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L VI

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Il résulte de tout ce que qous avons dit que le principe de la protection est incontestablement le meilleur, dans la situation actuelle de la France.

Nous croyons que ce principe sera également adopté par les autres peuples , en subissant nécessairement dans son application les modifications commandées par les intérêts divers de chaque État. C'est ainsi qu'une nation adoptera telle mesure commerciale destinée a Iqi être profitable, tandis que la même mesure adoptée par une autre nation pourrait tourner à son détriment.

Il ne s'agit donc pas de chercher des principes généraux applicables à tout le monde, et d'imiter en ceci les partisans de la liberté commerciale, qui ont le tort de proclamer d'une manière par trop absolue l'excellence de leur système. Le remède universel à tous les maux n'a pas encore été inventé, et tel remède peut guérir un malade et tuer un autre affecté d'une autre infirmité. Le libre échange déclare le consommateur en état de maladie; pour

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le guérir, il lui adminisire un élixîr tant soit peu violent, qui sera d'un résultat problématique sur sa santé de consommateur, mais qui ruinera de Fond en comble sa santé de producteur. Que pensezvous d'un médecin auquel un malade imaginaire se plaint de maux d'estomac, et qui, pour le guérir, lui donne un remède qui attaque ses poumons?

Il faut donc considérer chaque question sous toutes ses faces; et puisqu'une mesure quelconque a ordinairement de bons et de mauvais eflets, il s'agit d'examiner si le mal qui en résulte n'est pas plus grand que le bien.

Il faut encore se garder de l'imitation servile des autres, surtout quand il s'agit de grands intérêts nationaux.

Ainsi , l'Angleterre a enlevé une partie de sa protection à son agriculture au bénéfice de son industrie. Résulte-t-il de là que nous ayons intérêt à suivre son exemple? Elle a réduit quelques droits sur les objets manufacturiers. Faut-il l'imiter par la seule raison qu'elle l'a fait , par la seule raison que sa situation l'a engagée à émettre des principes qui semblent libéraux envers les autres peuples? Certainement non; car l'Angleterre ne s'escrimera, ne se (Sichera jamais pour un principe, *^ mais bien pour son intérêt national. C'est l'intérêt personnel' qui la guide, et quand elle donne, elle espère bien avoir le double en retour.

Il est possible que les États-Unis aient d'autres ménagements à garder. Les intérêts de leur marine,* le développement de leur agriculture, les engage-

roiit peut-étie h Faire des sacrifices aux dépenis de leurs industries, el à recliercher les sources de commerce extérieur, par le placement de leurs grains, de leurs cotons, de leurs bois et autres marchandises encombrantes. 11 pourrait résulter de là un double avantage pour leur production naturelle et pour leur marine.

S'ils se placent à ce point de vue, ils jugeront plus conforme à leur intérêt de puiser dans la théorie du libre échange quelques-uns des principes de leur législation douanière.

Le Zollverein , la Russie, établiront encore leur politique commerciale d'après d'autres bases, selon leur situation géographique , les ressources de leur sol et les dispositions de leurs peuples, etc.

Mais il ne se trouve aucune nation du globe qui soit dans les mêmes conditions qu'une autre nation.

Ce serait donc par l'eflet d'un hasard bien étrange que nous nous trouverions dans les mêmes conditions que les Anglais, les Américains, les Allemands et les Russes, et qu'il nous serait avantageux de copier les mesures qu'ils prennent.

Bien au contraire, notre manière d'agir devra être le résultat de nos propres inspirations, de la balance que nous aurons établie entre nos divers intérêts; et sous ce rapport, et pour être à même d'étudier à fond nos questions industrielles, nous aurions besoin d'éléments qui nous manquent en partie, c'est-à-dire de bonnes statistiques recueillies par le gouvernement ; car ce n'est qu'au moyen

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de documents pareils, établis avec toute Texactitude que comporte la complication de la matière, que nous pourrions arriver à fajre un examen comparatif de la situation réciproque des diverses industries et productions naturelles de la Frapee vis-àvis des autres États, et à calculer Fimportance, les avantages et les ressources de chacune d'elles (i).

Cet examen pourrait jeter plus de jour sur les détails de nos différentes productions, et nous servir encore à établir les taxes sur les produits étrangers d'après des règles justes et équitables, et à supprimer avec intelligence certains droits aveugles qui repoussent les produits étrangers quand même.

En définitive , cet examen aurait pour effet de nous indiquer le taux de protection qui serait conforme à l'intérêt général du pays. La protection étant de cette manière plus éclairée, serait d'autant plus efficace pour l'industrie indigène, et la placerait dans une meilleure et plus forte position.

Car il faut avant tout à un grand peuple une grande industrie, autrement vous altérez sa puissance, et la France a besoin aujourd'hui d'être

(i) 11 convient ici de remarquer que les valeurs officiriks, indiquées par le Tableau général du commerce ^ sont encore basées sur des estimations anciennes, et qui ont, depuis l'époque de leur fixation , subi des modifications par suite de la baisse de prix de bien des articles. Tout en conservant la colonne de ces valeurs primitipes , afin d'avoir un point de comparaison , il serait utile d'établir une seconde colonne qui indiquât en r^ard, autant qu'il est possible, les valeurs actuelles.

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fofte vts-è-vis des autres nationsi parce que le besoin de grandir politiquement ou commercialement fait partout des progrès. Aujourdliui Ton reconnaît généralement les avantages inhérents à un grand État. Us sont incontestables, parce que plus un État possède d^éléments venant en aide à son industrie et 9 son commerce, plus sa situation à lui-même s'étend et s'agrandit. Par exemple, la Bourgogne, la Champagne, réunies à la Normandie et à la Picardie, pourront produire le vin, le fer, le cidre, le colza, le tabac, le blé et les cotonnades meilleur marché que si chaque province voulait cultiver elle-même tous ces produits; car la Boui^ogne et la Champagne obtiendront le vin, le fer, non-seulement meilleur marché, mais encore de meilleure qualité que la Normandie et la Flandre. Ces dernières provinces sont mieux situées pour la production du bétail, du colza, des cotonnades, etc., que la Bourgogne et la Champagne. Si donc cb9qMÇ province voulait entreprendre à la fois toutes ces productions, il s'en trou-» verait dans le nombre qu'elle fournirait plus cher ou plus mal. Elle serait même forcée de renoncer à plusieurs d'entre elles, parce que son sol ou son climat ne s'y prêterait pas. Réunissez au contraire toutes ces provinces, et vous les n^ettrez à même de réunir avantageusement cette collection entière de produits.

Cette réunion des provinces françaises qui a fait tomber toutes les barrières intérieures, pour ne laisser subsister que celle qui entoure le royauipe,

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était donc an grand bienfait pour la France. Et un pareil état de choses devait être trop avantageux pour ne pas trouver des imitateurs.

Ce qui s'est obtenu chez nous au moyen des échafauds de Louis XI et de la politique de Richelieu, a été exécuté en Allemagne, grâce aux progrès du temps et des idées, par des voies très-pacifiques, par la force du raisonnement, qui a démontré tout le bien qui résulterait de cette mesure; et sous ce point de vue rétablissement du Zollverein est un événement très-remarquable : il est non moins remarquable en ce qu'il prouve qu'il est possible de réunir jusqu'à un certain d^ré les intérêts matériels d'État régis par des gouvernements différents.

Il résulte de ce qui précède, et c'est la théorie du libre échange, que si tous les États du monde étaient unis, le monde se trouverait dans la meilleure situation possible pour produire.

Mais la mise en exécution d'un semblable projet réclamerait l'accomplissement de trop de conditions, la conciliation de trop d'intérêts différents. 11 faudrait pouvoir compter que les dispositions pacifiques de tous les hommes fussent inaltérables; il faudrait que la somme de force et de prospérité fût distribuée parmi les nations moins inégalement qu'elle ne l'est aujourd'hui, ou bien que chaque peuple fût obligé d'abdiquer sa nationalité.

Si lout cela est impossible, il ne suit pas de là quf^ d'autres associations douanières dans le genre du Zollverein le soient également, et que les intérêts commerciaux, aujourd'hui Irès-divisés et très-

mnltipliës, ue viennent à se simplifier davantage en se l'attachant ensemble en groupes plus compactes. En présence de la possibilité d'un pareil état de choses, la France doit veiller à sa puissance et à sa grandeur, et bien se garder de laisser échappe!* de ses mains les moyens qui sont essentiellement t^apables de maintenir et de fortifier sa position. Et quels sont les moteurs les plus puissants de la prospérité d'un État, si ce n'est la production manufacturière et agricole?

Plus la France sera forte et riche, plus sa voix sera prépondérante dans le conseil des nations, et plus d'autres États de moindre importance seront disposés à se rallier à ses intérêts commerciaux.

Mais s'il est du devoir d'un grand État de songer avant tout à maintenir son rang, il doit encore apporter dans ses relations avec les autres peuples cet esprit de conciliation et de justice, et même de ménagement pour l'intérêt d'autrui, qui doit être la base de ces relations. Ce n'est qu'à ce prix qu'il peut exiger la réciprocité.

De même que les fermiers dénoncent le bail aux propriétaires et réciproquement, le maître à l'ouvrier et l'ouvrier au maître, de même un pays qui a l'habitude d'acheter certains produits d'une autre nation ne doit pas tout à coup entraver ces achats ; autrement il porte non-seulement un préjudice grave aux intérêts de cette nation, mais il plonge encore dans la misère une grande population ouvrière, ce qui révolte l'humanité.

Nous croyons donc que si un peuple veut entra-

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ver rentrée des marchandises étrangères, il doit y pi*océder graduellement, ou prévenir que dans un tel délai son tarif sera changé dans certaines proportions. De cette manière, tout le monde pourra prendre ses arrangements, et Ton évitera au moins en grande partie ces désordres sociaux qui sont d'autant plus graves et plus funestes qu'ils arrivent plus subitemenL

Il y a encore un principe vrai pour l'individu et vrai pour les nations : Ce que tu veux qu'on te fasse, il faut le faire aux autres. Admettez qu'un peuple ait obtenu des succès industriels par suite de l'application du système protecteur, ce peuple ne doit pas troubler un autre État qui cherche également bonheur et prospérité dans ce système ; car les peuples doivent être, aussi bien que les particuliers, libresde produire et d'acheter ce qu'ils veulent.

Ce que nous venons de dire a surtout rapport à l'Angleterre, car c'est elle qui fait le plus d'exportations, et qui par conséquent aurait le plus à souf-* frir des élévations subites des droits de douanes de la part d'autres peuples. Mais si nous avons parlé du système envahisseur du gouvernement anglais» qi/i déploie souvent un esprit de mercantilisme trop exclusif et trop jaloux, nous sommes loin d'appliquer ces observations au peuple anglais, qui est brave, généreux et distingué. Et nous ne doutons nullement que si les Anglais reconnaissent que le continent ne veut pas se jeter tête baissée dans le libre échange, et qu'il persiste au contraire à maintenir et à dé-* velopper le système de protection , ils se résigne-

ront à cet élal de choses; et rintelligeoce qui préside à toutes leurs aflaires leur fera bientôt retrouver, auprès d'autres peuples, les débouchés qui leur échapperont sur le continent; et certes les autres parties du monde, et surtout l'Asie, avec sa population de 600 millions, leur en présente encore d'énormes.

Assurément un peuple peut se trouver lésé dans ses intérêts par l'introduction du système protecteur dans un État dont l'entrée était jusqu'alors accessible à ses produits; mais il est probable que le peuple ainsi lésé trouvera plus tard une compensation dans quelques-uns des produits qu'il continuera à fournir, et dont les débouchés augmenteront en raison du surcroît de population et de richesses que gagnera YkÀSit consommateur par suite de l'application du système protecteur.

Il n'est donc pas exact de soutenir que l'avantage des uns doive être cherché dans le désavantage des autres; ce qui résulterait des conséquences actuelles du libre échange, ainsi que nous l'avons démontré, parce que les effets de la liberté commerciale se résulteraient en bénéfices pour certains pays, et en pertes pour les autres.

Bien au contraire, nous voulons, nous souhaitons la prospérité à tout le monde, non-seulement à la France , mais encore à tous les peuples.

Plus cette prospérité générale se développera , plus fes marchés de consommation deviendront importants, plus enfin les nations pourront s'entr'aider par des débouchés mutuels.

En admettant même la tendance , du reste foit

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probable, 'des peuples à s'entourer de protection , afin de développer le plus grand nombre de productions possible, il en résultera certainement par^ tout un surcroît de bien--étre et de richesse et par suite un surcroit de besoins, surtout en fait d'articles dont l'emploi n'est pas une condition nécessaire de la vie.

Il est possible, à la vérité, que les exportations se réduisent pour chaque peuple aux productions dans lesquelles il excelle; mais l'exportation de ces produits isolés pourra se développer en raison des besoins plus multipliés des autres peuples. La France, qui excelle principalement dans la production des articles de luxe et de qualité recherchée, aura donc tout intérêt à ce que les consomma* teurs du Zollverein, de l'Angleterre, de la Rus* sie, etc., soient dans un état florissant; car plus ces États seront riches, plus ils pourront nous demander d'objets de modes, de vins fins, et en général d'articles que nous serons à même d'établir avec plus d'avantage qu'eux.

C'est ainsi que nous aurons l'espoir de développer ces productions tout en développant également nos autres cultures et fabrications, dont l'abandon nous porterait immanquablement un coup fatal.

Si, d'un autre côté, la France augmente sa richesse en augmentant son industrie et avec elle la population du pays, ses besoins en certaines matièt*es premières, en produits alimentaires, en certains produits manufacturés, s'élèveront également , selon toute probabilité, dans la même progression, et

donneront lieu à de nouveaux débouchés en faveur des nations dont la production répondra à ces nouveaux besoins.

Ici se placerait la question des traités; mais comme ces hautes questions internationales ne sont pas de notre compétence, nous nous bornons à ne les effleurer que légèrement.

Contentons-nous de dire qu'un bon traité commercial est une chose très-difficile à accomplir pour ne pas donner lieu à des regrets et à des récriminations stériles.

En effet, si deux nations désirent se lier par un traité de commerce, c'est que chacune espère augmenter par ce moyen ses débouchés; et par cela même qu'elles ont les mêmes intentions, il se pourrait quelquefois que les progrès de prospérité de Tune s'accomplissent aux dépens de celle de l'autre.

Quant à la France , il nous semble qu'elle a des précautions particulières à observer, puisqu'un traité aboutit ordinairement à un échange de consommation; il lui importe d'apprécier que sous ce point de vue les chances peuvent souvent ne pas être égales.

Deux États puissamment manufacturiers se lieront plus difficilement par un traité qui concerne les marchandises fabriquées, parce qu'il est permis de supposer que chacun sera dans le cas de faire des sacrifices industriels pour obtenir les avantages industriels que Fautre veut lui concéder. Mais en faisant la balance entre ces avantages et

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ees sacrificiet^ il faut nécessairemeut recoonattre que les avautages ue aoot qu'éphémères et limités aux chances de durée du traité; les sacrifices, au contraire, peuvent avoir un long retentissement. Exemple : Par un traité de ooounercei une nation obtient de l'autre un avantage pour l'introduction des vins, et pour obtenir cet avantage , elle sacrifie ses filatares de coton : qa'en résultera-t-il ? Cest que pour ses vins, l'avantage sera limité à la durée du traité, tandis que ses filatures ne se relèveront peut-être jamais.

Un traité qui a pour but un échange de produits manufacturés contre des matières premières et produits agricoles, qui peuvent s'obtenir à la fois de plusieurs nations différentes, pourra avoir des chances de contentement réciproque, surtout si l'industrie ou la production naturelle des pays contractants ne s'occupe que peu ou point des productions manufacturées ou naturelle introduites de l'étranger par suite de ce traité. Il en sera de même d'un échange d'objets industriels ou de produits naturels opéré sous les mêmes conditions, parce qu'il n'y aura aucun intérêt de lésé dans les deux pays.

Les traités de commerce entre un État de premier ordre et un autre de moindre importance présenteront souvent moins de difficultés que ceux à conclure entre deux États également puissants. Un petit pays est moins producteur, parce qu'il n'a pas les ressources nécessaires pour réunir une aussi

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grande variété de productions naturelles et artifi* cielles. Les élémefits de chaudes favorables aux

deux parties contractantes pourront être en ce cas plus nombreux, et le traité arrivera plus facilement à exécution, parce que bien des objections et froissements d'intérêt ne se rencontreront pas; au moins pas du côté de Tune des parties.

Il faut toutefois considérer qu'mi petit pays fournit à celui qui est plus important un marché de moindre importance que le marché qu'il obtient lui-même en échange.

Mous ne nions pas du reste que chaque nation visant au même but, celui de produire autant que possible, il ne puisse en résulter parfois des conflits d'intérêts. C'est un mal sans doute auquel il faut chercher un remède, et de ce remède pourra naître un grand bien. Le monde est vaste, l'homme est loin d'en avoir retiré toutes les ressources possibles; il offre encore une source immense de débouchés à toutes les nations; et qui sait si la nécessité de se créer de nouvelles ressources ne sera pas le plus puissant stimulant pour accomplir l'immense travail de la civilisation du globe?

Jusque-là il sera temps d'aviser.

Telles sont les considérations dans lesquelles nous avons cru devoir entrer. Nous regrettons que le peu de temps que nous avions à notre disposi« tion, et le manque de documents nécessaires, nous aient empêché de rendre ce travail plus complet. Tout ce que nous pouvons souhaiter, c'est qu'il

pâme coalribaer k foaroir quelques indications dans rintérét de b question qni agite la France commerciale.

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