ACTE DEUXIÈME
LE GÉNÉRAL
Demain ou après-demain.
ÉVA
Pourquoi Tenvoyez-vous à Tarbes ?
LK GÉNÉRAL
C'est lui qui Ta demandé.
ÉVA
Lui?
LE GÉNÉRAL
Ce soir, vers les cinq heures, au moment où- je sortais du ministère, il est venu me supplier de renvoyer dans le Midi ou dans l'Est; très loin.
Ah!
Pourquoi ?
OCTAVIE
LE GÉNÉRAL
On ne dit jamais cela.
OCTAVIE
Vous ne l'avez pas interrogé ?
LE GÉNÉRAL
Nous sommes très discrets dans l'armée.
ÉVA
Qu'entendez-vous par discrets ?
LE GÉNÉRAL
11 ne se passe pas de semaine sans que je voie arriver, à mon bureau, un officier très ému, qui me demande à permuter. Je comprends tout de suite, il est tombé amoureux d'une femme mariée, de la femme d'un ami souvent, et, comme c'est un brave cœur, — beaucoup de cœur dans l'armée, — il veut partir. J'ai permuté trois fois, moi, comme sous-lieutenant.
OGTÀVIE.
Oh ! général !
LE GÉNÉRAL
Mais on ne m'envoyait pas assez loin, je revenais.
OCTAVIE
Ah!
LE GÉNÉRAL
Il ne faut pas être sévère pour ces jeunes gens.
OCTAVIE
Nous ne sommes pas sévères.
LE GÉNÉRAL
Nous avons des garnisons très ennuyeuses, on ne sail que faire, on trompe un honnête mari. C'est une occupation pour un homme délicat. Nous avons quelquefois des aubaines. A Bourges, il y avait une femme charmante, dont le seigneur et maître légitime voyageait généralement; pendant son absence, elle donnait des fêtes.
OCTAVIE
Sans son mari?