ACTE DEUXIÈME
ÉVA
Ah!
JEAN
On s'en tient aux vieilles traditions à Hérouville, et nous en sommes encore au temps où les cadets de famille ne se mariaient pas.
ÉVA
Je m'expliquais mieux l'intérêt que vous portiez à la petite sauvage.
JEAN
Il n'y a rien à expliquer. J'ai agi par pure bonté d'âme, inconsciemment, comme tous les gens naïfs. J'ai le défaut d'avoir été élevé par ma mère : on ne devrait plus permettre aux mères d'élever leurs enfants. Elles leur donnent ce qu'elles appellent de beaux sentiments, qui les rendent ridicules plus tard.
ÉVA
Je trouve, au contraire, que rien n'inspire plus le respect que de sentir un cœur doux et tendre sous un uniforme de soldat; on pourrait vous pardonner quelques faiblesses en se rappelant comment vous avez sauvé votre escorte au passage du Zambèze.
JEAN
Là, Madame, je faisais mon métier, c'était une vraie bataille.
Où vous avez été blessé. Je connais toutes vos aventures, et quand vous me ferez le plaisir de vous voir, cet hiver. . .
JEAN
Je repars demain.
ÉVA
Demain ?
JEAN
Je vais rejoindre mon régiment, qui est à Tarbes.
ÉVA
Vous n'avez pas demandé Paris?
JEAN
Paris est très recherché.
ÉVA
Ce n'est pas une raison .
JEAN
Je ne suis pas fait pour ce qu'on appelle la vie parisienne. — Tout me trouble ici et je ne me sens plus assez maître de moi.
ÉVA
Est-ce un grand mal ?
JEAN
II est des entraînements que je redoute.
Voilà pourquoi vous partez ?
JEAN
Oui, Madame.