce qu'elle aurait affisiire à des concurrents puissants et dangereux.
Si l'on considère maintenant la force numérique de la population ouvrière, si l'on considère encore qu'une grande partie de sa consommation consiste en produits agricoles, on se fera facilement une
• idé% des avantages nombreux que l'industrie ac*
(#rde à l'agriculture. Et ces avantages sont d'autant plus grands, que l'agriculture se ressent trèspeu,, comme nous l'avons vu, des charges aux-^ quelles la protection de l'industrie peut donner lieu ; et le prix plue élevé des produits agricoles, résultant d'une plus forte consommation , devient presque tout profit pour l'agriculture.
La production manufacturière, en élevant la valeur des produits , élève en même temps la valeur des terres. On peut dire hardiment que depuis une trentaine d'années i l'industrie a doublé en général la valeur des immeubles. Ce bienfait est surtout
* précieux pour les contrées pauvres, qui sont celles que l'industrie recherche de préférence ; elle évite les grandes villes, afin de pouvoir travailler à meilleur marché. Il en résulte que plus il y a d'industrie dans un pays, plus il y a également de cul-
^ ture; et plus il y a de culture, plus la terre acquiert de valeur par suite du profit qu'on peut en
tirer. C'est ainsi que, dans telle contrée, larpeut de terre valait i5o à aoo francs il y a cinquante ans, tandis qu'aujourd'hui la même étendue de terrain s'y vend de 800 à 1,000 fr. Llndustrie exerce donc la plus heureuse influence sur l'agriculture, et il est a espérer que peu à peu leurs efforts réunis parviendront à doter des bienfaits de la culture les terres stériles qui abondent encore en France.
Ce n'est pas certes le r^ime du libre échange qui développerait cette culture, parce qu'il aurait des conséquences funestes pour l'agriculture, n^me dans les contrées où elle fleurit. »
Secondez, au contraire, les efforts de l'industrie, qu'elle pénètre dans les régions incultes de la Sologne, de la Bretagne, des Landes, et elle y répandra l'aisance : elle y favorisera la culture en fournissant des débouchés aux produits agricoles, en établissant dans ces pays, avec une population qui gagne, une population qui dépense. De cette manière, en imprimant la plus grande activité à la production manufacturière, vous changerez des déserts en pays fertiles, vous extrairez du sol des capitaux qui y sont encore enfouis, et vous verrez augmenter la richesse du pays tout entier.
C'est ici le cas d'indiquer l'influence avantageuse que rindustrie exerce sur Texploitation des forêts, sofi en faisant elle-même emploi du bois, soit en fournissant à ce produit les débouchés de la coa* sommation qu'elle crée par le surcroit de population ouvrière et non ouvrière.
C0MSÉQUBMCB8 DE hk PROTECTION. 113
11 y a près de deux siècles que Louis XIV , afin d'eocourager en France Tindustrie du fer et celle d'autres produits, leur accorda la concession perpétuelle de tous les bois dont elles auraient besoin. Ces affectations avaient à cette époque peu de valeur^ parce que les bois périssaient sur pied ; circonstance qui se présente du reste encore dans bien des pays de l'Europe, même dans plusieurs contrées de l'Allemagne, où, faute de débouchés, le bois est sans valeur, et se vend de o,5o c. à i fr. 5o c. le stère, tandis qu'en France, les prix se sont élevés de 5 fî*. jusqu'à lo fr. le stère. Ce grand développement des ressources naturelles de notre sol est en majeure partie l'œuvre de l'industrie.
Toutefois la forte consommation qu'elle fait du bois présente non-seulement l'avantage de donner une valeur plus élevée aux propriétés forestières, mais elle favorise encore très^ctivement l'exploitation des autres combustibles, comme houille, tourbe et lignite , et augmente ainsi d'une manière notable la richesse nationale, autant par le surcroît de valeur qu'elle donne à ces produits, dont elle provoque la culture et l'extraction , que par les moyens d'existence qu'elle procure à tous les hommes occupés à ces travaux.
Il est encore certain que l'augmentation de la valeur du bois a fait sentir l'utilité de mettre plus de soins à l'exploitation des forêts, et aujourd'hui celte administration est à juste titre érigée en science. La création de l'école forestière a déjà rendu de beaux services , et elle est appelée à en rendre de
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plus grands encore , lorsque les ëlèves qui en sortent auront ajouté à leurs études théoriques la pratique approfondie de leur état, et seront ainsi à même de faire profiter la science des fruits de Texpérience et de l'observation.
Pour donner la mesure des résultats déjà obtenus, il sufîRt de faire observer que les forêts de l'État , par leur bonne administi*ation, donnent un revenu qui est d*un quart plus fort que celui des forêts particulières, c'est-à-<lire que l'hectare rapporte à l'État 3a fr. , tandis que les communes et les particuliers n'en retirent que a4 fr. : cet exemple de bonne administration, s'il est suivi, comme il mérite de l'être, aura des conséquences d^autant plus importantes, que l'État n'étant propriétaire que d'un million d'hectares, les avantages d'une culture perfectionnée pourront s'étendre encore à sept millions d'hectares qui forment l'autre partie de la fortune forestière de la France.
Nous jouissons aujourd'hui d'un aménagement de forêts des plus favorables à leur exploitation.
Les repeuplements et nouvelles plantations augmentent d'année en année ; et comme ils peuvent s'exercer en partie sur les huit millions d'hectares (i )
(i) Superficie totale de la France , 52,760,299 hectares, qui se divisent ainsi qu'il suit, en ne tenant compte que des nombres ronds :
Terres arables de cultures diverses. . . 14 milfions d'hectares.
Bruyères et terres en pâture 8 id.
Forêts » 7 id.
A reporter 29 id.
qui sont en bruyères et en landes, la richesse forestière a encore de belles chances de développement.
L'industrie procure à l'agriculture encore un autre avantage. Il arrive couvent que, par suite du grand morcellement de la propriété, le petit propriétaire n'est pas assez occupé à la culture de ses champs; ce fait a surtout lieu dans les rayons peu aisés. Alors le travail manufacturier lui est souvent d^un appui très-utile, car en l'occupant lui-même, en donnant de l'ouvrage à sa femme et à ses enfants, il lui procure des moyens d'existence dont son inactivité forcée Tauiait privé.
Remarquez en outre que c'est un travail, un gain permanent, tandis que les travaux de l'agriculture languissent pendant la saison rigoureuse, et cependant c'est l'hiver qui fait naître les plus grands besoins chez l'homme*
Pour résister aux rigueurs du froid, il faut qu'il
{teport. ag millions d'hectares.
Prairies « 5 id.
Froment 4 ^ id.
Seigle 3 îd.
Avoine 3 id.
Vignes a id*
Orge. . .^ t I i id.
Pommes de terre , i id.
^ai^din et verger. i id.
Superficie des routes , canaux et constructions • • . a i id.
puisse d'autant mieux se nourrir^ sliabiller, il fiiut surtout qu'il puisse se chauffer, et sous tous ces i*apports Fagriculture n'offre aux pauvres que peu de ressources.
L'activité de l'industrie, au contraire, est permanente été comme hiver. Les avantages qu'elle procure sont particulièrement précieux dans les années de mauvaise récolte, qui présentent pour la popu-lation agricole un double inconvénient.
1^ Moins de main-d'œuvre à distribuer aux ouvriers de l'agriculture. Il est clair, par exemple, que si vous récoltez moins de blé, il vous faudra moins de monde pour le battre dans les granges, etc., etc.
â^ Cherté des produits qui ont peu rendu.
Ajoutez à ces deux mauvaises conditions un hiver rigoureux, et vous verrez naître la plus affreuse misère dans les contrées qui n'ont pas d'industrie. Admettez, d'un autre côté, un village qui est à même de se procurer des ressources par le ti*avail manufacturier, le malaise que produit la cherté des vivres y est moins sensible et plus tolérable, parce qu'il s'y répartit des profits et des gains qui remédient aux besoins les plus urgents.
C'est bien à tort que l'on a incriminé les résultats du système de protection en se fondant comme exemple sur ce que le paysan de la Beauce ne pouvait porter que des sabots. Mais pourquoi portet-il des sabots? Parce qu'il est misérable, et que les souliers lui coûteraient trop cher. Sous l'empire
du libre échange la chaussure sera meilleur mar* ché, mais cette différence sera-t-elle assez forte pour que le prix en tombe jusqu'à celui des sabots? D'ailleurs le bon marché d'une paire de souliers ne procure pas encore les moyens de les payer. Il faut avant tout pouvoir les acheter, et sous ce rapport un peu d'industrie dans la Beauce ne gâterait certainement rien.
£n résumé, que les contrées soient fertiles ou qu'elles soient pauvres, que les années soient bonnes ou mauvaises, l'industrie agricole, dans tout état de cause, est puissamment secondée par l'industrie manufacturière; et la population agricole, comme chacun le sait, forme la partie importante de la population de la France.
Passons en revue, au moins sommairement, les autres classes qui composent la population de la Finance.