‹ Libres opinions morales et historiquesChapitre 10 sur 19 · DES CONTROVERSES SUR LE XVUI» SIÈCLE · texte numérisé non relu

DES CONTROVERSES SUR LE XVUI» SIÈCLE

brasa le monde! Eloquent, inspiré, héritier du génie mâle, clair et précis de là race latine, il ne connaissait ni l'objectif ni le subjectif. » Ce jugement est d*une remarquable nouveauté. Qu*a donc de commun le génie de Luther avec le génie latin ? Jusqu'à présent Luther a été considéré comme la plus pure et la plus naïve incarnation du génie germa uique. S'il est un homme chez lequel rinstinct de race ait été fort, c'est bien Luther, et cet instinct est chez lui si puissant qu'il se confond en lui avec le génie. Par la tête, par le cœur, par les idées, par les vertus et par les vices , Luther est un pur Allemand.

Nous bornerons là nos chicanes, car nous voulons être juste envers M. Lanfrey, d'autant plus juste que, pour exprimer franchement noire pensée, l'esprit de son livr(s ne nous plaît point. D'un bout à l'autre, il y règne un athéisme modéré qui glace l'esprit : nous entendons par athéisme toute doctrine qui considère la société comme ayant sa fm en elle-même et n'existant pas en vue d'une fin divine, et, si nous savons lire, nous croyons avoir compris que telle est l'opinion de M. Lanfrey. On rencontre des pages brillantes, presque jamais une pensée d'une réelle élévation. Quand l'auteur est éloquent, ill'est d'une manière ingénieuse, jamais naïvement et avec essor. En revanche, il connaît son xvni® siècle jusque dans ses infiniment petits; son livre abonde en faits etenanec-. dotes curieuses, et il y a telles pages , celles sur Bayle, par exemple, qui sont dignes de tout éloge, tant pour l'expression que pour la pensée. Le jeune écrivain a voulu retirer la mémoire de Bayle de l'oubli oii elle languit, et il l'a fait très-heureusement. Bien des pages ont été écrites sur ce grand citoyen , mais nous ne croyons pas que personne ait payé à cette vénérable mémoire le tribut de reconnaissance qui lui est dû avec autant de délicatesse que le jeune écrivain. Ces trois ou quatre pages sur Bayle brillent précisément par le§ qualités qui font défaut à M. Lanfrey ; une douce sympathie les éclaire, elles sont émues et presque tendres. Puisque M. Lanfrey a si bien compris Bayle, que ne lui emprunte-t-il quelques unes de ses vertus, la modération par exemple, l'art de comprendre au moyen de l'intelligence les doctrines que notre cœur repousse, et le calme dans la discussion ? '

Quant à M. Nieolardot, nous demandons à ne pas lui

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