‹ Libres études [Texte imprimé]Chapitre 62 sur 73 · IV. — UN DIMANCHE A EDIMBOURG · texte numérisé non relu

IV. — UN DIMANCHE A EDIMBOURG

L’Église d’Écosse a des titres tout particuliers à la sympathie des protestants français, sans parler des rapports trèsanciens et intimes qui ont existé pendant plusieurs siècles entre les deux pays, ne fût-ce que par opposition contre l’Angleterre. Notre glorieuse réforme de langue française dont Lefèvre d’Étaples, Farel et Calvin sont les fondateurs, a fait dès ses premiers jours de vastes conquêtes : la Hollande, une partie de la Suisse et de l’Allemagne, l’Écosse enfin. L’Église

(1) U Lien. 1862, n» 43.

LIN ÜIMANGUE A EDIMBOURG, 329

écossaise, presbytérienne comme la nôtre, est la fille de cet énergique et rude John Knox, qui fut le disciple direct de Calvin, et dont on montre encore la demeure dans la Canonffato, et la chaire au Musée d’antiquités. Après l’Église réformée de France, c’est peut-être celle d’Écosse qui a le plus souffert pour sa foi, et je n’ai pu lire sans émotion, dans le cimetière de l’église des Old Grey Friars, l’épitaphe des nombreux martyrs qui périrent depuis le marquis d’Argyle, décapité en IGGl, jusqu’à James Renvvick, exécuté vingt-sept ans après. Malheureusement cette même épitaphe, qui est en fort mauvais vers, contient des paroles insultantes à l’égard des anglicans (prélatistes). Ainsi se trahit, même dans ce monument d’un deuil glorieux, le fanatisme calviniste, qui a souillé malheureusement l’histoire religieuse de ce noble pays. 11 n’en reste encore que trop de vestiges, et le puritanisme, quoique infiniment adouci, n’a pas cessé d’exister.

C’est cependant, il faut en convenir, un spectacle imposant que celui d’un dimanche écossais. 11 est étrange de voir une grande capitale comme Édirabourg, quoique pleine de vie, paraître morte tout un jour, excepté aux heures où la foule se porte en masse vers les temples ou reflue vers ses foyers. Sans doute celui qui lutta sans relâche, sur cette question même du sabbat, contre le formalisme des pharisiens, blâmerait les protestants écossais d’avoir rétabli, malgré sa parole et son exemple, le nom et l’esprit de l’institution hébraïque. Mais c’est une des conséquences nombreuses et regrettables de la faute que firent les réformateurs, et surtout leurs successeurs immédiats, en plaçant l’Ancien Testament au même rang que le Nouveau. En même temps qu’elle prouve un rigorisme étroit, cette coutume écossaise est un des symptômes de ce grand fond de sérieux ebrétien qui donne au caractère national tant de virilité et d’énergie.

J’avais lu dans une feuille anglaise un article de dénonciation contre un prédicateur d’Édimbourg, le révérend docteur

SSO LIBRES ÉTUDES.

Robert Lee, pasteur de cette même église au pied de laquelle reposent les restes mortels des martyrs puritains. \ voir les accusations d’un journaliste orthodoxe contre les prédications du docteur Lee, j’avais été tenté de croire que je lisais certains journaux français et qu’il s’agissait de quelque pasteur libéral de Strasbourg, do Paris ou de Rotterdam. La dénonciation était curieuse; on savait bien, et l’immense retentissement des Essaya and Reviews avait rendu ce fait incontestable, que l’orthodoxie anglaise est fortement entamée. Mais les orthodoxes avaient pour consolation l’intégrité encore immaculée, disait-on, du calvinisme de l’Ëcosse. Et voici (|ue, sur les ossements mêmes des Cormanters. l’esprit nouveau aurait .soufflé! J’ai voulu constater le fait; malheureusement une grave affliction de famille retenait ce matin- là le docteur Lee loin de sa chaire.

Du reste, il n’est guère accusé de péchés de commission. Il l’est beaucoup, au contraire, d’omissions significatives. 11 édifie, dit-on, il touche, il persuade, il parle avec conviction et avec éloquence, sans jamais invoquer certains dogmes bien connus, qui dans ses sermons ne brillent que par leur absence (1).

Ce qui me ferait croire que le jugement prononcé contre ce pasteur doit être exact, c’est l’excellent sermon de son suppléant, dont peut-être j’ai mal entendu le nom. Il avait pour tc.xte ces paroles de l’Oraison dominicale : Ne nom induis pas en tentation, - mais délivre-nous du mal. Assurément il n’a rien dit contre l’orthodoxie, mais il a su édifier et moraliser sans toucher aux dogmes exclusifs. Un morceau assez original de son discours avait pour but de montrer dans la prière du Seigneur l’expérience que Jésus avait lui-même de

q) Le docteur Lee, professeur de critique biblique à l’Universilé d'Édimbourg, chapelain de la reine, etc., n’avait pas commencé encore la publication de son ouvrage en 3 vol. in-8 : The reform of the Church of Scotland in worship, yovernmenl and doctrine (Réforme à opérer, au sein de l’Eglise d’Ecosse, dans le culte, l’administration et la doctrine).

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