INTRODUCTION
Les quatre campagnes de Charles le Téméraire contre les Liégeois en 1465, 1400, 1407 et 1408, la prise de Dinant (1460) et celle de Liège (1408), suivies l'une et l'autre de la destruction presque complète de ces deux villes importantes, sont, sans contredit, les épisodes les plus intéressants et les plus douloureux des annales de notre antique principauté, et comptent aussi parmi les faits les plus mémorables de notre histoire nationale.
On ne doit donc pas s'étonner si les graves événements dont notre pays fut alors le théâtre, aient fait immédiatement l'objet de plusieurs relations, et soient devenus, dans la suite, le sujet d'un grand nombre d'études historiques.
Je n'entre pas, à mon tour, dans la lice pour tâcher de faire mieux que mes devanciers; bornant mon ambition à un rôle plus modeste, je veux, à propos de la publication d'un travail étranger qui répand sur cette période une nouvelle et abondante lumière, passer rapidement en revue les relations,
les chroniques, les mémoires et autres sources de l'histoire de ces temps troublés.
Parmi les récits dus à des contemporains, ceux, naturellement, auxquels on doit ajouter le plus de foi, sont sortis de la plume des hommes qui, soit qu'ils y aient pris une part active, soit qu'ils en aient été simples spectateurs, virent par eux-mêmes les faits qu'ils racontent. Quant à ceux qui ont écrit d'après les renseignements dus à des témoins oculaires, ils ne peuvent prétendre au même degré d'exactitude, ni, par conséquent, au même degré de confiance. Cependant leurs relations sont encore, et à juste titre, considérées comme des documents importants, car nous devons supposer vrais les souvenirs du narrateur et fidèle la transcription de l'écrivain.
Dans l'énumération des historiens et des chroniqueurs qui va suivre, j'observerai cette distinction essentielle et je classerai, si je puis m'exprimer ainsi, leurs oeuvres dans l'ordre de l'authenticité qu'on doit leur attribuer, abstraction faite du mérite qu'ils peuvent présenter par l'abondance de leurs renseignements ou par leur forme littéraire, sans m'inquiéter non plus de leur état social, et même sans avoir égard à leur origine française, bourguignonne ou liégeoise.
C'est en comparant ces divers auteurs — tout en mettant de côté le point de vue où chacun d'eux se place, ses tendances, ses préoccupations personnelles, ses sympathies, ses haines, — et en les contrôlant ensuite avec les chartes et autres actes
publics de l'époque, que l'on parviendra, non seulement à connaître les hommes, les mœurs et les faits dans leur plus rigoureuse vérité, mais encore à saisir l'enchaînement des événements, leurs causes et leurs résultats. Le tableau qui sortira de cet examen a toute chance d'être aussi complet que possible , d'abord par le grand nombre de peintres qui en ont préparé les couleurs et par leurs nationalités différentes, ensuite par la diversité de leurs fonctions , de leur caractère et de leur condition sociale : car, comme le dit M. Henrard, à cette époque « tous ceux qui savent tenir une plume veulent raconter ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont ouï dire : hommes d'Etat et hommes d'Eglise, hommes d'armes et bourgeois , évèque, moine, clerc, capitaine et soldat, tous écrivent, tous nous laissent des Mémoires (1). »
Philippe de Gommines (mort en 1509) n'avait que 10 ans lorsqu'il fut attaché, en 1464, à la cour de Charles le Téméraire. Il suivit son maître dans toutes ses expéditions contre les Liégeois. Acheté par Louis XI, il passa, en 1472, au service de ce prince. Entre les années 1488 et 1493 il écrivit ses Mémoires qui embrassent une partie des règnes de Louis XI et de Charles VIII (2). Comme il ne rapporte rien qu'il n'ait vu s'accomplir sous ses
(1) Appréciation du règne de Charles le Téméraire et des projets conçus par ce prince dans V intérêt de la maison de Bourgogne. Mémoire couronné par l'Académie, 1873.
(2) Michaui) et Poujoulat, Nouvelle collection de Mémoires pour servir à l'histoire de France, lrc série, tome IV (1837). Les
yeux, son récit, dans lequel il n'omet aucun détail, mérite toute confiance. De plus, ayant vécu dans l'intimité des princes, et chargé souvent de missions importantes il connaît le fond des choses et n'ignore aucun des rouages secrets de la politique ; enfin, doué d'une grande science d'observation, d'un esprit vif et pénétrant, profondément versé dans la connaissance des hommes, instruit, prudent, réfléchi, son récit est plein d'enseignement (i). C'est un véritable historien.
Jean de Haynin (mort en 1495). Jean dit Brongnart, sire de Haynin et de Louvignies, dans le Hainaut, était vassal des ducs de Bourgogne, et, en cette qualité, accompagna également Charles le Téméraire dans toutes ses campagnes, de 1465 à 1477. Ainsi que le firent plusieurs hommes de guerre de son temps, il inscrivait dans un journal, sans aucune préoccupation littéraire, jour par jour et presque heure par heure, les étapes, les sièges, les batailles, les simples escarmouches ; il indique la force des armées, désigne avec soin les capitaines, fait connaître les pertes subies par les belligérants, donne les noms des morts tombés dans la mêlée. Mais ces détails minutieux ne sont pas racontés
expéditions de Charles contre les Liégeois occupent presque tout le livre II (chapitres I à XIV, pages 28 à 50). M. Chantelouze vient de publier, cette année même, une nouvelle édition des Mémoires de Commines, que je n'ai pas encore vue.
(î) Il faut naturellement se méfier de son chauvinisme bourguignon, comme le remarque M. Dewez dans son Hist. de Liège, t. II, p. 66, note 2.
sèchement, au contraire ; on trouve dans son récit des descriptions vives et animées, des anecdotes, des dialogues, voire même des discours. En outre, il est au courant de ce qui passe dans les hautes régions et ne se bat pas sans savoir pourquoi. On conçoit combien l'œuvre d'un pareil témoin doit présenter de garanties, notamment au point de vue des dates.
La Société des bibliophiles de iVIons a publié les Mémoires de messire Jean de Haynin (i), mais dans un texte abrégé, tronqué et, par suite, rempli d'erreurs. Une copie du véritable texte de Jean de Haynin se trouve à la bibliothèque royale de La Haye parmi les manuscrits Gérard (2). Malheureusement la quatrième expédition de Charles contre les Liégeois, en 1468, manque (3).
Olivier de la Marche (mort en 1502), devint à douze ans page de Philippe le Bon, et resta toute sa vie entièrement dévoué à la maison de Bourgogne ;
(1) Mons, 1842, 2 vol. in-8°, n° XI des publications de cette Société.
(2) M. de Reiffenberg cite le ms. Gérard dans son édition de VHist. des ducs de Bourgogne, t. VI, où il donne (pp. 412-455) des extraits du texte abrégé des Mémoires du sire de Haynin relatifs à la campagne de 1465. Cl', le Bulletin de la Société de Vhistoire de France, t. II, p. 132, et le Compte-rendu des séances de la comm. d'hist. de Belgique, lre série, t. I, pp. 73 et 120.
(3) Voyez le Compte-rendu de la Commission royale d'histoire, 3e série, tome IX, papes 444 à 447, où j'ai parlé de la copie de Gérard et émis l'opinion que le quatrième voyage pourrait bien se trouver dans le manuscrit n° 212 de la bibliothèque de sir Thomas Phillips (Cf. ibidem, p. 240).
Charles le Téméraire le créa chevalier après la bataille de Monthiéry. Lors des expéditions de Liège, il faisait partie de l'entourage de ce prince en qualité de capitaine de ses gardes. Il avait alors environ 40 ans. Six ans plus tard, il écrivit des Mémoires pour les années 1435 à 1489 (i), dans lesquels il ne raconte aussi que ce qu'il a vu. Simple et modeste, il n'a pas la prétention d'être un historien, et quoiqu'il ait été plusieurs fois chargé de missions à l'étranger, son horizon politique n'est pas étendu. C'est plutôt un peintre. La cour l'occupe plus que l'armée , et il s'arrête bien plus volontiers à parler de fêtes et à narrer des anecdotes qu'à décrire des batailles. Son style est fort négligé. Il ne consacre aux affaires de Liège que deux chapitres ; mais le caractère honnête et sincère de l'auteur fait qu'ils peuvent être rangés au nombre des sources les plus précieuses de l'époque. On peut seulement lui reprocher d'estropier les noms propres au point de les rendre quelquefois méconnaissables (2).
Onufrius , évêque de Tricaria (mort en 1471). Envoyé en 1468 à Liège comme légat du Saint-Siège,
(i) Michaud et Poujoulat, op. cit., lre série, tome III (1837). Ce qui concerne Liège comprend en partie les chapitres 1 et 2 du livre II, pages 513 à 518.
(2) Cf. Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, etc., t. XV, p. 305. Jean de la Bouverie, dit le Ruyte, chevalier, bourgmestre de Liège en 1455 (voy. le Recueil héraldique des bourgmestres de Liège, p. 159, et cfr. ibid., p. 175), était, suivant Jean de Haynin, cousin germain d'Olivier de la Marche.
ce prélat fut non seulement présent à tous les événements qui précédèrent immédiatement la prise de la Cité, mais se trouva très activement mêlé aux nombreuses négociations qui eurent lieu entre les Liégeois et les Bourguignons en vue de conclure la paix. Etant à Liège, il adressa au pape un rapport très détaillé sur sa mission. Sa position officielle, sa qualité de négociateur désintéressé, sa science, son caractère, contribuent à faire de son récit un document du plus haut intérêt. La présente publication ayant pour but de le faire connaître, j'en parlerai plus loin avec de plus amples détails.
Un anonyme, qui vivait à Liège sous Louis de Bourbon, a écrit l'histoire de la Cité de 1449 à 1408. Il atteste plusieurs fois qu'il a vu les faits qu'il rapporte. Cette importante chronique n'est pas publiée (i). Selon Fisen, l'historien Brusthem l'a copiée presque mot pour mot dans ses Annales, qui sont également inédites.
Lettres de maître Antoine de Loisey, bourguignon, licencié ès-lois, au président de Bourgogne,
(i) Le manuscrit se trouve chez M. X. de Theux, à Bruxelles, qui en a parlé dans ses Nouveaux mélanges de Villenfagne, pp. 149-150. J'ai signalé quelques autres manuscrits relatifs à Louis de Bourbon et à son époque, dans les Bull, de la Conim. d'histoire, 3e série, t. IX, p. 4(32 ; mais je n'en connais pas les auteurs, et le temps m'a manqué pour me rendre compte de leur valeur. Une curieuse chronique de Georges Munterus, curé de Curange, qui embrassait la même époque, est presqu'entièrement perdue. Il ne reste plus, à l'abbaye d'Averbode, en Brabant, que le second des trois volumes qu'elle comprenait (Voy. ibid., Ve série, I, U ; VIII, 425).
et de Jean de Marsilles, échanson du duc de Bourgogne, à sa sœur, à Dijon, toutes deux datées de Liège, l'une du 3 novembre, l'autre du 8 novembre 1468. La première ne relate que le sac de la ville, l'autre débute par la prise de Tongres (î). Six autres lettres, en flamand, écrites de Liège entre le 28 octobre et le 24 novembre 1467, par Louis van den Piyne, Jean van Halewyn et Jean de Guupere à des parents ou à des amis, à Ypres. Tous ces personnages servaient dans l'armée de Charles de Bourgogne (2). Emanant d'hommes qui prenaient part aux événements et qui, payant de leur personne, se trouvaient au premier rang pour bien voir, ces documents présentent toutes les garanties de certitude et de précision attachées aux correspondances privées.
Adrien du Vieux-Bois (mort vers 1484), ainsi nommé d'après son lieu de naissance, Oudenbosch, dans le Brabant septentrional, ou à Oudenbosch en Flandre, près de Lokeren, était moine dans l'abbaye de Saint-Laurent, près de Liège. A partir de l'année 1449, il prit l'habitude de consigner, jour par jour, ce qui se passait dans la principauté et particulièrement à Liège. Plus tard (vers l'an 1469?), il donna aux notes de ce Diarium la forme d'une chronique, tout en respectant scrupuleusement l'ordre des dates. Martène et Durand ont publié
(1) Imprimées en partie par M. Gachard dans le Compte-rendu des séances de la Comm. d'hist., lre série, t. III, pp. 20 à 34.
(2) Imprimées par M. J. Diegerick dans le Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, t. V, pp. 357 à 371.
cette œuvre sous ce titre : Rerum leodiensium sub Joanne Heinsbergio et Ludovico Borbonio episcopis, opus Adriani de Veteri-Busco (i), 1429 à 1483. La première partie de cette chronique, jusqu'à l'année 1449, est empruntée à Jean de Stavelot ; mais à partir de là, Adrien marche seul. Il rapporte un grand nombre de faits qui se sont accomplis sous ses yeux. Appelé souvent, par la nature de ses fonctions, à figurer dans les solennités religieuses, il les décrit dans leurs moindres détails, en ayant soin de dire qu'il y assistait. Ce qu'il n'a pas vu luimême, il le tient de personnes bien informées avec lesquelles sa position le mettait en relation. Il nous prévient à plusieurs reprises qu'il doit les renseignements relatifs à la dernière guerre de Charles contre les Liégeois au fameux Gui de Brimeux, qui y joua un si grand rôle (2).
Avant tout, il se préoccupe d'être complet et exact, sans songer à faire une œuvre littéraire. Comme il annote les moindres faits, son récit est rempli de menus mais curieux détails. C'est une des sources les plus sûres que nous ayons pour la seconde moitié du quinzième siècle.
(1) Amplissima collectio, tome IV, col. 1201 à 1378. Martène et Durand ont donné en note quelques fragments du Diarium qui leur ont paru présenter de l'intérêt pour l'histoire. Ce qui concerne les guerres de Charles de Bourgogne occupe les colonnes 1264 à 1346.
(2)Voy. Amplissima collectio, col. 1335, 1338. M. X. de Theux possède une traduction de la chronique d'Adrien avec des notes de M. Devaux, doyen de St-Pierre, à Liège, à la fin du dernier siècle.
Thomas Basin (mort en 1491), a été, jusqu'en 1854, confondu, par tous les historiens, liégeois et autres, avec le prêtre liégeois Amelgard. Il fit ses études à Paris et ù Louvain. Homme très savant et très habile, Basin, après avoir été professeur de droit canon à Caen, devint membre du Conseil privé de Charles VII, auquel il rendit de grands services par ses légations. Devenu évoque de Lisieux, en Normandie, il révisa le procès de Jeanne d'Arc et joua un grand rôle dans des affaires très importantes. C'est lui qui sacra évoque Louis de Bourbon, à Huy, le 1:3 juillet 146G. Ayant encouru la haine de Louis XI, il fut obligé de s'exiler et mourut, à l'âge de 79 ans, chez son ami David, bâtard de Bourgogne, évêque d'Utrecht. C'est là qu'il écrivit en latin l'Histoire des règnes de Charles VII et de Louis XI, de 1407 à 1483 (î), dans laquelle on trouve une relation assez étendue des guerres des Liégeois avec les ducs de Bourgogne (2). L'auteur déclare avoir vu une grande partie des choses qu'il raconte, et ce qu'il n'a pas vu, dit-il, il l'a tiré d'auteurs dont on ne saurait mettre la véracité en doute. C'est surtout à partir de l'année 1419 que son récit prend l'intérêt d'un témoignage direct,
(1) Publiée pour la première fois en entier par J. Quicherat, Paris, 1854, 4 vol. in-S°.
(2) Cette relation occupe, dans le livre II, les chapitres vin, ix, xvi à xvni et xxii à xxv (Quicherat, t. I, pp. 129 et suiv., 105 et suiv., 191 et suiv.). Martène et Durand l'ont publiée, sous lo nom d'Amelgard, dans leur Amjrtiss. coll., t. IV, col. 741 et suiv., en y comprenant la mort de Louis de Bourbon, en 1483, et les événements dont Maestricht Ait alors le théâtre.
oculaire et animé. « Cependant., dit M. Quicherat, ce n'est pas un témoin auquel on doive s'abandonner. Ses écrits historiques le placent derrière Philippe de Gommines et derrière Georges Chastelain, au-dessus de ces chroniqueurs par le sentiment, au-dessous d'eux pour la sûreté de l'information. »
Jacques Piccolomini (1) (mort en 1479), cardinal de Pavie, homme très savant, écrivit en plusieurs livres, des Rerum suo tempore geslarum commentarii, contenant le récit des événements qui se passèrent en Europe pendant les années 1464 à 1469 (2). La relation de la prise de Liège figure dans le livre IV ; elle a été reproduite par Chapeauville en 1616 (3), par Struvius en 1717 (4), et par de Ram en 1844 (5). Elle est très courte, mais présente
(1) Son véritable nom était Ammanati. Ce fut le pape Pie II, son protecteur, qui, par une espèce d'adoption, lui fit prendre son propre nom de famille. Voy. Namèche, Cours cThist. nation., VII,
(2) Imprimés à Milan en 1506, puis à Francfort, en 1614, avec les Commentaires d'yEneas Sylvius.
(3) Gesta pontificum leodiensium, tome III, pages 175 à 185, sous ce titre : De Caroli Burgundi expeditione contra Leodienses etcivitatis deprœdatione, etc.
(4) Rerum Germanicarum scriptores varii de bibliotheca Freheri, Argentorati, tome II, pages 271 et suiv., sous ce titre : De Leodiensium dissidio cum episcopo suo Ludovico Borbonio et de Leodii civitatis excidio.
(5) Documents relatifs aux troubles du pays de Liège sous les princes-évêques Jean de Rome et Louis de Bourbon, Bruxelles, 1844, in-4°, pages 371 à 382, sous ce titre : De expugnatione leodiensi.
un intérêt particulier en ce qu'elle met, avec autorité, le public au courant des relations du Saint- Siège avec tous les partis. Quant auxfaits eux-mêmes, on s'aperçoit aisément que l'auteur en a puisé une bonne partie clans les Rapports du légat Onufrius (1).
Angélus de Gurribus Sabinis (mort entre 1471 et 1500), était un poète renommé de Viterbe. Onufrius s'étant décidé à présenter au pape Paul II un mémoire justificatif de sa conduite, lui demanda de faire son apologie (2). Ange y consentit et écrivit, sous l'inspiration du légat, un véritable poème épique en six livres, comprenant près de six mille vers alexandrins, que Martène et Durand publièrent sous le titre de Angeli de Curribus Sabinis, poetœ laureati, de excidio civitalis Leodiensis libri sex (3). Nous raconterons plus loin les péripéties qu'a
(1) Voyez Bouille, Hist. de Liège, t. II, p. 163. Piccolomini considère ces événements comme une leçon pour le St-Siége. Il en donne le récit « quo nostris pontificibus esse documento possit quantum sseculi principibus oporteat credi quantumque adhiberi curse conveniat ne iis pastores plebibus dentur quorum vel setate vel ambitione offeratur. »
(2) « Accivit ex omni Italia doctissimum poetam Angelum Viterbiensem, qui heroïco carminé rem omnem ab egressu urbis luculenter perscriberet. » (Herbenus, dans de Ram, op. cit., p. 361).
(3) Amplissima collectio, tome IV, col. 1380 à 1500, d'après un manuscrit du baron de Crassier. M. de Villenfagne, dans ses Mélanges historiques et littéraires, Liège, 1810, pp. 338 à 379, en a donné une mauvaise analyse que M. de Ram a reproduite clans ses Documents, etc., pp. 235 à 260. Ce dernier eut fait cbose plus utile en publiant une traduction complète de ce poëme qui, en bien des endroits, est d'une intelligence difficile.
subies ce poème. Au même titre que les Rapports du légat, avec lesquels, du reste, il se rencontre et se confond, pour ainsi dire, en bien des endroits, ce poëme est pour nous du plus haut intérêt. 11 l'est même pour les faits étrangers à l'histoire de Liège, notamment pour ceux du règne de Charles le Téméraire. Malheureusement, l'intervention du merveilleux, qu'il emprunte au paganisme, les longs discours et les longues descriptions poétiques en rendent la lecture fatigante (i).
Matthias Herbenus (mort vers 1505 ?), écolàtre de Saint-Servais, à Maestricht, fut attaché à la personne d'Onufrius après le retour du légat à Rome, et devint le collaborateur du poëte de Viterbe (2). C'était un homme très instruit (3). Comme nous le verrons plus loin, c'est grâce à lui que l'œuvre d'Ange est arrivée jusqu'à nous. Il composa en vers un argument pour chacun des six livres du poëme, et en fit faire plusieurs copies qu'il adressa à différents personnages, entre autres à Henri de Rerghes, évoque de Cambrai (1480-1502).
(i) Le manuscrit n° 1675 de la bibliothèque du Vatican contient, au folio 173, les Leodinœ historiœ d'Ange de Viterbe (Voyez les Bulletins de la Commission royale d'histoire, 2e série, tome X, p. 30).
(2) «Usus est autem vicissim mea opéra in hoc labore legatus » (Herbenus dans de Ram, Documents, etc., p. 361. Cf. ibidem, introduction, p. XVI.
(3) Il composa, en vers latins, une histoire des miracles de St Servais, et un traité De origine rebusque gestis Trajectensinm ad Mosam, qui sont restés inédits. Cf. Foppens, Bibliotheca belgica, p. 867.