‹ Libre échange et protectionChapitre 15 sur 21 · IV · texte numérisé non relu

IV

INFLUEUCB Dfi LA PROTECnON SUR LES BIFFiRENTS

ih'ATS ET PROFESSIOltS.

Parlerons«nous maintenant de cette foule d'états et de professions, médecins, avocats, artistes, marchands et artisans de tout genre, tels que graveurs, mécaniciens y menuisiers, tailleurs et autres?

La prospérité de tous ces états dépend du plus ou moins de gain qu'ils peuvent réaliser, et à cet effet il faut aux uns une clientèle nombreuse et aisée, et aux autres une consommation forte et animée par une circulation abondante de numéraire.

L'industrie non-seulement nourrit de$ millions d'hommes qu'elle emploie, mais encore, comme nous l'avons vu , elle provoque un excédant dans la population non ouvrière^ auquel excédant elle fournit des moyens d'existence. Donc, double surcroit de consommation, et par conséquent de transactiotis, de ventes, en général de gains et de productions de toute espèce.

Admettes qu'un bon consommateur puisse, pour ses besoins, donner lieu à quinze ou vingt transactions différentes souvent répétées, comme

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tailleur, menuisier, cordonoier, marchand de bois, médecin, pharmacien, agricuheur^ épicier, marchand de vins, serrurier, maçon, etc., etc.; mais remarquez que les articles qui font l'objet de ces quinze ou vingt transactions ou sources de bénéfices ont, par contre-coup, donné lieu à une foule d'autres bénéfices déjà réalisés.

ainsi, un homme achète une paire de bottes, le bénéfice direct qu'il donne est celui du cordonnier; mais la matière première employée par le cordonnier pour cette paire de bottes renferme les bénéfices du marchand de cuir, du tanneur, de l'agriculteur, etc.

11 faut donc ajouter au bénéfice direct que donne le consommateur, en achetant un objet, tous les autres bénéfices qui résultent des différentes transformations que cet objet peut avoir subies avant d'arriver à sa dernière destination ; car chaque main, en s'en dessaisissant, a retenu un bénéfice.

Multipliez ensuite ce produit par la somme élevée de consommateurs dont l'existence peut être attribuée au seul mérite de la production manufacturière, et il surgira un chiffre énorme de ventes et de bénéfices, qui n'existeraient pas sans le secours de l'industrie, et qui devient un aide puissant à la classe des producteurs dont nous parlons, une source très-abondante et continuelle de profits pour eux.

C'est donc la forte consommation qui donne le bien-être à tous les métiers, à tous les états, et

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rien n'est plus à même de la rendre forte et nombreuse que rindustrie.

Si, à rinstar de certains libres échangistes, nous voulions prouver par des comparaisons , nous citerions l'exemple suivant.

Pourquoi la majeure partie des villes attachet-elle une grande importance à avoir des troupes casernëes dans leurs murs? Ce n'est certainement point parce que la consommation y trouvera les bëuéfîces d'un meilleur marché; au contraire, la cherté augmentera; mais les producteurs de cette ville feront de meilleures affaires, le numéraire circulera mieux et sera plus abondant; et certainement si le bien-être des producteurs n'excédait pas le mal qui peut résulter du renchérissement des objets de consommation, la ville aurait mauvaise grâce à demander des troupes.

Admettez qu'au lieu de ce régiment de soldats , une troupe ambulante d'artisans étrangers vienne s'établir dans cette ville, et qu'elle offre ses services à meilleur marché que les artisans indigènes, il peut en résulter un certain avantage pour les consommateurs. Mais les producteurs , c'est-à-dire tous les gens de métiers, en éprouveront un dommage réel , et cependant eux aussi font partie de la classe des consommateurs, ils en forment même la majeure partie. Néanmoins, en fin décompte, la troupe étrangère quittera la ville, emportant hors ses murs l'argent qu'elle aura gagné aux dépens des artisan^ indigènes.

INFLUEirCE DE LA PROTECTION SUR l'ÉTAT ET LES

SALARIA DE l'État.

Il ne reste actuellement plus à parler que des fonctionnaires salaries par l'État et de l'État luimême. Comme le bien-être des uns dépend beaucoup de la force et de la richesse de l'autre , il n'y aura pas grand mal à traiter ces deux questions simultanément.

Pour éclàircir ces deux questions 9 nous développerons avant tout la considération qui suit :

« L'industrie contribue à la puissance de l'État en « utilisant toutes les ressources matérielles et intel- « lectuelles du pays. »

1* Les Ressources matérielles.

La production manufacturière, en créant les établissements industriels , en faisant hausser le prix dés terres, en utilisant les chutes d'eau , sans cela sans valeur, en favorisant la culture du sol dans des contrées qui autrefois ne trouvaient que peu de débouchés à leurs productions, en donnant encore d'énormes et lucratifs développements à l'exploitation des forets, crée dans un pays une immense valeur immobilière.

C'est ainsi que le nombre des usines qui existaient en France en 1840 a été calculé comme suit :

ISâ GHàPlTRB 111.

Moulins 81,660. \

Fabriques diverses. 19,340. I Entout io8,o3onius

Forges 4>4^o. i par Feau.

Autres usines. • . . a,6io. ]

En estimant chaque usine à un prix moyen de 10,000 fr., nous trouvons que les io8,o3o usines mues par Teau représentent une valeur immobilière de plus d'un milliard de francs. Ajoutez-y les 5,ooo machines à vapeur d'une force de 70,000 chevaux que possède la France industrielle et qui sont à renouveler tous les dix «ns> plus les bâtiments d'exploitation accessoires y ainsi que le matériel et la plus-value des propriétés foncières, et vous arriverez à un chiffre de la plus haute importance.

Retranchez donc du pay^ la fabrication manufacturière, et avec la population diminuera le nombre des moulins; les cours d'eau qui alimentent les foires ou d'autres usines resteront sans emploi, et la valeur et le revenu des maisons et des terres arables, des forêts et des richesses minérales (mines de fer, dehouille>, subiront une forte dépréciation.

Il est clair que vous ferez ainsi le sacrifice d^une grande partie de la fortune nationale.

lia production de la richesse n'est pas le seul bienfait dont on soit redevable à l'industrie ; on lui en doit un autre : la répartition plus ^ale de la richesse. En s'établissant de préférence dans les sites isolés et incultes, l'industrie apporte le bienêtre là où régnait la misère , et lorsqu'elle est bien dirigée elle rétablit ainsi l'équilibre entre les conditions de prospérité, ordiiiaî rement fort inégales

dans les différentes parties du pays ; cette inégalité est un grand mal, non^seulement au point de vue de rhumanité, mais encore au point de vue des contrées mêmes où règne la plus grande prospérité. La situation réciproque de l'Angleterre et de Tirlande est là pour le prouver.

11 faut dope s'attacher à attirer dans un pays le plus grand noipbre d'industries possible. lien résulte deux bonnes choses : d'abord, l'utilité qu'offre cha* cune de ces industries ; en second lieu, l'avantage de posséder des moyens de travail et de subsistances très- variés, qui, peu à peu, se répandent sur toute la surface du territoire et procurent à l'agriculture des consommateurs dans tous les lieux où elle s'exerce. Quand un pays ne possède que deux ou trois grandes industries (ce^'Serait le cas si le système du libre échange était appliqué), ces industries se concentrent presque toujours dans quelques localités spéciales, et la plus grande partie du pays n'éprouve que d'une manière bien intparfaite et très-indirecte les bienfaits qui découlent de l'une ou de l'autre de ces industries.

Il en est tout autrement des petites industries , comme on veut bien les appeler, ainsi que des fabrications appartenant aux grandes, mais qui peuvent s'exercer partout.

Ces productions recherchent de préférence les localités où règne peu d'industrie ; elles y trouvent généralement la main-d'œuvre meilleur marché, et les chutes d'eau y sont dans .des conditions plus favorables» Quelles que soient les raisons qui peuvent

déterminer ces industries, elles sont libres d'agir d'après les purs motifs de leur convenance , et de choisir le local qui leur parait le plus avantageux. Certaines grandes fabrications, au contraire, n'ont pas toujours cette faculté , et un grand centre de fabrication une fois établi , il faut que tous ceux qui travaillent dans cette partie se groupent alentour. C'est une nécessité pour eux , parce que ce centre est souvent le marché de la matière preimère, le rendez-vous des acheteurs , le régulateur de la mode , le foyer des ouvriers exercés. Un fabricant qui s'en éloignerait risquerait de rendre sa position excentrique et défavorable, et ne trouverait pas ailleurs une compensation suffisante danslemeilleur marché de la main-d'œuvre.

Un autre avantage est encore attaché à la grande diversité des industries.

Il peut arriver en eflet qu'il y ait stagnation dans l'une ou l'autre fabrication , par suite de mévente ou d'autred raisons. Biais cette stagnation ne frappe jamais toutes les bi-anches à la fois ; il arrive même souvent que, si l'une est en souffrance, l'autre n'en va que mieux : ainsi, dans ce cas, le désastre ne sera que partiel et sera plus facilement supporté.

Nous nous rappelons, à cette occasion, qu'un fabricant d'Elberfeld nous dit un jour que sa localité se ressentait moins que d'autres centres de production , comme Lyon , des crises qui affligeaient l'industrie de la soierie, parce que, indépendamment de cet article, Elberfelfl cultive encore la fabrication des draps et des cotons, et qu'en cas de stagnation

de la soierie une grande partie des ouvriers trouvaient des ressources de travail dans les autres industries.

Un pays qui ne possède qu'une industrie , fûtelle des plus importantes, est donc dans de mauvaises conditions 9 parce qu'une stagnation d affaires, une invention ou découverte étrangère, un changement de mode, d'usage ou d'habitude, en influant d'une manière fâcheuse sur cette industrie, compromettraient d'une manière très^rave la prospérité de cet État , et pourraient même causer sa ruine.

Ces considérations ne sont rien moins que favorables à la liberté commerciale, parce que l'hypothèse même qui lui serait la plus avantageuse ne laisserait subsister que quelques productions isolées.

Et quelles. seraient ces productions?

En fait de produits manufacturés , ce seraient les soieries et quelques autres articles de luxe , précisément des articles dont les débouchés à l'intérieur et à l'extérieur peuvent être compromis beaucoup plus facilement que la vente d'autres produits plus indispensables aux besoins de l'homme. Cest ainsi qu'une année stérile en produits agricoles produira un malaise dont les industries de luxe seront les premières à se ressentir*

D'un autre côté , en fait de produits agricoles , la culture des articles de première nécessité serait, sous le libre échange^ également plus ou moin^ sacrifiée à la culture du vin , qui est encore un

article de luxe, dont les débouchés sont moins grands dans les mauvaises années : car il est clair qu avant de songer au vin il faut, avant tout, songer aux besoins les plus urgents. Une année qui serait stérile en céréales nuirait donc grandement aux industries de luxe et aux vins, c'est-à-dire aux principales productions qui nous resteraient. Le malaise serait rendu d'autant plus sensible par la plus grande cherté du blé , qui est, en outre, le résultat inévitable d'une production plus restreinte. Cette cherté contrasterait avec le meilleur marché des vins et les difficultés des placements des produits industriels. Il y aurait donc abondance nuisible d'un côté et pénurie de l'autre, cherté des objets usuels et manque de ressources pour se les procurer; on regorgerait de vins , et Ton risquerait de mourir de faim.

Nous n'avons qu'à nous reporter aux deux années qui viennent de s'écouler, et qui, comme on sait, ont présenté de médiocres résultats quant aux céréales, et dont la dernière était très-fertile en vins. Il est clair que le malaise qui est actuellement produit par la rareté des blés serait encore bien plus grave , si la culture de la vigne avait fait des progrès sur celle des céréales; car cette rareté de blés serait augmentée par la diminution des terrains perdus , et la plus grande abondance des vins ne servirait qu'à déprécier cet article.

C'est donc un point important , pour un pays , d'éviter qu'il existe des disproportions entre ses productions, et de ne pas tomber dans des excès

CONSÉQUBNCBS BB LA PROTBGtlOlf. 137

sQus certains rapports, au détriment d'autres branches non moins utiles.

Et ceci s'applique à l'agriculture aussi bien qu'à l'industrie.

Ainsi , si notre production de vins tendait y comme cela existe peut-être dëjà maintenant , à tomber dans des exagérations , les parties intéressées feraient beaucoup mieux de la restreindre, et de chercher d'autres cultures équivalentes, plulôt que de demander au gouvernement de tenter l'impossible, c^est-à-^dire de lui procurer au dehors le placement des quantités énormes qui se produisent; car, en fait de vins, nous avons pour concurrents la plupart des pays méridionaux ; même sur le territoire du Zollverein , nous voyons prendre à cette culture les plus grands développements. Il est probable, du reste, que l'application, au midi de la France, d'un système d'irrigation bien combiné donnerait plus de variété à sa production naturelle ; ce qui serait d'autant plus avantageux , que, le Nord et le Midi étant d'un climat difféi^ent, et rarement soumis aux mêmes influences de température , la mauvaise réussite d'un pi'oduit ne serait probablement pas générale.

Si nous croyons qu'en fait d'industrie il soit de l'intérêt d'un pays de rassembler autant de branches de fabrication qu'il est possible , nous pensons que le principe analogue s'applique également à l'agriculture, avec la différence, toutefois, qu'en fait d'industrie , presque toutes les branches de production peuvent devenir naturelles au pays, ainsi

que nous le démontrerons plus tard ; tandis qu'en fait d'agriculture, le climat ou d'au Ires causes peuvent annihiler les avantages de certaines productions : c'est le cas de la culture du vin en Ecosse , comme le dit Adam Shmith.

Pour en revenir au sujet qui nous occupe , nous disons que y pour égaliser autant que possible les conditions de bien-être entre les différentes parties d'un même pays, il faut s'attacher à y développer autant de différentes industries qu'il est possible.

Si, de cette manière, l'industrie en France finit par s'exercer sur tous les points du pays, le bienêtre dont elle est la source sera ressenti d'une manière immédiate et plus uniforme. Le renchérissement des articles de consommation ne sera pas isolé, et il sera d'autant moins sensible et onéreux , que l'industrie se trouvera dans de meilleures conditions. Sous ce rapport, notre position industrielle pourra un jour devenir supérieure à celle de la Grande-Bretagne, qui est par trop concentrée ; c'est une conséquence de sa position insulaire. Séparée de l'Irlande , elle empêche cette dernière de prendre part à son mouvement industriel , et elle la condamne au malaise qui la mine. Ajoutons encore que les Anglais , au lieu de porter un remède aux inconvénients de l'isolement de l'Irlande, ont, au contraire, tout fait pour attirer toute l'industrie chez eux, aux dépens des Irlandais, et aujourd'hui la production anglaise est beaucoup trop puissante pour laisser à l'Irlande non protégée des chances favorables de concours.

Porter le bien-être dans tous les coins du territoire, tel est donc l'effet de Findustrie ; cet effet , elle Fatteindra certainement si des mesures inopportunes ne viennent entraver sa marche.

Un pays manufacturier augmente non-seulement sa fortune immobilière, et en tire le meilleur parti possible; mais il donne encore toute la perfection nécessaire aux voies intérieures de communication, routes, canaux et chemins de fer, parce que le salut de son industrie l'exige. Et remarquez que le bien que Findustrie en retire est partagé par la totalité des consommateurs. Mais pour que des améliorations pareilles puissent s'effectuer dans un pays , il lui faut une grande et puissante industrie qui alimente ces voies de communication ; car on ne se lance pas dans des entreprises de ce genre , qui entraînent à d'énormes dépenses ^ quand on peut prévoir que les profits ne couvriront pas les frais.

Une autre source de richesse que Findustrie fournit à FÉtat consiste dans les contributions.

Les banquiers, les commerçants, les capitalistes peuvent augmenter leurs affaires par millions, sans que ces excédants aient aucune influence sur le chiffre de leur patente.

Il en est tout autrement du fabricant : nul, en effet, ne contribue mieux que lui, autant que lui et par des voies aussi diverses, aux charges publiques. L'usine du fabricant est d'une appréciation facile. Ses revenus sont à calculer. Sa patente, ses droits

430 cfliPiTRE m.

proportionneUy sa valeur local ive, rieu n'échappe au fisc.

Veut-il augmenter son chifTre de vente, il lui faut nécessairement augmenter son chifTre de production y et ce résultat n'est atteint d'ordinaire qu'en donnant une plus grande extension à son établissement; de là, augmentation de contributions. On peut donc affirmer que les progrès de l'industrie augmentent considérablement les revenus de l'État; car nous avons vu que les propriétés immobilières, maisons, champs, forets, etc., sont redevables à l'industrie de la création et de fortes augmentations de valeurs et de revenus.

L'industrie procure encore les moyens d'existence à une nombreuse population ouvrière et non ouvrière, et fournit ainsi au pays une foule de bons consommateurs, surtout en ce qui concerne > les vins, les tabacs et le sel , dont les ouvriers font une forte consommation, et contribuent ainsi pour une large part aux impôts qui pèsent sur ces articles. En effet, quelle est la source qui alimente le plus l'impôt sur le vin et le fait monter à loo millions? Ce sont les aubergistes et les cabarets; et les grands consommateurs dans les auberges et les cabarets, ce sont les ouvriers, les voituriers et tous ceux qui vivent de l'industrie.

On voit donc que si l'industrie est protégée par le gouvernement, elle participe en revanche largement aux charges publiques, et vient en aide aux autres contribuables.

Après avoir traité des ressources matériellesqu'une

puissante industrie manufacturière crée dans le pays qui la favorise, passons aux forces intellectuelles qu'elle développe.

a"* Vindustrie développe au plus haut degré les forces intellectuelles d^ un pays.

La richesse matérielle d'une nation est une condition essentielle de sa puissance; maiscette condition n'est qu'imparfaite, si cette nation ne s'attache point à y joindre ce que nous nommerons richesse intellectuelle et morale.

Évidemment il est très-avantageux de posséder, mais il faut encore savoir conserver ce que l'on possède.

Ainsi un homme riche qui gère ses biens avec inintelligence risque la pauvreté.

Il en est de même des nations. Combien de peuples parvenus à la prospérité ont fait abus de leurs avantages! Leur force morale et intellectuelle s'est assoupie dans la paresse et L'ignorance, et ils se sont perdus dans la mollesse.

Car il est une vérité , c'est que la richesse engendre le luxe ; le luxe, la mollesse ; et c'est la mollesse qui énerve et ruine les nations. Les exemples historiques ne manquent pas.

Et contre ce mal, il n'y a qu'un remède, et ce remède consiste à jeter dans les nations tous les éléments possibles d'activité. // faut donc du traif ail y beaucoup de travail j toujours du travail ; ^n* trement les peuples riches risquent de déchoir et de se perdre; car le travail seul trempe l'intelligence et le caractère.

i3t CUAPITRli; III.

£t le travail organisé sur une vaste échelle n'est antre chose que l'industrie.

Donc l'industrie a pour effet de dévelc^per Tintelligeoce et de fortifier le caractère.

Entrons dans quelques détails à ce sujet.

Et d'abord , l'industrie a besoin d'une foule d'auxiliaires : elle a besoin de toutes les sciences pour y puiser ses inspirations; elle a besoin du concours des hommes savants et d'un esprit cul* tivé; elle a en outre grand intérêt à ce que ses ouvriers soient instruits , car les relations avec des hommes qui savent lire, écrire et calculer sont toujours plus faciles et plus agréables , et il y règne plus de confiance; en outre, l'ouvrier dont l'intelligence est développée apprécie mieux le but de son travail; il sait le perfectionner et donner de bonnes idées au fabricant ; il est plus apte à devenir contre-maitre et à surveiller le travail des autres; en un mot l'intelligence de l'ouvrier forme une portion de la richesse d'une fabrique , et cette intelligence ne se développe que par l'éducation.

Ainsi l'industrie pousse à la fois à la culture des sciences élevées , dont elle réclame les découvertes, et à la propagation de l'enseignement élémentaire dans la classe ouvrière , chez laquelle elle a besoin de trouver à la fois intelligence et moralité.

Indiquons ici une grande différence qui existe entré le domaine de l'agriculture et celui de l'in^ dustrie. Si l'un est vaste, l'autre n'a pas de limites,

U est incontestable que les perfectionnements de l'agriculture répandent les plus grands bienfaits ,

mais leur influence est généralement plus limitée que celle des découvertes industrielles.

L'agriculteur amendera son terrain pour lui faire produire tout ce qu'il est susceptible de produire , mais il est une limite qui ne peut être dépassée ; Tagriculteur a besoin de son arpent; c'est la base de son opération , c'est la matière première , s'il nous est permis de nous exprimer ainsi.

L'industrie au contraire, en dérobant à la nature ses plus précieux secrets , est à même de créer des richesses inappréciables, de créer des effets d'une énorme portée , en faisant jouer des causes dont la mise en action se fait souvent d'une manière très-simple et très-peu dispendieuse.

Considérez seulement l'application de la vapeur, du gaz et de l'électricité.

Il suit de là que l'industrie pousse éminemment à la réflexion, au travail de l'intelligence; car de celle réflexion , de ce travail peuvent naiire la gloire et la richesse. Elle stimule toutes les facultés de l'esprit, car une simple idée peut valoir à celui qui l'a conçue, des millions.

Qu'un fabricant invente un perfectionnement, un procédé moins coûteux , ce perfectionnement devient richesse pour le pays , car ce procédé enrichit le fabricant, en lui permettant de réduire les prix pour augmenter sa vente; il enrichit la consommation, qui sera pourvue d'objets meilleur marché ou d'un meilleur usage. Cette tendance à laréflexion, au progrès, devient même une nécessité de la position du manufacturier; la concurrence

i34 chàpitrb 111.

Vy force, et tout progrès est bénéfice pour le pays.

L'industrie développe donc nounseulement Fin* teliigence de la nation , mais elle est encore essentiellement propre à augmenter par ses inventions la fortune du pays, à procurer aux hommes les richesses qu'elle dérobe à la nature , à récompenser les producteurs, à dégrever la consommation : et les découvertes déjà réalisées donnent la mesure de celles qui pourront encore avoir lieu, surtout quand on considère que Tindustrie permet Tappltcation, sous toutes les formes, de tous les principes possibles et imaginables des sciences naturelles.

Aussi voyons-nous les hommes les plus distingués de la science faire le plus généreux usage de leur génie et de leur savoir en prêtant à l'industrie leur puissant appui. C'est ainsi que M. le baron Thénard, non content d'avoir doté la chimie de ses belles découvertes, s'est encore acquis des titres incontestables à l'estime et à la reconnaissance de tous les fabricants français, autant par sa longue présidence de la société d'encouragement et l'habile direction qu'il a imprimée aux travaux du jury de l'exposition, que par les soins éclairés qu'il ne cesse de prodiguer à l'industrie nationale.

Nous avons vu M. Chevrenl, que ses travaux chimiques placent au premier rang, se rendre à Lyon, et, avec un désintéressement admirable, communiquer aux ouvriers teinturiers et aux fabricants lyonnais, dans les cours qu'il leur a faits, des renseignements techniques de la plus grande utilité. Les recherches scientifiques de MM. Gay-Lussac,

Dumas, Payen^ Boussingault , en ce qui concerne la partie chimique, sont chaque jour d'un secours efficace à Findustrie manufacturière et agricole. MM. Ch. Dupin, Pouillet, Gambey, Poncelet, Seguier, pour la mécanique et la physique; MM. Brongniart, Berlhier, Combes, Héricart de Thury (^i), pour la minéralogie, sont encore les protecteurs zélés de toutes les manufactures, et portent des noms illustres et chers à l'industrie.

Nous devons encore constater un fait qui prouve quelle est la confiance que les hommes de science inspirent aux hommes pratiques dans l'industrie et le commerce, en citant un de nos jeunes chimistes les plus distingués, M. Péligot, que la chambre de commerce de Paris a chaîné de l'examen de l'exposition de Vienne; et il faut reconnaître que le rapport qu'il en a fait répond parfaitement à l'importance de la mission qu'il avait reçue.

Tout ce qui précède nous démontre clairement que l'industrie développe non*seulement Tintelligence des hommes, mais qu'elle exerce encore la plus heureuse influence sur leur caractère; car le travail industriel , en les habituant aux fatigues et aux combats de la vie, les trempe, leur donne de l'énergie, et les préserve ainsi des tentations de l'oisiveté.

(i) Gomme il serait impossible d'indiquer ici tous les savants qui ont bien mérité de Findustrie , nous nous bornons à citer les noms de ceux que nous avons Thonneur de connaître personnellement

136 CHAPITRB 111.

Concluons de ]à qu'elle contribue d'une manière puissante à la force et à la richesse de l'État.

Quant aux fonctionnaires de tous les ordres, de tous les degrés, la solution est tout aussi claire, tout aussi facile.

Plus rÉtat prospère, plus il est à même de bien payer ses employés. Considérons les traitements qui se payenten France et ceux qui se payent en Allemagne, en Suisse et en d'autres pays. En Suisse, par exemple, le président de la diète a 7000 fr., un préfet, a,5oo fr.; tandis que chez nous il existe des préfectures de 5o à 60,000 fr.

Il est inutile de s'étendre davantage à cet égard; car nous savons très-bien que les positions pe sont pas toujours identiques; d'ailleurs il est reconnu que nos fonctionnaires et notre armée sont bien mieux rétribués que ceux des autres pays du continent. Certes, si nos charges n'étaient pas allégées par des éléments intérieufs de prospérité, nous ne serions pas eu état de rétribuer aussi largement que nous le faisons les services rendus.

§ Vï.

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