ACTE PREMIER
JEAN
Voilà un mot cruel et que je ne mérite pas, je vous le jure.
FERNÀND.
Vous ne me demandez pas des nouvelles de Fabienne ?
JEAN
Je sais que mademoiselle de Lérins est à une vente de charité.
FERNAND
Et c'est le moment que vous choisissez pour me faire une visite. Vous êtes très mal renseigné.
JEAN, étonné.
Ah!
FERNAND
Et je VOUS préviens que vous êtes exposé à la voir.
JEAN
J'en serais très heureux.
FERNAND
Vous n'en avez pas l'air. Savez-vous qu'elle a dixhuit ans, qu'elle n'est pas enlaidie, et que je passe ma vie à me débattre entre les nombreux prétendants à sa dot?
FABIENNE, entrant gaiement par la gauche.
Gomme tu nous as manqué à cette promenade ! (s* arrêtant stupéfaite et joyeuse) • Ah .
FERNAND
Voici toa ancien camarade Jean d'Hérouville^ qui ne te reconnaîtra pas.
FABIENNE.
J'espère bien que si.
JEAN, essayant de contenir son émotion*
M. de Lérins se plaît à m'accuser aujourd'hui.
FABIENNE.
J'ai un peu grandi, pendant votre absence. J'ai vieilli de deux ans, ce qui est grave, mais vous me retrouverez telle que vous m'avez laissée à notre dernière valse, pas plus sérieuse. C'est vous qui avez changé, vous nous revenez célèbre.
JEAN
Célèbre, c'est beaucoup dire.
FABIENNE.
Tout le monde me demande: « Le comte d'Hérouville qui a exploré le continent mystérieux, est-il parent de ce jeune officier de chasseurs qui venait souvent chez votre père et qui valsait si bien? » Je réponds avec orgueil : « C'est lui, c'est lui-même. » Vous viendrez ce soir ?
FERNAND
Il Ta promis à madame de Lérins.
J'espère que ce sera bien un peu aussi pour moi. Vous viendrez de bonne heure?