‹ Libres opinions morales et historiquesChapitre 9 sur 19 · DES CONTROVERSES SUR LE XYU!* SIÈCLE · texte numérisé non relu

DES CONTROVERSES SUR LE XYU!* SIÈCLE

une civilisation romaine, qui n*a jamais été surpassée dans la politique et dans la guerre ; une civilisation catholique européenne, qui a donné à notre continent une unité de sentiments et d'idées que les différences de races n'ont pu vaincre et que les divisions du xvi« siècle n'ont pu effacer ; une civilisation protestante, qui a présenté le spectacle de ce que peuvent accomplir l'activité et le travail de Thomme ; une civilisation italienne, qui n'a jamais eu de rivale dans les arts ; une civilisation française, qui a offert le type le plus parfait des vertus mondaines et sociales. Tout cela n'est-il donc rien ? Si par civilisation M Lanfrey entend cette croyance athée qui considère la société comme n'ayant qu'un but d'utilité et n'existant qu'en vue de satisfaire aux besoins de l'homme, il a raison : cette manière de comprendre la civilisation appartient au xviii® siècle.

Les jugements de M. Lanfrey, lorsqu'ils ne roulent plus sur un ensemble considérable de faits, lorsqu'ils portent soit sur des idées pures, soit sur des individus, sont extrêmement contre versables, et, sans frapper à faux, frappent souvent à côté de la vérité. Ainsi il professe pour Pascal une admiration qui , pour le dire en passant , est assez surprenante chez un enthousiaste du xviii® siècle, et il raille M. Sainte-Beuve, qui a osé dire qu'une seule .chose manquait à Pascal, la grâce. Les railleries de M. Lanfrey ne sont pas heureuses : la grâce en effet, ou, si M. Lanfrey le préfère, ce que l'universalité des hommes entend par ce mot manque absolument à Pascal. Dans la môme page, l'auteur prend à partie M . Cousin, parce que ce dernier a cru devoir attribuer quelque mérite à la prose de Descartes. Ici encore, nous sommes obligé de donner raison à M. Cousin. La période de Descartes n'est ni lourde ni diffuse, comme l'en accuse M. Lanfrey; le style de Descartes est sec, sans éclat, sans bonheur d'expression, mais il est singulièrement net et clair. Nous croyons qu'il est impossible de trouver un modèle plus achevé de prose métaphysique que le Discou/rs sur la Méthode, Dans les dernières pages de son livre, après avoir adressé à la philosophie allemande le reproche banal d'obscurité que lui adressent tous les badauds, pour lesquels certainement elle ne fut jamais faite, il conseille aux philosophes allemands de se souvenir de Luther, « un vrai génie qui em-

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