‹ Libres!: drame en cinq actes, huit tableauxChapitre 12 sur 146 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

FABIENNE.

11 est parti tout à coup... pour faire un grand voyage d'exploration.

CHARLOTTE

Il avait une mission du ministère de la Guerre.

SUZANNE

Mon père m'a dit que c'est lui qui l'avait sollicitée.

CHARLOTTE

11 n'a pas de fortune ?

SUZANNE

Rien... moins que rien... une part indivise dans le château d'Hérouville, qu'on regarde comme la propriété de rainé. 11 a fallu vendre les hautes futaies de l'avenue pour payer le voyage du plus jeune. . . (a Fabienne.) Mais... tu sais bien pourquoi il est parti?

FABIENNE, la regardant arec ëtonnement.

Non.

SUZANNE

Ahl je te l'aurais dit depuis longtemps.

FABIENNE.

Toi, Suzanne ?

CHARLOTTE

Toi?

SUZANNE} les menant au canapé .

J'avais quatorze ans; un soir, ici même, dans ce salon, on ne s'occupait pas de moi. Je faisais des châteaux

de caries. M. d'Hérouville causait avec un ami, qui lui dit tout à coup : « Sais-lu, Jean, que tout le inonde s'aperçoit que tu aimes mademoiselle de Lérins? »

FABIENNE, très émue.

Ah!

CHARLOTTE

Moi, je m'en doutais.

FABIENNE.

Et qu a-t-il répondu?

SUZANNE

« Aî-je prononcé une seule parole qui puisse le faire supposer? — Non, peut-être, mais on a si facilement Fair d'aîmer les demoiselles qui ont des millions. » — Alors M. d'Hérouville prit une voix grave : « C'est bien, je ne la reverrai plus. — Tu n'auras pas ce courage. — Je le prendrai. » Et huit jours après il parlait; j'en ai pleuré. '

FABIENNE, très émue.

Oh 1 ma bonne petite Suzanne, que je t'aime I 11 me semblait bien que je ne lui étais pas ioiBSerent^, et j'en étais si heureuse !

CHARLOTTE

C'est ainsi, vois-tu. Les jeunes gens qui ont le cœur haut placé et que nous pourrions adorer, nous trouvent trop riches. Ils ont peur qu'on les accuse de courir après notre dot. -- Oh! l'argent... le vilain argent!

FABIENNE.

Il est à Paris depuis huit jours et je ne l'ai pas encore

Page 1