ACTE PREMIER
ne pas revoir Charleston et qui ne voulait pas y ramener sa petite-fille parce que.,. Connaissez-vous l'aventure ?
BONARDEL.
Non.
FERNAND
Elle a fait là-bas un bruit énorme» Un fat, nommé William Botzy, avait demandé sa main. 11 ne fut pas agréé, ce qui le blessa profondément, et il eut la bassesse de raconter que la jeune fille s'était compromise avec un officier de marine, dont il pourrait dire le nom.#« Miss Harfeld n'hésita pas. Elle se fit suivre d'une simple femme de chambre et, en plein jour, sur une des promenades de Charleston, devant plus de cent personnes, elle accosta ce vilain monsieur en lui disant très haut : « Je n'ai ni père, ni frère, ni mari. Vous me connaissez un amant, vous êtes un lâche si vous n'allez pas lui demander raison. » Et elle le soufflette... Je trouve cela adorable.
Moi aussi. Cette crânerie, chez une jeune fille, c'est très américain.
FERNAND
Et, ce qu'il y a de plus américain encore, c'est le succès qu'a obtenu ce joli coup de tête; on s'est passionné pour miss Harfeld. Les jeunes gens lui donnaient des sérénades. Elle ne pouvait plus sortir sans être poursuivie d'ovations enthousiastes, si bien que la grand'mère, effrayée, l'a emmenée en France, et j'ai épousé miss Harfeld: je l'ai épousée, mais je ne l'ai pas conquise.
34 LES AFFOLES
BONARDEL.
Vous croyez?
FERNÀND.
Ce ne sont pas les inquiétudes d'un mari jaloux. Il y a entre le cœur de ma femme et le mien comme un voile qui les sépare. Dieu sait ce qu'avaient rêvé ses vingt ans... J'ai peur de ne jamais être aimé et ma tendresse devient défiante.
BONARDEL.
C'est là le plus grand danger.
FERNAND
Je le sais. Je me fais jeune et gai pour elle. Tout le luxe que révérait la mondaine la plus effrénée, je le lui donne.
BONARDEL.
Elle le reconnaît.
FERMAND.
Et elle m'en remercie quelquefois avec effusion. Ses yeux alors s'emplissent de flammes, je voudrais m'y tromper; ce n'est que de la joie. Mais cette joic-là, du moins, elle l'aura toujours. Si son sourire me manquait, il ne me resterait rien.
BONARDEL.
C'est une forme de névrose que je traiterais par des voyages, avec arrêt sur les montagnes ou dans les forêts de pins.