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Lichtenstein episode de l'histoire de Wurtemberg

La tradition rapportée dans les pages suivantes appartient à cette partie du sua de l’Allemagne resserrée entre les Alpes et les montagnes de la forêt Noire. La première de ces chaînes de montagnes, courant du nord-ouest au sud, enferme complètement ce pays sur une longue étendue, tandis que les monts de la forêt Noire s’étendent depuis les sources du Danube jusqu’au Rhin, formant, avec leurs noires forêts de sapins, un sombre horizon aux beaux et fertiles vignobles qu’arrose le Neckar et qu’on nomme le Wurtemberg.

Après bien des luttes et des combats, cette contrée s’éleva, d’une origine humble et obscure, jusqu’au rang qu’elle tient à présent parmi les États de l’Allemagne. Cette fortune paraîtra surtout étonnante, si l’on songe au temps où son nom sortit pour la première fois de l’obscurité: alors que de puissants voisins, comme les Stauffen , les ducs de Teck , les comtes de Zollem , entouraient son berceau ; si l’on pense aux tempêtes intérieures qui l’ont agitée et qui ont souvent menacé de faire disparaître à jamais son nom des annales de l’histoire.

11 y eut même un temps où la famille de ses souverains parut pour toujours repoussée du palais de ses pères, où son malheureux duc, chassé hors de ses frontières, fut forcé de vivre dans un cruel exil, où des seigneurs étrangers résidèrent dans ses forteresses, où des mercenaires étrangers occupèrent le pays, où il s’en fallut peu que le Wurtemberg ne cessât d’exister, que ses campagnes florissantes ne fussent partagées entre plusieurs maîtres ou ne devinssent une province de l’Autriche.

Parmi les nombreuses traditions qui vivent dans la bouche des Souabes sur leur pays et sur l’histoire de leurs pères, il n’y en a pas qui présente un plus grand intérêt romantique que celle qui se rattache à ce temps même dont nous venons ae parler, et au sort singulier du malheureux duc de Wurtemberg.

Nous avons essayé de rapporter ces récits comme on les raconte sur les hauteurs de Lichtenstein et sur les bords du Neckar, et nous l’avons osé, au risque de déplaire à quelqu’un de nos lecteurs. On nous objectera que le caractère d’Ulrich de Wurtemberg 1 ne saurait

4 . Ulrich de Wurtemberg, né en 4 487, fut investi i onze ans, en 4 498, du pouvoir ducal, sous une régence qui cessa dans sa seizième année, en 4 &u3. Depuis il régna seul. Il mourut en 4 660.

INTRODUCTION

être représenté dans un roman sous de douces et tendres couleurs. Ce prince a été l’objet de bien des attaques; bien des yeux même se sont habitués, lorsqu’ils passent en revue la galerie des portraits des ducs de Wurtemberg, à sauter avec une sorte d’horreur du vieux Eberhard à Christophe 1 , comme si le malheur d’un pays ne devait être imputé qu'à son souverain, ou bien comme si c’était un devoir de détourner les yeux avec horreur des jours de tourmente.

On pourrait aussi & permettre de demander si en jugeant ce prince on ne parle pas trop d’après son ennemi le plus acharné, Ulrich de Hutten, qui, pour ne rien dire de plus, est ici trop homme de parti pour être regardé comme un témoin impartial. Pour le duc et ses amis, le torrent bruyantdes événements a couvert leurs voix, et elles sont restées étouffées sous l’éloquent plaidoyer de son ennemi , sous la tonnante Philippica in ducem Ulncum.

Nous avons comparé avec soin presque tous les écrivains de l’époque , témoignages d’un siècle éloigné et agité , et nous n’en avons trouvé aucun qui condamne absolument ce prince. Si l'on considère l’influence que le temps et les circonstances exercent sur les hommes, si l’on considère qu’Ulrich deWurtemberg grandit sous la tutelle de mauvais conseillers qui le poussaient au mal pour faire ensuite de lui leur instrument; si l’on se rappelle qu’il prit en main le pouvoir, à peine sorti de l’enfance ; on devra plutôt admirer les beaux et nobles côtés de son caractère , sa force d’âme et son courage indomptable , et on devra ne pas craindre d’adoucir bien des traits, dont les yeux sont blessés dans son histoire.

L’année 1519, dans laquelle se placent les événements de notre récit, a décidé de son sort, car elle a été le commencement de ses longues infortunes; cependant la postérité doit dire que ce fut le commencement de son bonheur. En effet, ce long exil fut une rude école, d’où il sortit plus sage et plus fort. Pendant les années qui suivirent son retour, son gouvernement mérita d’être béni de tout Wurtembergeois qui regarde comme un bonheur les changements religieux opérés par ce prince.

Cette année devait amener une crise. Il y avait déjà six ans que le soulèvement du pauvre Conrad avait été comprimé avec peine. Cependant le peuple commençait çà et là à murmurer , parce que le duc n’avait pas su gagner son affection et que ses employés le traitaient avec dureté et établissaient impôts sur impôts. La ligue de Souabe, puissante association de princes, de comtes, de chevaliers, et de villes libres de Souabe et de Franconie, avait été offensée par son refus de se joindre à elle. Tous ses voisins observaient sa conduite d’un air jaloux, comme s’ils n’attendaient qu’une occasion de lui faire sentir quelle puissante alliance il avait rejetée. L’empereur Maximilien, qui régnait encore alors, ne lui était pas non plus très-favorable, surtout depuis que le duc était soupçonné d’avoir soutenu le chevelier Gœtz deBerlichingen, pour se venger de l’électeur de Mayence.

4. C’est d’Eberhard le Barbu qu’il est ici question. Né en 4 445, mort en 4 490, il régna très-sagement. Il fut le premier duc de Wurtemberg. Christophe, né en 4 54 5, mort en 4 568, est un prince dont la mémoire est bénie non-seulement dans le Wurtemberg, mais même dans toute P Allemagne. C’est lui qui donna sa constitution au duché de Wurtemberg.

INTRODUCTION

Le duc de Bavière , le plus puissant de ses voisins et son beau-frère , était en inimitié avec lui, parce que Ulrich ne vivait pas au mieux avec la duchesse Sabine. A tout cela vint s’ajouter, pour hâter sa ruine, le meurtre d’un chevalier franconien qui vivait à sa cour. Des chroniques dignes de fui disent que les rapports entre Jean de Hutten et Sabine n’étaient pas de nature à plaire au duc. Aussi, celui-ci attaqua le chevalier dans une partie de chasse , lui reprocha son infiaélité, le provoqua et le perça de son épée. Les partisans de Hutten, et particulièrement Ulrich de Hutten, élevèrent leurs voix contre le duc, et leurs plaintes et leurs cris de vengeance retentirent dans toute l’Allemagne.

De son côté, la duchesse, dont l’humeur hautaine et acariâtre avait déjà blessé .Ulrich avant son mariage et ne lui avait point rendu leur union des plus agréables, se déclara alors contre lui, et s’enfuit avec l'aide de Dietrich de Spaet, et elle et ses frères allèrent se présenter devant l’empereur comme ennemis et accusateurs du duc. Des traités furent conclus et violés, des conditions de paix furent proposées et rejetées; les embarras du duc grandirent de jour en jour autour de lui. sans qu’il voulût céder, car il pensait avoir agi avec justice. L’empereur mourut sur ces entrefaites. C’était un maître qui , malgré les nombreuses plaintes élevées contre Ulrich, lui avait toujours montré de la douceur; le duc perdait en lui un juge impartial dont il aurait eu grand besoin dans ses embarras, car à présent le malheur s'avançait rapidement.

On célébrait les funérailles de l’empereur, a Stuttgard, au château, quand on donna avis au duc que les habitants de Reutlingen, une ville impériale située sur son territoire, avaient tué son intendant des forêts à Achalm. Ils lui avaient déjà fait souvent de sensibles affronts, ils lui étaient odieux et devaient bientôt sentir sa vengeance. Prompt à se mettre en colère, comme il l’était , il monta à cheval, fit retentir dans le pays sa trompette d’alarme, assiégea la ville et s’en empara. Le duc se fit reconnaître par les bourgeois, et la ville impériale devint propriété du Wurtemberg. Mais alors la ligue de Souabe fit des apprêts redoutables pour se ressaisir de Reutlingen. Quelque difficile qu’il fût ordinairement de réunir en armes tant de princes , de comtes et de villes, cette fois i's ne se firent pas attendre, car la haine est un lien puissant. Ulrich invoqua en vain des traités éôrils. L’armée de la ligue s’assembla près d’Ulm , et une invasion devint imminente. La situation d’Ulrich était des plus critiques : s’il réussissait à tenir la campagne, il gardait «es droits et il n’y avait pas de doute qu’il n’eût ensuite beaucoup d’alliés; mais si la ligue triomphait, malheur au duc! il avait provoqué trop de vengeances pour pouvoir espérer des ménagements.

Les regards de l’Allemagne étaient fixés avec inquiétude sur l’issue de cette lutte ; ils cherchaient à pénétrer le voile du destin et à découvrir ce que l’avenir préparait : si le Wurtemberg serait vainqueur, si la ligue resterait mal tresse de l’électorat. Nous allons lever ce voile et dérouler tous les tableaux de cette histoire. Puisse 1 œil ne

Î ias s’en fatiguer etne passe détourner trop vite lOu bien y aurait-il de a témérité à entreprendre de notre temps le récit d’une histoire de chevalerie? Y aurait-il de l’indiscrétion à prier le lecteur de tourner pendant quelques heures son attention vers les Alpes de la Souabe et vers les délicieuses vallées du Neckar ?

INTRODUCTION

Les sources du Susquennah et les pittoresques hauteurs de Boston, les vertes rives de la Tweed et les montagnes des Highlands d’Êcosse, les gaies coutumes de la vieille Angleterre et la pauvreté romantique des Gails, vivent encore, grâce à l’heureux pinceau de célèbres romanciers, et elles sont même chez nous dans toutes lesbouches. On lit avec avidité dans d’exactes traductions, qui semblent sortir de terre comme des champignons, ce qui s’est passé il y a soixante ou bien six cents ans dans les champs de Glascow ou dans les forêts du pays de Galles. Certes, nous posséderons bientôtde l’histoiredes trois royaumes une connaissance aussi parfaite que si nous l’avions puisée aux sources les plus savantes. Et cependant nous la devons presque tout entière au grand inconnu 1 gui nous a présenté l’une après l’autre toutes les vieilles chroniques de l’Angleterre dans une série d’admirables tableaux. Il a opéré ce miracle, que nous sommes plus instruits de l’histoire de l’Ecosse que de la nôtre, et que nous connaissons beaucoup moins bien les crises religieuses et civiles de notre passé que celle des presbytériens et des épiscopaux d’Angleterre.

Or en quoi consiste le charme avec lequel ce magicien inconnu attire nos regards et nos cœurs vers les montagnes et les bruyères de sa patrie? Est-ce dans la multitude de ses récits, ou dans le nombre énorme de volumes qu’il nous a envoyés par-dessus le canal? Mais n’avons-nous pas, nous aussi, grâce à Dieu et aux foires de Leipzig, des écrivains de quatre-vingts, de cent et de cent vingt volumes 1 Ou bien est-ce que les montagnes d'Ecosse ont une verdure plus brillante que le Harz allemand, que le Taurus et que les cimes de la forêt Noire? La Tweed roule-t-elle des ondes d’un bleu plus beau que le Neckar ou le Danube? ses rives sont-elles plus séduisantes que celles du Rhin? Ou bien les Ecossais sont-ils une race plus intéressante que les hommes de notre patrie? leurs pères avaient-ils un sang plus rouge que les Souabes et les Saxons des anciens temps? leurs femmes et leurs filles sont-elles plus belles et plus aimables que les Allemandes? Nous avons des motifs pour en douter, et ainsi ce n’est pas là qu’est le charme de l’écrivain inconnu.

Ce qui fait ce cnarme , c’est que le grand romancier marche toujours sur le terrain de l’histoire. Notre pays n’est pas moins riche en souvenirs historiques : mais depuis des siècles nous sommes habitués à chercher sous un ciel étranger ce qui fleurit chez nous , et à admirer ce qui est étranger, par cette seule raison que ce n’est pas un produit de nos vallées.

Et cependant, nous aussi nous avons un passé riche en guerres civiles , qui ne nous parait pas moins intéressant que le passé des Ecossais. C’est ce qui nous enhardit à dérouler un tableau historique auquel pourront manquer la hardiesse des portraits et le charme des paysages ; mais si l’œil habitué à de telles magnificences y cherche en vain la douce et paisible magie de la sorcellerie et les prophéties des Bohémiens, si nos couleurs paraissent pâles et notre crayon émoussé , notre tableau conserve au moins un mérite : celui de la vérité historique,

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