SCÈNE VIII ÉVA, FABIENNE
ÉVA
Vous êtes préoccupée, Fabienne.
FABIENNE.
Non, Madame.
ÉVA
Ne m'appelez plus madame, je serai votre sœur aînée, voulez-vous?
Oh ! oui.
ÉVA
Pourquoi n'avez- vous plus votre joli sourire ?
FABIENNE.
Je ne saurais pas être gaie comme vous.
ÉVA
J'ai mes heures de rêverie aussi, mais au bal, à votre âge ?. . . Le baron de Saint-Benîn a demandé votre main, ce n'est pas là ce qui vous trouble ?
FABIENNE.
Oh I non, par exemple î
ÉVA
Est-ce qu'un des nombreux prétendants a osé vous dire qu'il vous aimait ?
FABIENNE.
Je ne l'aurais pas permis.
ÉVA
Us le disent à votre père, en chœur. Mon Dieu, que cet usage me paraît extraordinaire, mais c'est correct. Je ne le blâme pas; seulement, Fabienne, ne vous mariez pas trop vite, usez bien de vos belles années de jeune fille : vous les regretteriez plus tard, et ce serait un grand vide dans votre existence. Voilà un conseil de grande sœur. . . Vous ne me paraissez pas convaincue ?
Non.
ÉVA
Mais alors, c'est avec préméditation que vous ne val sez pas ce soir?
FABIENNE.
J'ai valsé.
Une fois.
ÉVA
FABIENNE.
Je valserai peut être tout à l'heure
ÉVA
Alors il va venir ?