ACTE PREMIER
ROBILLON.
Vous connaissez la société...
FERNAND
Je la connais par vos yeux : je suis entré là comme un aveugle sûr de son guide.
ROBILLON.
Vous voyez son succès, vous savez ce qu'on en dit, et la hausse inouïe de nos actions doit vous rassurer. Je ne vous offre pas des chances à courir. De plus, vous êtes déjà administrateur.
FERNAND
Administrateur, passe encore, mais président, je me connais. Je suis consciencieux. Je voudrais savoir ce que je dis et ce que je fais. Ce serait un travail énorme.
Je serai là, moi.
FERNAND
J'ai en vous une confiance illimitée, mais c'est égal, je refuse.
ROBILLON, le rattrapant.
C'est VOUS qui êtes le président rêvé,
FERNAND
Vous perdez la tête.
ROBILLON.
Vous êtes si bien l'homme de la situation, que sur l'annonce seule de votre acceptation, je vous parie ce
que vous voudrez, il y aura ce soir, à la petite Bourse, une hausse do trois cents francs.
FERNAND
Je ne suis pas connu dans les affaires.
ROBILLON.
C'est excellent pour le public, trois cents francs de hausse ! Voyez-vous l'effet! On achète mille Franco- Serbes à deux mille deux, ils vaudront demain deux mille cinq ; dans quelques mois trois mille. Différence huit cents francs ; bénéfice, huit cent mille francs, parce que vous êtes notre président simplement.
Je VOUS prie de bien réfléchir à ce que vous me proposez. C'est à Tami que je parle.
ROBILLON.
Je vous jure que pas un homme important à Paris ne refuserait. On me reproche d'aller do l'avant, on m'accuse de m'entraîner moi-même. Je suis méridional, mais quatid vous vous adressez à l'ami, Lérins, vous me connaissez, vous !
FERNAND
Si j'acceptais
ROBILLON.
C'est une situation qui devrait doublement vous tenter. Notre société est une œuvre patriotique* Nous établissons dans les Balkans l'influence française.