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la tentation et de ses périls. Ailleurs, l’orateur a insisté sur cette grande vérité que l’orgueil spirituel n’est autre chose qii’une faiblesse spirituelle, et il a tracé de ce grand vice des âmes qui se croient pieuses et rigides, un portrait saisissant.
Kntre les deux services, j’ai parcouru cette grande cité protestante, qui a fiiit honneur à notre foi par les lumières lrè.s-largement répandues dans sa population et par la juste gloire de ses écoles... Partout où la Réforme domine, elle fait régner avec elle l’éducation publique, les sciences et la philosophie. La capitale de l’Écosse a bien des noms illustres à citer, les philosophes Dugald Stewart et Hamilton, l’économiste Adam Smith; les historiens Robertson, Hume et Macaulay; les poètes Ruchanan, Rurns et Ramsay, le critique lord Jeffrey. Parmi les vivants, je ne nommerai que lord Rrougham.
Entre tous il en est un qui, à lui seul, remplit pour ainsi dire cette ville de son esprit et de son souvenir. C’est ce grand homme de bien qui, par ses poésies et mieux encore par ses admirables peintures de la nature, des caractères et de Thistoire, atenu plus de place peut-être qu’aucun autre en son pays, dans l’éducation intellectuelle de notre génération. Le vaste monument gothique érigé à Walter Scott, et orné des statues de ses principaux héros, parle moins de lui au voyageur (|ue le pays même. Quand du haut de Salisbury Crags, on parcourt du regai-d cet immense panorama de terre et de mer, de coteaux et de vallées, dont Edimbourg est le centre, du Grassmarkel au palais de Holyrood, depuis les collines nues de Lammermoor vers le sud jusqu’aux cimes des Highlands à peine visibles dans les brumes du Nord, on se souvient que Walter Scott a révélé au monde la poésie de cette merveilleuse contrée, et qu’il l’a embellie encore de tout le charme de son grand et noble esprit. Surtout, maints endroits rappellent la plus idéale, la plus élevée entre toutes ses créations.
MBKKS irrUDES.
celte Jccinie Deans, héroïne sans beauté, ni esprit, ni rang, grande seulement par la droiture de sa conscience, par l’intrépidité et l’abnégation do son caractère. Il est inutile de répéter aux habitants d’Èdinibourg que Jeanie Deans n’a pas existé, et que son prototype, Hélène Walker, n’a jamais vécu à Edimbourg. Telle est la magie créatrice du génie, qu’on montre la maison de Saint-Léonard, où elle habita avec son père, le vieux puritain, jusqu’au jour où il s’écria : Icahodl ma gloire est perchte, en entendant sa seconde fille avouer son déshonneur. Moi-même, en voyant accourir les jeunes laitières appelées par les longs beuglements des vaches qui paissent dans les Meadows ou prairies, près de Saint- Léonard, je m’attendais presque à voir apparaître parmi elles cet être si simple et si pur imaginé par Walter Scott, ce type admirable de véracité inflexible, de courage sans prétention et de vraie piété.
Walter Scott vieilli, ruiné, désolé par des deuils de famille et des malheurs de tout genre, rendait grâces à Dieu de ce que, dans tous ses écrits, aussi nombreux au moins que ceux d’aucun de ses contemporains, il n’avait pas à se reprocher une ligne qui pût troubler la foi ou égarer les mœui-s de qui que ce fût. Y a-t-il jamais eu un romancier catholique, français ou autre, qui pût en dire autant? La mode aujourd’hui est de dédaigner Scott en France, mais la mode a tort.
Il règne en Écosse, malgré les excès du puritanisme et malgré les dangers inévitables des grandes villes, une atinospbère religieuse et saine, en même temps qu’une généralité d’instruction et de culture, qui rendent un double témoignage à l’heureuse influence de la foi réformée.
Le second sermon que j’ai entendu a été prononcé dans la cathédrale où prêchait Knox, l’église de Saint-Gilles, tout à côté de laquelle est dessiné, dans le pavé de la rue, un cœur, qui rappelle l’ancien Tolbooth, aujourd’hui démoli, c’est-à-
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dire la prison it Edimbourg, connue jadis sous le surnom de Cœur de la province du l.othian-Central. Le prédicateur que j’ai entendu et qui est aussi le pasteur de la paroisse, porte un nom assez répandu qui fut jadis celui d’un des héros les plus chevaleresques de l’antique Écosse, Wallace. Celte fois le sermon était moins exempt d’orthodoxie ; et pourtant le dogme y tenait très-peu de place ; les vieux chibboleth du parti n’y étaient guère qu’indiqués. Il s’agissait de l’admirable parabole du Pharisien et du Péager. Après l’avoir fort bien expliquée, le prédicateur s’est demandé pourquoi l’orgueil de l’un de ces personnages annulait tant de mérites, en grande partie réels, et pourquoi chez l’autre, l’humilité expiait [atoned /br)tant de torts avoués. C’est, a-t-il dit, parce (jue la vérité en toutes choses a une efficacité qui lui est propre, un souverain pouvoir. Or, les éloges pompeux que se décernait le Pharisien et sa satisfaction de lui-même prouvent qu’il se faisait illusion ; il était dans le faux. Le Péager, en se jugeant lui même si sévèrement, était dans le vrai. La première application que l’orateur fit de son texte consistait à engager vivement son auditoire à estimer au-dessus de tout, la vérité dans les hommes et dans les choses. Parmi les caractères vrais, il a cité et apprécié avec un grave enthousiasme un héros contemporain que je ne m’attendais pas à entendre citer, en chaire, à Édimbourg, Garibaldi. Sa deuxième application était la nécessité pour chacun de se bien connaîtie lui-même; et il a terminé en signalant l’insuffisance de toute moralité et de toute piété de convention. Ni la moralité qu’exige la société, ni les actes religieux que prescrit l’Église ne sont un idéal auquel le chrétien puisse s’arrêter. Ce sont les premières esquisses, les modèles élémentaires qu’un dessinateur doit faire copier à ses élèves, mais qui, s’ils s’en tenaient là, renfermeraient à toujours leur talent dans les étroites limites imposées aux commençants. A ce propos, la dîme de tous les biens du Pharisien et scs deux jeûnes par semaine ont été
Irès-nettemont traduits à l’usage des protestants d’Édimbourg, eu exemples actuels; et les assistants ont été sévèrement prévenus qu’il ne suffit pas devant Dieu d’aller au temple deux fois par dimanche et de ne faire de tort à personne.
En résumé, ces deux prédications, médiocres au point de vue oratoire, étaient cependant remarquables et fort utiles par le bons sens pratique, la piété ferme et positive qui les animait, ainsi que par un antagonisme déclaré contre tout formalisme et tout orgueil dévot. Évidemment, l’orthodoxie dogmatique, niéme en Écos.se, n'est déjà plus qu’un horsd’œuvre. Les âmes se nourrisseni nondedugmatique,maisdu suc moral et religieux de l’Évangile. Je crains qu’il n’en soit pas toujours de même; mais, pour cette seconde prédication au moins, le hasard seul m’avait conduit, et ce que j’ai entendu m’a fait bien augurer de l’avenir du Kirk nf Scot~ land.
Je veux signaler encore deux points d’importance inégale, mais (jui l’un et l’autre m’ont frappé. Le premier c’est l’excellence des chants religieux ; le psautier presbytérien d’Écosse ne contient que les cent cinquante p.saumes, soixante-sept paraphrases et cinq hymmes«ou cantiques. Ces paraphrases sont des fragments de l’Ancien et du Nouveau Testament, en particulier certains morceaux des prophètes, et(juelques passages de saint Paul qu’on a mis en vers et adaptés à un chant religieux. Quelques-uns sont fort beaux. Je dois ajouter quant à l’exécution de ces chants, qu’un chœur les dirige. Plus j’entends dans les Églises étrangères le chant sacré, plus je regrette l’état honteux où il est tombé parmi nous.
C’est, et ce doit être, une partie essentielle du culte, un acte d’adoration de l’assemblée en masse. C’est bien cela encore, même en France dans certaines campagnes du Midi, où les oreilles et le goût sont peu cultivés, et où de vieux huguenots crient à pleins poumons les louanges de Dieu avec un zèle aussi chaleureux que pou musical. Mais dans nos
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grandes villes, à Paris surtout, le chant semble n’ôlre pour bien des gens qu’une formalité désagréable et insignitiaute, utile tout au plus pour laisser le prédicateur prendre baleine (I). Il n’est nullement nécessaire d’être musicien pour éprouver l’impression profondément édifiante d’un beau chant religieux. N’arrive-t-il pas qu’on entend un sermon ou nul, ou directement désédifiant par la fausse dogmatique dont il est plein? Combien plus souvent les prières sont-elles faibles? Il en est où l’on semble commander à Dieu ; dans d’autres on lui récite un cours de théologie vulgaire, et le plus souvent on paraphrase, en la délayant, la confession des péchés qui vient d’être prononcée. Au moins le chant seraitil une prière, une adoration, un élan vers Dieu, s’il était exécuté comme il doit l’être. Pour ceux qui ne peuvent chanter, écouler un chant qui élève l’àme, c’est déjà se préparer à prier, si même ce n’est prier.
Un détail, fort secondaire sans doute, mais qui a son importance, c’est l’effet de calme, de recueillement, d’éloignement du dehors que produisent les vitraux de couleur. En Angleterre et en Écosse, les églises protestantes, môme presbytériennes, n’en sont nullement dépourvues. Celle d’Old Grey Friars n’en a pas d’autres. Il en est de même de la somptueuse église unitaire de Hopc-Strcet , à Liverpool. Depuis quelques années, d’opulents donateurs font faire à Munich de splendides verrières à leurs frais, et en décorent l’admirable cathédrale de Glasgow. Celle d’York, bien plus belle encore, est remarquable entre autres, par d’immenses fenêtres presque toutes garnies de vitraux anciens, dont une partie a été exécutée en 1605 par un artiste du pays. Ce goût est général ici, et me semble tout à fait justifiable. Ou s’abstrait plus fiicilement des préoccupations du dehors, on se
(1) Clic cxcppliün toute particulière est due cependant à quelques églises piotestantes de France, comme Lyon. Entre toutes, celle où j’ai entendu les plus beaux chants est, sans comparaison, celle de Bergerac.
t.lBRF.S KTl'DES.
sent plus facilement recueilli dans cette lumière solennelle, à la fois plus riche de nuances et cependant moins vive que celle qu’on trouve ailleurs.
Je ne voudrais nullement renoncer à l’austérité de notre culte presbytérien ; mais, en France, nous l’avons poussée à l’excès. Bien moins encore suis-je enclin à croire qu’avec de l’architecture, du luxe, des formes on peut raviver la piété de l’Église. C’est l’erreur puérile de la secte sacerdotale et aristocratique à laquelle le docteur Pusey a donné son nom. On s<iit où elle a conduit les plus .sérieux de .ses adhérents. Mais sans vouloir faire du décorateur l’agent principal de l’édification publique, il ne faudrait j)as ti'Op absolument repousser le secours de l’art, et surtout de l’architecture. Ne soyons pas plus puritains que les puritains cnxmèmes.
En voyant aujourd’hui les flots pressés d’adorateurs entrer dans les églises et en sortir, je faisais une réflexion douloureuse : les cla.sses aisées et moyennes s’y rendaient en foule; mais les plus pauvres regardaient pa.sser les autres et n’entraient pas. Dans le livre de Walter Scott, tableau véridique des mœurs écossaises, Jeannie Deans marche nu-pieds six jours par semaine, mais le dimanche elle se chausse pour aller à l’église. Il en est encore ainsi; j’ai vu entrer aujourd’hui, convenal)lement vêtus et chaussés, dans les innombrables lieux de culte d’Édimbourg, bien des gens que je rencontrerai demain pieds nus, suivant l'habitude du pays. Mais le vrai pauvre, qui ici ne se chausse jamais, ces nuiltitudes de femmes et d’enfanis sans souliers que je voyais ce matin, debout sur leurs portes ou lài l’entrée des al/et/s, des closes où ils demeurent, vont-ils à quelque église? Il semble évident que non. Partout, dans les villes, se présente ce désolant problème.
A Londres, on a tenté toutes sortes de remèdes. On y prê che le dimanche soir dans les théâtres; mais Charlfs Dickens
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raconte qu’ayant été à dessein un samedi et un dimanche soir au théâtre Britannia, de Hoxton (un faubourg de Londres), il n’y avait pas retrouvé le dimanche l’auditoire du samedi. Il vient le samedi, au mélodrame, un public payant, plus pauvre que le public gratuit des sermons du lendemain. On réussit à remplir les théâtres d’auditeurs pour une prédication ; mais ces auditeurs ne sont pas ceux qu’oii veut atteindre.
Depuis longtemps, on essaye à I/)ndres des prédications en plein air. J’en ai entendu plusieurs, soit par un pasteur en robe noire, soit par des pasteurs ou des laïques en redingote. Je m’étonnais de la patience et de l’attention avec laquelle des passants, de petits marchands, des enfiuits déguenillés, des soldats, des matelots, des femmes mal vêtues écoutaient ces discours incohérents, tout pleins d’enfer et de damnation. J’en ai entendu d’autres où des notes plus justes, touchées assez naturellement, faisaient plus d’effet. Un de ces prédicateurs en appela tout à coup à la lune, qui sortait en ce moment d’un nuage sombre et illuminait tout le groupe ; elle était citée comme un monument de la puissance sereine et paternelle de Dieu. Dans un autre moment, le môme orateur émouvait réellement l’assistance en prenant énergiquement à partie les pères et mères dont les mauvais exemples perdent leurs enfants. « Allez en enfer, leur criait-il, puisque vous le voulez ; mais qu’un jour vos enfants, tournant vers vous leurs yeux flamboyants du feu de l’enfer, ne vous reprochent pas éternellement de les y avoir précipités avec vous. » Ce dernier trait m’a gâté tout le reste ; mais, à côté de moi, un matelot passait sa manche sur ses yeux. Il est évident cependant que de pareils discours ne font pas un bien réel. Ces services en plein air manquent le but.
Quand donc la prédication, sans descendre à ces grossières violences, deviendra-t-elle populaire? Quand saurons-nous nous élever assez haut, être assez forts, assez simples, assez
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grands? Voilà le but à atteindre. On sait parmi nous parler aux esprits cultivés; mais qui fera courir au temple les pieds nus? Ils couraient bien autrefois sur les coteaux de Génézareth, pour entendre notre Maître, et, plus tard, la réforme a été, en grand nombre d’endroits, l’œuvre des prédicateurs du peuple. 11 faudrait retrouver les accents auxquels le peuple répond.
Ni l’orthodoxie, ni le formalisme, ni les systèmes d’attermoiement et de juste milieu n’auront à l’avenir ce pouvoir. Il faudrait unir la pleine puissance de l’Ëvangile à l'actualité de forme et de fond la plus vivante et la plus saisissante.