XVI II
En tète ligure une épitre dédicatoire dans laquelle il raconte brièvement le sac de Liège; elle est surtout précieuse à cause des renseignements qu'il nous donne sur la personne du légat. M. de Ram l'a publiée sous ce titre : Epistola dedicatoria quœ poemati de vasiationc leodiensi in codice cameracensi prœflgitur (1).
Jean Peecks (mort en 1516), est connu sous le nom de Jean de Looz parce qu'il était né dans cette petite ville. Il avait onze ans lorsque survinrent les événements de 1408. Il passa huit mois à Liège, en 1466, et y revint un instant l'année suivante. En 1477, il se fit moine à l'abbaye de Saint-Laurent, dont il fut nommé abbé en 1508. Etant simple moine, il avait fait l'histoire de son monastère. Mais plus tard, il remania son travail qui devint une histoire très étendue et très détaillée des événements dont le Brabant et le pays de Liège en particulier avaient été le théâtre pendant sa vie. M. de Ram a publié son œuvre sous ce titre : Joannis de Los, abbatis Sancti Laurentii prope Leodium, chronicon rerum gestarum ab anno 1455 ad annum 1514 (2). Peecks ne nous dit pas où il puisait
(1) Documents, etc., pages 356 à 362. Une autre copie était dédiée à Lambert d'Oupée,trélbncier de St- Lambert (1503 à 1515), chanoine de St-Servais à Maestricbt, chancelier de l'évêque de Liège, secrétaire du cardinal Julien de Caesarinis et commensal d'Alexandre VI (Cf. de Theux, le Chapitre de St-Lambert à Liège, t. III, p. 5). Voyez le Bulletin du bibliophile belge, t. I. p. 265.
(2) Documents, etc., p. 3 à 132. Ce qui concerne les expéditions de Charles de Bourgogne contre les Liégeois occupe les pages
ses renseignements, mais ce qui est certain, c'est qu'ils proviennent de bonne source. Sa haute position le mettait à même d'être bien informé. On voit qu'il ne négligea rien pour cela, car sa grande préoccupation est d'être exact pour les dates et les noms propres, et complet dans les plus minimes détails. Son exposition est claire et méthodique, sa chronologie sûre, ses renseignements sont certains. Sa chronique est, après celle d'Adrien du Vieux- Bois, la meilleure et la plus riche que nous possédions pour cette époque.
Henri Van der Heyden ou de Merica (mort en 1479). était prieur du couvent de Bethléem, près de Louvain ; il avait 48 ans en 1468. Immédiatement après le sac de Liège, plusieurs membres du clergé liégeois vinrent se réfugier dans son monastère. « Louvain, dit M. de Ram (i), devint, en quelque sorte, le refuge de tous ceux qui restèrent fidèles à la cause de Louis de Bourbon. » On lui demanda de recueillir tout ce qu'il entendait raconter sur ce fait et d'en composer une relation ; c'est ainsi qu'il écrivit sa Comjiendiosa hisioria de cladibus Leodiensium, qui a été publiée par M. de Ram (2). Comme il tenait ses renseignements de témoins oculaires, son œuvre est originale, véridique, et
22 à 63. Cf. ibidem, introduction, p. ni. Jean Peecks s'occupait aussi de peinture. Voy. Helbig, Histoire de la peinture aie pays de Liège, p. 77. Cf. de Theux, Nouveaux mélanges de Vi/lenfagne, p. 146.
(1) Documents, etc., introduction, p. xi.
(2) Documents, etc., p. 135 à 183.
contient çà et là quelques faits qui ont échappé aux autres chroniqueurs. Malheureusement, Van der Heyden a plutôt voulu faire œuvre de style qu'oeuvre d'histoire ; il néglige les dates, sacrifie la pensée à la phrase et s'adonne à la déclamation. C'est une amplification de rhétorique.
Theodoricus Pauli ou Franconis (mort vers 1490 ?), vice-doyen du chapitre de Saint-Martin à Gorcum, avait 52 ans lors du sac de Liège en 1468. Il avait la manie d'écrire (i). Ayant eu l'occasion de voir un garde du corps de Charles le Téméraire, nommé Jacques Deyn, qui avait accompagné ce prince dans toutes ses expéditions contre les Liégeois,il se les fit raconter (2) et en composa un récit que M. de llam a publié sous ce titre : Historia de cladibus Leodiensium, 1465-1408 (3). S'il s'était borné à nous soumettre ce que lui racontait Jacques Deyn, il eut fait un travail utile. Mais nous ne pouvons admettre que l'homme d'armes ait retenu avec une telle précision les noms, les faits et les dates, et il n'est pas douteux que Pauli, donnant carrière à son imagination, n'ait ajouté à son récit une foule de particularités de son cru. Il nous présente les faits
(1) Il a écrit une Histoire universelle. Voy. de Ram, Documents, etc., introduction, p. xv.
(2) « Hue usque certificatum est ab honesto viro Jacobo Deyn... qui omnia praedicta fere vidit et semper in omnibus prsesens fuit; et is Tbeodorico Pauli alias Franconis, canonico in Gorchein, petitione aliquorum honestorum, sub omni fide enarravit. « {Ibich, p. 231).
(3) Documents, etc., p. 185 à 232.
tels qu'il lui semble qu'ils ont dû se passer. Par ses phrases inutiles, ses répétitions, ses détails oiseux, on voit qu'il se préoccupait beaucoup plus de sa réputation littéraire que de sa responsabilité d'historien. Son Historia ne nous inspire aucune confiance.
Georges Chastelain (mort en 1475), dit YAclventureux, entra tout jeune au service de Philippe le Bon et, jusqu'à l'âge de 32 ans, combattit sous sa bannière. De 1435 à 1445 il habita la France, où il fréquenta la cour. Il revint ensuite auprès de son maître, qui l'honora de sa confiance et le chargea souvent de missions importantes. Il avait 51 ans lorsque, en 1454, il quitta le service militaire pour se retirer à Valenciennes, avec le titre de chroniqueur de la maison de Bourgogne. C'est là qu'il écrivit ses Mémoires, embrassant les années 1419 à 1470, et qui jouissent, à juste titre, d'une grande autorité. Loyal, impartial, zélé pour la vérité jusqu'à l'imprudence, Chastelain est, en outre, dignecle toute confiance parce qu'il avait été lui-même témoin d'un grand nombre de faits et qu'il tient les autres des principaux personnages de son temps avec lesquels il était en relation, ou les appuie sur des documents officiels qui lui ont été communiqués. Avec une grande expérience des hommes et des choses, il envisage les faits de haut et tâche de faire voir leur enchaînement. A côté de cela, il ne néglige pas les détails et a soin d'indiquer les dates et les noms propres. En un mot, ce n'est pas une chronique, mais une histoire. Malheureuse-
ment, son ouvrage est perdu en partie, et, pour ce qui regarde Liège, les faits des années 1466 et 1468, manquent presque complètement (1).
Jacques du Clercq (mort après 1467), écuyer, licencié en droit, était conseiller et avocat de Philippe le Bon. En 1448, n'étant encore âgé que de 28 ans, il se fixa à Arras, sa ville natale, et commença à écrire les événements de son temps, en compilant les chroniques contemporaines. Cependant, il y ajoute assez fréquemment des renseignements inédits qu'il devait à ses relations personnelles. Il déclare, du reste, qu'il s'est enquis du mieux qu'il a pu. Son récit, en eiîet, abonde en détails intéressants et on peut se fier à son exactitude. Mais s'il est de bonne foi, simple, franc, véridique, il est froid et décoloré. Ses Mémoires embrassent les années 1448 à!467, car ils s'arrêtent à la mort de Philippe le Bon (2).
Jean de Troyes (mort après 1483), greffier de l'hôtel de ville de Paris, avait 35 ans lorsqu'il se mit à écrire, sous forme de journal, les Choses advenuesau royaulmede France etaultres royaulmes
(1) Edition de M. le baron Kervyn de Lettenhove, Bruxelles, 1863. Ce qui concerne Liège n'occupe que quelques chapitres de la lre partie du livre VII ; t. V, pp. 307, 315, 319 à 360.
(2) Ses Mémoires ont été publiés par M. le baron de Reiffenberg, Bruxelles, 1835. Ce qui concerne Liège se trouve dans le livre V, chapitres 45, 47, 51, 54, 56 à 64. M. Polain cite Jean du Clercq et, en même temps, Monstrelet, qui mourut en 1453. Matthieu de Coucy, continuateur de Monstrelet, s'arrête luimême en 1461. (Voy. Buchon, Coll., XXXV, XXXVI). M. du Fresne de Beaucourt a donné une édition de Coucv en 1863.
voisins, ainsi qu'il a pu s'en souvenir. Son œuvre, publiée sous le titre de Chronique de Louis XI de Valois ou de Chronique scandaleuse, embrasse les années 1460 à 1483 (1). L'auteur est un bon bourgeois, peu initié à la politique, et qui expose naïvement, en gros et sans malice, les événements de son temps, sans les juger, sans s'inquiéter de rechercher le pourquoi et le comment des choses. « L'intérêt de ses Mémoires consiste bien moins dans les faits politiques que dans la peinture des mœurs contemporaines et le récit de curieuses anecdotes (2). » Il dit peu de chose des expéditions contre les Liégeois, mais ce peu est à noter comme un écho de l'opinion publique en France.
Robert Gaguin (mort en 1501), ministre général de l'ordre des Trinitaires en France, était un homme d'une grande science. Louis XI, Charles VIII et Louis XII lui confièrent tour à tour plusieurs missions importantes à l'étranger. Chargé de la garde de la Bibliothèque royale de Paris, il acheta un grand nombre de manuscrits précieux (3), ce qui le mit à même d'être bien renseigné. Aussi ses Annales ou Compendium super origine et gestis Francorum a Pharamundo usque ad annum 1491, furent-ils estimés ; ils eurent vingt-deux éditions
(1) Cette chronique a eu seize éditions. La plus récente se trouve clans la Nouvelle collection des mémoires de Michaud et Poujoulat, lre série, t. IV, pp. 241 à 351. Ce qui concerne Liège se trouve aux pages 271, 276, 277, 281, 283, 288, 289.
(2) Ibidem, p. 243.
(3) 11 cite des volumes d'Origène provenant de Dinant.
et huit traductions dans le courant du seizième siècle, mais n'ont plus été imprimés depuis. C'est une œuvre originale pour ce qui regarde la seconde moitié du quinzième siècle, et quoique ce qu'il dit des expéditions contre les Liégeois ne soit guère important, encore faut-il en tenir compte (i).
Adrien de But ou de Saeftinghe (mort en 1488), prieur, puis portier de l'abbaye des Dunes, écrivit vers l'an 1480 un Supplementum chronici magistri JEgiclii cl Roya et Bartholomœi de Beca, religiosorum Dunensium, de 1463 à 1468, avec lacunes, que M. de Ram a publié (2). Il parle des démêlés des Liégeois avec le duc de Bourgogne en 1465 et 1466 ; mais ce ne sont que des fragments ; il y rapporte notamment quelques poésies touchant la destruction de Dinant(3).
(1) Ces expéditions se trouvent dans le livre X, drap. VII à XI, p. 253, 255 et 259 de l'édit. de Francfort, 1577.
(2) Documents, etc., pp. 362 à 371.
(3) Je ne cite que pour mémoire d'autres poésies contemporaines, françaises et latines, relatives à la destruction de Dinant et de Liège : Bartholomœi Leodiensis carmen de guerra leodina et de direptione urbis dionantensis (dans de Ram, 1. c, pp. 261- 290) ; La correction des Liégeois (ibid., pp. 291-304) ; La complainte de la Cité de Liège (ibid., pp. 325, 334) ; La complainte de Dinant (ibid., pp. 335-345). Ce ne sont que des dythirambes en l'honneur des ducs de Bourgogne, et qui n'apprennent rien pour l'histoire. — Notons en passant que M. de Rama eu tort, selon nous, de faire figurer dans son recueil des pièces concernant la bataille d'Othée, en 1408 (ibid., pp. 304-325). — On peut en dire autant d'une Epistola incerti auctoris de Caroli Burgundiœ ducis laudibus et victoriis, necnon Leodiensium clade et excidio a. 1468,qui se trouve dans Freher, Script, rerum German, éd. Struve, t. II, p. 278.
Paul Emile ou Paolo Emilio (mort en 1529), était un italien qui se lixa en France sous Charles VIII, et devint chanoine de Vérone et de Paris. Il portait le titre de chroniqueur du roi, et fut chargé d'écrire l'histoire de France « dans le style de l'antiquité. » Son livre De rébus gestis Francorum usque ad annum 1488 libri deeem a été souvent imprimé à Paris, de même qu'une traduction, dans les seizième et dix-septième siècles. Il cite Philippe de Gommines dans sa relation des expéditions contre les Liégeois (i).
Nauclerus (mort vers 1510) est un surnom donné à Jean, chevalier de Vergen, prévôt de l'église de Tubingue, puis chancelier de l'université de cette ville. Il a écrit un précieux Chronicon universelle ou Memorabilium omnis œtatis et omnium gentium chronicon commentarii, qui s'arrête à l'an 1500. On v trouve une courte relation du sac de Liège qui semble rédigée d'après des rapports verbaux. Cependant il l'ait mention de Robert Gaguin (2).
Tritheim (mort en 1510), peut être considéré comme le dernier historien contemporain des expéditions de Charles contre les Liégeois, car il naquit en 1462 à Trithenheim (d'où son nom), près de Trêves ; il était fils du chevalier Jean Heidenberg. Ce savant homme devint abbé du monastère
(1) Ce qui concerne Liège occupe les pages 485 à 488 de l'édition de Paris, 1548.
(2) Qeneratio XLIX, pp. 491 à 493 du tome II do redit, de Cologne, 1564.
de Spanlieim, puis de celai de St-Jacques à Wurzbourg. Il écrivit beaucoup d'ouvrages, entre autres sonimportant Chronicon Hirsaug iense ou Annalium Hirsaug iensium tomi duo, compleclentes historiam Franciœ et Germaniœ, g esta imperatorum , etc., embrassant les années 830 à 1514. Il est sincère mais crédule, et manque de critique. Il fit, en 1495, la connaissance de Matthias Herbenus, à Spanheim, et c'est probablement de lui qu'il tenait les détails qu'il donne sur la prise de Liège en 1468 (t).
Telles sont les chroniques, relations, etc., dues à des écrivains contemporains, qui traitent, ex professo ou incidemment, de la lutte des Liégeois contre la maison de Bourgogne (2). Elles sont nombreuses, et si l'on y ajoute un genre de documents plus authentique encore, à savoir les chartes, les traités et autres actes publics (3), on conviendra
(1) Joannis Trithemii... annales Hirsaugienses, Monasterii S. Galli, 1690, tome II, pp. 459 à 467.
(2) Je n'ai pas fait mention du Chronicon magnum Belgicum, qui s'arrête à l'année 1474, parce qu'il n'est qu'une compilation de sources connues (Voy. Potthast, Bibl. hist. medii cevi, p. 207).
(3) En voici une brève énumération : 1° Soixante dix-neuf lettres et autres documents relatifs aux expéditions de Charles contre Dinant et Liège, du 16 juil. 1465 au 2 mai 1468 (Gachard, Docum. inédits, etc., t. II, pp. 197 à 498. Cf. Idem, Analectes, etc., pp. 7 à 14).
2° Soixante et onze lettres, etc., du 1er mai 1465 au 17 sep. 1466 (S. Bormans, Cartulaire de Dinant, t. II, pp. 87 à 297).
3° Vingt-six lettres, bulles, traités, etc., du 29 oct. 1461 au 21 oct. 1469 (de Ram, Documents, pp. 484 à 597).
qu'il est peu d'épisodes de nos annales sur lesquels nous possédions autant de sources diverses. Aussi, depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, les écrivains n'ont-ils pas manqué pour exploiter cette mine féconde. On en jugera par la liste sommaire des principaux d'entre eux que je fais suivre ici, et dans laquelle ils sont rangés suivant l'ordre des temps où ils ont vécu :
Jacques Meyer (né en 1491), Commentarii sive Annales rerum Flandricarum libri 17. Anvers, 1561, loi. 337 v° à 347 passim.
Guillaume Paradin (né vers 1510), Les Annales de Bourg ogne, de 378 à 1482. Lyon, 1566, pp. 936 à 938 (1).
4" Vingt et une lettres, mandements, etc., du duc Charles, du 27 juil. 1467 au 30 oct. 1468 (Gachard, Doc. inéd., t. I, pp. 154 à 168, 178 à 192, 196 à 201).
5° Quatorze traités,etc , du 22 avril 1465 au 16 mars 1468 (Bonmans, Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, lre série, pp. 586 à 615).
6° Quatre lettres de la ville de Liège à Louis XI, etc., du 15 juil. au 19 août 1467 (M. Gachard, dans les Bulletins de la commission royale d'histoire, 2e série, t. VIII, pp. 98 à 103).
7° Liste des objets enlevés de Liège en 1468 par les soldats de Charles le Téméraire, publiée par S. Bormans, dans les Bull, de VInstitut archéol. liégeois, t. VIII, pp. 181 à 207.
8° Analyses de vingt chartes, du 8 oct. 1464 au 10 sept. 1469 (Schoonbroodt, Inventaire des chartes du chapitre de St-Lambert, à Liège, pp. 329 à 343).
9° Analyses de huit documents, du 9 sept. 1466 au 21 oct. 1469, dans de Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, édit. de M. Gachard, t. II, p. 726.
(i) M. le baron Adrien Wittert a cité un curieux passage de ce livre dans Le» preux et la gravure à Liège en 1444, p. 2o. Paradin paraît avoir visité Liège qu'il compare une fois à Lyon, une autre fois à Rouen.
XXYIII
Suffridus Pétri (i) (né en 1527), Gesta pontificum Leodiens. a Joanne de Bavaria usque ad Erardum a Marcha (1390 à 1505), dans Chapeaville, Gesta pontif. leod., t. III, pp. 14 à 190.
Pontus Heuterus (né en 1535), Rerum Burgundicarum libri sex. La Haye, 1639, livre V, chap. III et IV, édit. de Louvain, 1649, pp. 126 à 130 (2).
Brusthem (mort en 1549), chronique liégeoise en latin, s'anvtant à l'année 1544. Inédite (Cf. ci-dessus Anonyme, p. xi, et voy. de Theux, Nouveaux mélanges de Villenfagne, pp. 146 à 149).
Fisen (mort en 1649), Historiarum ecclesiœ leodiensis partes duœ, Liège, 1696, 2e partie, pp. 233 à 277.
Mélart, L'histoire de la ville et ehasteau de Huy, 1641, pp. 24G à 268.
Foullon (mort en 1669), Historia leodiensis, etc., Liège, 1735, t. II, pp. 64 à 140.
(Abry), Recueil héraldique des bourgmestres de la noble Cité de Liège, 1720, pp. 165 à 182, passim. (3).
Bouille, Histoire de la ville et pays de Liège, 1725, t. II, pp. 74 à 163.
Duclos ou Charles Pineau (mort en 1772), Histoire de Louis XI. La Haye, 1745, t. I, pp. 379, 381 à 397.
Jaeger, Geschichte Caris des Riihnen. Nur., 1797.
Dewez, Histoire du pays de Liège, 1822, t. II, pp. 21 à 75.
Villenfagne, Recherches sur V histoire de la ci-devant principauté de Liège, 1817, t. II, pp. 60 à 62.
De Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, 1824, tome II,
[i) Cet auteur, qui s'appelait Sjurd Peeters, n'a fait que traduire Philippe de Commincs (Voy. NÈVE, Relations de Suffridus Pétri avec tuniversitè de Louvain, Louvain, 1848).
(2) Dans son livre VI, Heuterus dit qu'Arnold de Wachtendonck l'a aidé dans ses recherches. Ce savant liégeois, mort en 1605, avait, paraît-il , étudié d'une manière toute particulière lesévènements du règne de Louis de Bourbon. Son frère Herman avait composé un Supplément à la vie de ce prince — imprimé ou manuscrit, je ne sais, — qui est cité par M. de Gerlache, p. 279 de son Histoire, mais que je n'ai jamais rencontré.
(5) Je crois avoir prouvé qu'Abry est le véritable auteur de ce livre, attribué jusqu'à ce moment au jurisconsulte Lovons (Voy. Le Bibliophile helge, t. II, 1867, p. 270).
pp. 253 à 325 passim, de l'édit. de M. Gachard. (Cf. de Gerlache, p. 248, note.)
B(ov)y, Promenades historiques clans le pays de Liège, 1838, t, I, pp. 13 à 32.
Polaln, Histoire de V ancien pays de Liège, 1844, t. II, pp. 296 à 388.
Freeman, Charles the Bold, dans les Select historical Essays,
A. Borgnet, Sac de Binant par Charles le Téméraire, 1853, dans les Annales de la Soc. archéol. de Namur, t. III, pp. 1 à 92, avec documents.
De Gerlache, Histoire de Liège, 1859, t. IV des Œuvres complètes, pp. 212 à 300 (1).
Ed. Garnier, Louis de Bourbon, évêque-prince de Liège, Paris, 1860, in-8°.
John Foster Kirck, Histoire de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Trad. de l'anglais par Ch. Flor O'Squarr, 1866, 3 volumes.
Polain, Liège et Bourgogne ou les six cents Franchimontois, dans les Récits histor. de Vanc.pays de Liège, 1866, pp. 243 à 265.
A.-J. Namèche, Cours d'histoire nationale, t. VII, 1867, pp. 456 à 578 passim.
P. Henrard, Les campagnes de Charles le Téméraire contre les Liégeois, dans le Bull, de VAcad. d 'archéol. de Belg., 2e série, t, XIII, 1867, pp. 581 à 678.
Henaux, Histoire du pays de Liège, 1875, t. II, pp. 77 à 182.
P. Fredericq, Essai sur le rôle politique et social des ducs de Bourgogne dans les Pays-Bas, 1875, pp. 17, 20, 21.
Baron Jules de Chestret de Haneffe, Jean de Wilde, étude sur un chef liégeois du XVe siècle, dans le Bull, de l'Institut archéol. liég., t. XIII, 1877, pp. 1 et suiv.
Malgré le grand nombre de ces écrits, tout n'est pas dit encore sur le terrible conflit qui amena, en 1468, la destruction de Liège. La monographie de M. Borgnet sur le sac de Dinant, et l'étude de
(i) M. de Gerlache avait, antérieurement, publié une étude intitulée : Révolutions de Liège sous Louis de Bourbon, Bruxelles, 1831, in-8n.
M. Henrard sur l'ensemble des campagnes de Charles le Téméraire contre les Liégeois, sont les travaux les plus complets et les plus approfondis qui aient paru jusqu'à présent sur les événements qui nous occupent. Mais leurs auteurs n'ont pu consulter toutes les sources, dont quelques-unes leur étaient difficilement accessibles, d'autres complètement inconnues. Une des plus importantes parmi les premières est, sans contredit, la relation de l'évêque de Tricaria, Onufrius, dont nous publions aujourd'hui la substance. Mais voyons d'abord ce que les écrivains nous apprennent sur la vie de ce légat et sur sa mission à Liège.
Onufrius ou Honophrius, évèque de Tricaria dans la Basilicate, était romain de naissance et appartenait à la noble famille de Sancta-Cruce (1). Un digne prêtre, Matthias Herbenus, qui fut longtemps attaché à sa personne, nous apprend que les dons du corps et de l'esprit ne lui avaient pas été ménagés (2) et, de son côté, Ughelli affirme qu'il jouissait d'une grande réputation de savoir (?.). Il
(1) « Ex ea familia quae vulgo Sanctae-Crucis nuncupatur » (Herbenus, dans de Ram, Documents, etc., p. 357). « Honufrius, Tricaricensis prsesul, homo romanns, in familia locupleti quse Sanctse-Crucis dicitur » (Piccolomini, ibid., p. 373). « Meminit Honufrii Carolus Chartarius in advocatorum consistorialium lib. in Petro Sanctacrucio, p. 15, nbi uberiori calamo hujus gentis nobilissimse viros egregios recensait ad satietatem * (Ughelli, cité par de Ram, ibid., p. xvn). Cf. Ange de Viterbe, dans VAmpliss. coll., t. IV, col. 1401.
(•2) « Pluribns animi et corporis dotibus ornatus » (Herbenus, ibid.).
(3) « Egregiam Honufrii doctrinam et ernditionem memorat
devait aussi être très habile en affaires et doué d'un grand esprit de conciliation, car le pape Pie II l'ayant envoyé en qualité de légat à Mayence, pour apaiser des débats qui avaient fait couler le sang dans l'archevêché, il accomplit sa mission à la satisfaction générale (1).
Depuis plusieurs années (1456) , des troubles violents déchiraient la principauté et surtout la ville de Liège qui était en guerre ouverte avec son évêque, Louis de Bourbon, neveu du duc Philippe de Bourgogne (2). Pour punir des sujets trop peu soumis à son gré, il avait jeté l'interdit sur la Cité, — 29 octobre 1461 (3) — et quitté sa capitale. Un
Fantinus Valeressus, Jaderensis archiepiscopus, iu epistola ad eumdeni scripta 11 Kal. decemb. a0 1462. » (Texte cité par M. de Ram, ibid., p. xvn).
(1) « Quem Pius ^neas Belgarum niisit ad oras Atque Moguntiacum, ut Dieteruni forte rebellem Pontiflci Latio, et Fredericum conciliaret Ductorem belli. »
(Ange de Viterbe, col. 1401).
Onufrius arriva à Mayence en octobre 1463 à l'effet de conclure la paix entre Diether d'Isenburg et Adolphe II de Nassau, compétiteurs pour le siège de Mayence, et afin de relever Diether, ainsi que ses alliés, entre autres le comte palatin Frédéric le Victorieux, de l'excommunication. Cette paix fut conclue par Onufrius et Ferrici, le 28 octobre 1463, à Francfort sur le Mein (Helwich, De dissiclio Moguntino in Joannis Scriptores rerum Moguntin., t. II, pp. 193-194).
(2) Piccolomini, qui était bien au courant des faits, déclare que Louis ne fut agréé par le pape qu'à la suite de la promesse que Philippe le Bon lui fit d'un secours contre les Turcs (dans de Ram, p. 372).
(3) Voir l'acte dans de Ram, op. cit., p. 484. Pie II confirma cet interdit le 1er mai 1462 {Ibid., 503).
légat, Pierre Ferrici, envoyé en 1463 (1) pour rétablir l'union, ne put y parvenir, et même les choses s'envenimèrent à ce point que, le 22 mars 4465, les Liégeois prononcèrent la déchéance de leur évêque (2). Les Bourguignons envahirent alors la principauté et, le 20 octobre, battirent les milices liégeoises àMontenaken. Le pape, auquel les deux partis avaient eu recours, ne savait trop que faire, et il ne fallut rien moins que la promesse d'un secours contre les Turcs, que lui fit le duc de Bourgogne, pour faire cesser ses hésitations : par une sentence du 23 décembre 1465, il se prononça en sa faveur et donna tous les torts aux Liégeois (3). Mais entretemps, Louis XI, roi de France, ce cauteleux ennemi du duc de Bourgogne, avait, le 17 juin 1465, conclu une alliance avec les Liégeois, et entretenait soigneusement dans la Cité l'esprit de révolte ; aussi toutes les tentatives d'accommodement restèrent-elles inutiles. Le 28 octobre 1467, les Bourguignons infligèrent aux Liégeois une seconde et sanglante défaite à Brusthem. Raes de Heers, le chef du parti hostile à l'évêque, hors d'état de continuer la lutte, quitta Liège à la tête de plu-
(1) Le bref est daté du 12 janvier (voy. de Ram, p. 512). Ferrici arriva le 31 mars à Aix-la-Chapelle (Adrien dans YAmpliss.coll., IV, 1258). Il se transporta à Trêves pour prononcer sa sentence, le 10 septembre 1464.
(2) Adrien, dans YAmpliss. coll., IV, 1267-1270. Cependant, par un bref du 6 mars 1465, adressée Louis de Bourbon, Paul II avait suspendu pour quatre mois l'interdit,en vue d'arriver à un arrangement.
(3) Sur la Pauline, voy. de Gerlache, Hist. de Liège, p. 222.
sieurs milliers de ses partisans, tandis que Charles de Bourgogne entrait en maître dans la Cité, le 17 novembre, en compagnie de Bourbon (î). Par sa célèbre et cruelle sentence du 18, le duc dépouilla les Liégeois de toutes leurs anciennes institutions, ordonna la démolition de leurs murailles, et bannit à perpétuité les bourgeois qui avaient suivi Raes de Heers.
Courbés sous le joug, les Liégeois réclamèrent l'intervention du pape pour obtenir un adoucissement à leur sort, et notamment la levée de l'interdit (2). Cédant à leurs instances, Paul II assembla en 1468 un consistoire et proposa d'envoyer à Liège un légat muni de pleins pouvoirs pour réconcilier le prince avec ses sujets. Les qualités éminentes d'Onufrius et le succès de sa première mission le désignèrent au choix des cardinaux (3). D'abord il voulut refuser, et ne céda enfin que sur les vives instances du pape.
(1) Voyez dans Gachard, Collection de documents inédits, t. I, pp. 154-182, les lettres de Charles le Téméraire au magistrat d'Ypres touchant sa campagne contre les Liégeois en 1467.
(2) Jean de Looz, dans de Ram, Documents, p. 56.
(:i) - Honuirius huic difficillimo negotio idoneus judicatus est « (Herbenus, ibid.,\). 357).
- Nemo tam melior nec cernitur aptior ullus In Latio quam sit reverendus Honophrius urbe Nomine Tricarius, nunc digaus episcopus, alta Virtute et morum cultu majora meretur, Publicolse Valeri proies ab origine longa, Ingenio velox et relligione timendus, Consilio sapiens ; non est moderatior alter Quique est multorum mores expertus et urbes ;
Dans les derniers jours du mois de mars, Onufrius écrivit à Liège pour annoncer vers le 10 avril son arrivée à Cologne, et son intention de se rendre, de là, directement à son poste. Mais son voyage subit des retards, et il n'atteignit Cologne qu'après la date fixée (î). Il y trouva des envoyés liégeois avec leur suite (2) : l'évèque avait député son chancelier Herman, le chapitre de S'-Lambert Jean de Quercu, et les églises secondaires Jean de Straile, doyen de S'-Martin, qui tous, lui firent escorte, par Juliers et Aix-la-Chapelle (3), jusqu'à Maestricht. Après y avoir vénéré les reliques de S1 Servais, il s'embarqua pour remonter la Meuse jusqu'à Jupille, où une foule immense, accourue de Liège, l'accueillit avec de grandes démonstrations de joie, et l'accompagna en triomphe jusqu'au couvent des Chartreux. C'était un jeudi, 28 avril (4).
Non illum fallit legum veneranda sacrarum Majestas, non hune fallunt civilia jura, etc. » (Ange deViterbe, col. 1400-1401).
"... Nullum meliorem unoorefatetur. « (Idem, col. 1403).
(1) Adrien, col. 1326. Ange de Viterbe, col. 1404, décrit tout au long son voyage et nomme les villes par où il passa.
(2) " Ad hune cum Agrippinam Coloniam maturato itinere pervenisset, Leodiensis legatio adventus hujus prsescia accessit, summis obsecrationibus petens ut, quanto posset celerius, Leodium properaret,reliquiasque dispuisse plebis,redditis sacris, consolaretur » (Piccolomini, p. 373).
(3) Selon Piccolomini, il s'arrêta quelques jours dans cette dernière ville pour s'assurer que l'évèque et le peuple étaient disposés à bien recevoir les avertissements du Saint-Siège.
(4) Jean de Looz, p. 56. Selon Adrien, col. 1326 (les col. 1325 et
Le lendemain, l'évêquelui rendit visite ainsi que plusieurs autres personnes ; le père carme Robert et Alexandre Bérard, échevin, lurent des discours qui nous ont été transmis en vers alexandrins par le poète de Viterbe (1). Puis Louis de Bourbon lui adressa quelques paroles pleines de bons sentiments pour son peuple. Le légat répondit à tous avec bienveillance (2), et après s'être entretenu avec eux des difficultés de la situation, prit de commun accord avec eux des arrangements pour la levée de l'interdit (3). Le samedi, Onufrius s'avança jusqu'au pont d'Amercœur (4), où le clergé de toutes les
1326 sont en double), ce fut le 27, et l'évêque s'étant porté à la rencontre du légat, le conduisit chez les Chartreux. Ange de Viteriïe, col. 1-106 , et Piccolomini, p. 374, disent la même chose.
(1) Ampliss. coll., col. 140Get 1407.
(2) <• Detur niihi tanta facilitas
Ut valeam inter vos omnes componere lites. « (Ange de Viterbe, col. 1408).
(:h) « Nos interdictum, cum mœnia vestra petemus, Solvemus certa sub conditione, deinde.
Si meritum est vestrum, penitus delebimus illud. •• (Ange de Viterbe, col. 1408).
D'après cet auteur, col. 1408-1409, il semble que cela se serait passé le jour même de l'arrivée du légat. Il décrit l'entrevue dans tous ses détails et dit qu'Onufrius demanda ensuite un cheval pour se rendre à l'entrée de la ville. Il affirme, cependant, qu'il passa deux nuits chez les Chartreux (col. 1406).
(4) Là se trouvait une des portes de la ville. Le texte de Jean de Looz, p. 56, porte Aurati corclis au lieu de Amari cor dis. Ange de Viterbe dit : « conscendit pario orator de marmore pontem, h ce que de Villenfagne traduit erronément par le pont des Arches (Mélanges cités, p. 353).
églises de la Cité s'était rendu processionnellement. Arrivé sous la porte de la ville, il leva provisoirement l'interdit, et, montant à cheval, il fut, au son des cloches et aux acclamations joyeuses du peuple tout entier, conduit par Louis de Bourbon à la cathédrale de S'-Lambert, qu'il réconcilia (i). Après le Te Deum et la bénédiction, on le mena en grande pompe à l'abbaye de S'-Jacques, où des appartements lui avaient été préparés.
Le 1P1 mai, il assista, dans les formes de la cathédrale (2), à la première messe de Louis de Bourbon qui, à genoux avec tout son clergé, lui demanda ensuite la bénédiction (3). Après la procession (4), à laquelle les deux prélats assistèrent, un repas splendide réunit tous les notables de la Cité au palais épiscopal. Le 3 mai, jour de l'invention de la Sainte Croix, une messe spéciale fut chantée à S'-Lambert en son honneur, et l'évèque suivit la procession en chape , avec les chanoines. A la
(1) Adrien, col. 1325, prétend que l'évèque, en habits sacerdotaux, attendait Onufrius sur les degrés de St-Larnbert. Cf. Ange
DE VlTERBE, COl. 1411 à 1413.
(2) « Honofrio, in habitu legationis suae, sine superpellicio, sedente in forma ubi episcopi leodienses tempore majoris missa? stare soient. » (Adrien, loco cit. Ce chroniqueur assistait à la cérémonie).
(3) « Post missam vertit dominus leodiensis se ipse et omnes prœlati versus legatum, et depositis, tam per dominum leodiensem quam per prselatos, mitris, prostraverunt se omnes super genua sua, et... dédit legatus benedictionem super populum ultimam. » (Idem, col. 1326).
(4) « Dominicum sacramentum tota urbe, legato et populo prosequente, manibus suis circumtulit. » (Picoolomini, p. 374).
demande générale, le légat se rendit, le 8 mai, à 2 heures de l'après-midi (1), dans l'église cathédrale, où, avec la plus grande solennité, il leva définitivement l'interdit, à condition que la sentence papale du 23 décembre 1465 fut respectée (2). Le 5 juin, jour de la Pentecôte, il chanta dans le même temple une messe du Saint-Esprit (3).
Cette réception cordiale et ces débuts heureux semblaient promettre une issue favorable à la mission du légat. Il ne lui restait plus qu'à obtenir du duc Charles de Bourgogne la révocation de sa terrible sentence du 18 novembre 1467, ou, du moins, des modifications aux articles les plus odieux aux Liégeois (4).
Après un échange de lettres avec le duc, alors à Bruges, afin d'obtenir une audience (s), Onufrius
(1) « In octavis apostolorum Philippi et Jacobi, post prandium hora secunda. » (Adrien, loc. cit.)
(2) Adrien, qui assista encore à cette cérémonie, la décrit tout au long. Theodoricus Pauli, donnant carrière à son imagination, dit : - Non solum relaxavit civitatem ab excommunicatione et anathemate quibus irretita fuit,sed e contra equitavit solemniter per plateas leodienses, absolvendo incolas ejus et benedicendo civitatem et omnes habitantes in ea. » (Dans de Ram, p. 231).
(3) Jean deLooz, p. 57. Adrien, col. 1326.
(4) « Erant gaudiorum plena omnia, respirareque tum primum ex longa fatigatione miseri videbantur, dissensionem omnem initio hoc sublatam putantes. Id modo supererat ut exulum quoque et tributorum sua ratio haberetur, amodoque civitatis mœnibus parceretur ; postremo ut leges patrise redderentur, sine quibus nil quietis habitura reliqua putabantur. « (Piccolomini, p. 374).
(5) Ange de Viterbe, col. 1413.
quitta Liège le mercredi, 8 juin (i). On lui avait dépeint Charles comme un prince dur, hautain et inexorable; mais il le trouva très gracieux à son égard et en reçut le meilleur accueil (2), à ce point que, remettant à plus tard les affaires sérieuses, il le pria tout d'abord d'assister le 3 juillet à ses noces, dans lesquelles il lui fit rendre des honneurs tout particuliers (3). Les fêtes passées, le légat n'oublia pas le but spécial de son voyage. Le duc écouta ses réclamations avec bienveillance et lui parla sans amertume, si bien qu'il ne douta point que le différend ne fut aisément apaisé (4). Mais comme Charles était en ce moment absorbé par des négociations difficiles avec Louis XI, il
(1) Ange, col. 1414. Cet auteur décrit, ville par ville, l'itinéraire du légat. Nous ne pouvons le suivre dans tous ces détails.
(2) « Cum ingenti honore atque singulari applausu ab universis amplexus est. » (Herbenus, p. 357). Cfr. Ange de Viterbe, col. 1418.
(3) « In quibus festis tantus honor factus apostolico legato est, ut mortali homini major exhiberi non potuisset. « (Herbenus, p. 358).
- Aima ducis mater prima est discumbere jussa, Mox et legatus vultu verecundus honore, Et médium fecit conjux speciosa d'Iorcha. «
(Ange de Viterbe, col. 1423).
Notre poëte consacre neuf colonnes à décrire les fêtes du mariage (Ibicl., col. 1420-1429).
(4) « Ita benignum repperit principem, ut ei sine negotio magno dissidium omne componi posse videretur. » (Herbenus, l. c.) Piccolomini, de son côté, dit : « kl tantum de postulatis legato concessit, ut cum praesule et populo quse viderentur componeret, conventaque referret ad se conflrmanda decreto suo vel respuenda. » (Dans de Ram, p. 374).
l'engagea à retourner près des Liégeois (î) pour les affermir dans leurs bonnes dispositions et s'enquérir des bases d'une paix nouvelle, lui promettant qu'à son retour de France il effacerait toute trace de désaccord entre euxetleurévêque(2). Le légat accompagna le duc jusqu'à Bruxelles et tâcha, mais en vain, de le détourner de faire la guerre à Louis XL Là, ils se quittèrent, et tandis que Charles partait pour la France, Onufrius rentra à Liège plein de confiance dans le succès de sa démarche (3). Il est certain que son espoir était fondé ; d'abord, son caractère franc et affable lui avait de suite valu l'estime de Louis de Bourbon qui ne voyait plus en lui qu'un ami, et qui, sans la
(1) Selon Ange de Viterbe, col. 1430, il le pria d'aller l'attendre pendant dix jours à Bruxelles.
(2) Herbenus, l. c.
« Mox se leodinam velle videre Causam ait, et si quid sancto non competat illud Pontifici, mutari, inquit, nos omne sinemus. » (Ange de Viterbe, /. c).
(3) « Linquitur (Carolus) his dictis Brugis, jam mœnia fidus Bruxella? subiit legatus Honofrius urbis ;
Jamque dies aderat decimus durn fœdera servat,
Bruxellam petiit legato et multa locutus ;
Sed tandem visa Leodina penitus urbe
Componi melius Legias res ipse suadet
Legatus, répétât Leodinse diruta gentis
Mœnia. »
(Ange de Viterbe, col. 1430).
« Legatus magno animi gaudio Leodium revertitur, sperans ex molli principis verbis... atque leodiensis populi humili submissione, omnem rem ex sententia se esse confecturum. » (Herbenus, p. 358).
crainte du duc, aurait suivi ses conseils dans les moments les plus critiques (1) ; d'autre part, il avait gagné les sympathies des Liégeois, aussi bien celles du clergé que de la bourgeoisie : tous le considéraient comme leur providence (2) ; enfin, ce qui était le point important, il avait été bien reçu par le duc. On doit donc le reconnaître : grâce au tact. à la prudence et à la sagesse du légat, les affaires étaient bien engagées et ces préliminaires semblaient devoir aboutir à un heureux résultat.
Mais hélas ! un événement survint qui, d'un seul coup, renversa cet échaffaudage si laborieusement élevé. Plusieurs milliers de bourgeois (3), bannis par la sentence du 18 novembre 1467 (4), sachant le duc de Bourgogne empêché par sa guerre avec le roi de France — dans laquelle ils espéraient bien qu'il succomberait, — et encouragés sous main par Louis XI, rentrèrent inopinément dans la Cité le 9 septembre, révolutionnèrent la population et se livrèrent à toute espèce de violences envers les
(1) « Ludovicus ita se semper legato exhibuit quasi alter cuidam suo parenti. « (Herbenus, p. 357).
(2) « Quem (Honofrium) non secus atque terrenum quemdam Deum venerati sunt. » (Ibid.).
(3) Ils étaient cinq mille, dit Piccolomini, p. 374. Suivant cet auteur, ils profitèrent de ce que Louis de Bourbon avait quitté Liège, le 25 août, pour aller s'établir à Maestricht.
(4) On les appelait couleuvriniers ou compagnons de la Verte Tente. Herbenus, p. 355, prouve ici son origine flamande, en disant: « qui se socios Virdurse nuncupabant, quod nos vernaculo sermone exponimus van der groenre tenten. «
partisans de l'évêque (i). Cet incident affecta profondément le légat qui vit ses espérances de paix s'évanouir et comprit que cette nouvelle échauffourée, en refoulant tout sentiment de clémence dans le cœur de Charles, allait attirer sur la malheureuse Cité toutes les horreurs de la guerre (2). Ce fut en vain, cependant, que les hommes les plus sages, craignant pour sa vie, l'engagèrent à quitter la ville ; il s'y refusa, même malgré les instances de ses compagnons, qui voulaient fuir le danger (3). Pour conjurer autant que possible les terribles résultats de cette insurrection, Onufrius assembla de suite les principaux bourgeois du parti modéré et les pria de s'aboucher avec les bannis pour les engager de sa part à quitter Liège s'ils ne voulaient pas entraîner la perte de cette ville (4) ;
(1) Adrien, col. 1328-1331 (les col. 1329 et 1330 n'existent pas), décrit cette entrée des proscrits avec beaucoup de détails. Cfr. Jean de Looz, p. 58, et voy. le Bull, de l'Jnst. archéol. lieg., XIII, pp. 8 et9.
(2) « Hic licet cernere cuilibet ordinera rerum contemplanti quam is reditus legato infaustus fuerat, utpote qui de niaxima spe pacis deciderat in summas angustias mentis, quod conjiceret legationern suam optato fine minime perfuncturam. » (Herbenus, p. 359).
(3) « Tamen ipse furenti
Cedere ab urbe negat, tanta est constantia mentis Ipsius, et tanta est sedandi cura furentis. «
(Ange de Viterbe, col. 1432-1433).
Cet auteur donne aux compagnons d'Onufrius les noms de Tuitius et Henricus Lonvorchus, qui paraissent estropiés.
(4) Selon Piccolomini, l'initiative vint des hommes modérés qui se trouvaient encore à Liège. Le légat les réunit sur le Marché et les harangua, leur faisant sentir la gravité de leurs actes,
il leur faisait promettre de s'employer énergiquement auprès du duc pour obtenir leur rappel ainsi que leur réintégration pacifique dans leurs droits. Les proscrits firent répondre que la misère seule les a ramenés dans leurs foyers ; que, pleins de respect pour leur évèque et pour le légat, ils désirent conférer avec lui, le lendemain, à Sl- Jacques. Dans cette entrevue, qui fut des plus cordiales , Onufrius renouvela ses instances pour décider les proscrits à se retirer ; mais ils ne purent s'y résoudre et, par l'organe d'Amel de Velroux, le supplièrent de se rendre auprès de Louis de Bourbon pour implorer leur pardon (1).
Le 14 septembre, Onufrius partit avec quelques députés pour Maestricht, où l'évêque résidait depuis le 25 août (2). Malheureusement, les bannis rejetèrent les conditions que leur posa Louis de Bourbon (3), et se préparèrent à la lutte. Le légat
et les engageant à déposer les armes. Que s'ils n'y consentaient pas, il quitterait la ville et irait rendre compte au souverain-pontife de leur obstination. L'auteur fait de cette scène un tableau dramatique (Dans de Ram, pp. 375-376).
(1) Ange de Viterbe, col. 1433-1436. Cfr. Herbenus, p. 359 et Jean de Looz, p. 58. Selon Adrien, col. 1331, le légat reçut assez mal les chefs des proscrits : « Legatus respondere fecit eis quod quando concordes essent cum domino Leodiensi, tune absolveret eos. »
(-2) Il paraît évident qu'il existe une lacune assez considérable dans le poëme d'Ange de Viterbe, col. 1436 ou 1438, en ce qui concerne ce fait.
(3) « Dominus Leodiensis requisivit tria : Primo, quod illi qui redierunt de Francia, deponerent arma, et irent ad unum locum quem dominus nominaret. Secundo , quod illi qui in Leodio sumserunt arma, quod deponerent. Tertio, quod rumperent vexilla... Responderunt quod non facerent. » (Adrien, col. 1333).
rentra à Liège le 21 septembre ; le peuple et le clergé, pour lui témoigner leur satisfaction de ses démarches, vinrent à sa rencontre et formèrent la haie depuis la porte S1 Léonard jusque sur le Marché. Néanmoins, Onufrius n'avait pas encore renoncé à tout espoir de conciliation, et après plusieurs autres voyages qu'il fit à Maestricht, l'entente paraissait enfin conclue. Le 29 septembre, le bruit courut même que la paix était faite, et le lendemain Louis de Bourbon s'étant rapproché de la Cité jusqu'à Liers, le légat et le peuple accoururent au-devant de lui dans l'intention de le ramener à Liège (i).
Pendant ce temps-là, Charles avait appris la rentrée des proscrits dans la Cité, et, transporté de fureur, il avait, le 17 septembre, par une lettre datée de son ost, établi Gui de Brimeu en qualité de lieutenant pour assembler ses vassaux et marcher contre les Liégeois (2) ; le G octobre, il mande de Péronne à l'évoque de rompre toute relation avec eux, et en attendant que sa guerre contre la France soit terminée, il le prévient qu'il envoie Humbercourt à Tongres avec des troupes (a). Louis re-
(1) Voici la version de Piccolomini, p. 376 : - Jamque dierum nonnullorum diligentia rem eo redegerat, ut reconciliatus Ludovicus ad oppidum Tongrimsecumaccederet,indeque repetendam civitatem statueret. Convenerat autem ut turba omnis, poenitentise significanda causa, effusa obviam inermis et supplex a transeunte misericordiam precaretur, etc. »
(2) Annales de VAcad. d'archéol. de Belgique, t. III, 1867, p. 653, note.
(3) Adrien, col. 1333. Suivant Piccolomini, il annonce son arrivée pour le lendemain et lui envoie quatre mille hommes pour le protéger.
broussa aussitôt chemin et alla s'installer dans cette ville (t), où le légat vint le rejoindre. Il y était depuis trois jours, lorsqu'il manifesta l'intention de retourner à Liège; mais l'évêque le pria de rester auprès de lui jusqu'à l'arrivée de Humbercourt, et, désireux de connaître les ordres du duc, il y consentit (2).
Humbercourt entra dans Tongres le samedi, 8 octobre, vers 5 heures du soir. Il rendit visite au légat, lui apprit que Charles se proposait de marcher contre les Liégeois, et l'engagea, en conséquence, à se joindre à lui pour châtier les rebelles. Onufrius fit ressortir l'injustice et la cruauté du projet du duc, puisque les Liégeois étaient disposés à se soumettre à toutes les décisions de leur évêque; il déclara qu'il ne voulait pas assister à cette expédition et partirait le lendemain pour Maestricht. Humbercourt rapporta ces paroles aux capitaines des troupes bourguignonnes, qui tinrent conseil ; au milieu de la nuit, l'un d'eux, Jean de Bergues, vint trouver le légat (3) et lui annonça qu'on était
(1) Le bruit courut que, s'il était venu à Liège, il aurait été en grand danger, car les bannis, rassemblés sur le Marché, tiraient des couleuvrines ; ce que voyant, le légat avait exprimé ses craintes, et aussitôt Amel de Velroux avait fait cesser le tir (Adrien, col. 1333). Les détails qui précèdent sont fournis par le même chroniqueur. Il nous fait savoir que, le 1er octobre, à 4 heures, le légat, en l'absence de l'évêque, établit Gilles de Lens et Amel de Velroux comme bourgmestres de la Cité. Abry ne mentionne pas ce fait dans son Recueil héraldique des bourgmestres de la Cité de Liège.
(2) Ange de Viterbe, col. 1439.
(3) Il lui témoigne l'estime qu'il a conçue pour sa personne :
XLY
d'accord pour permettre aux Liégeois de venir librement implorer le pardon de l'évèque. Onufrius ayant témoigné des doutes pour la sécurité des députés liégeois à Tongres, engagea de Bergues à l'accompagner à Liège même pour y traiter de la paix, ce que celui-ci accepta (i).
11 est donc évident, dit Herbenus, que ce ne fut pas la faute du légat si la ville de Liège subit un sort effroyable, mais bien, comme on le verra, celle d'une poignée de proscrits ; car Onufrius, tout en constatant la mauvaise tournure que prenaient les choses, ne cessa jamais d'exhorter les rebelles à faire leur soumission (2).
Dès le môme jour, vers 1- heures du soir, des lettres de Tongres étaient déjà parvenues à Liège pour annoncer l'arrivée imminente de Humbercourt et de ses troupes, et en même temps pour prévenir qu'il serait facile de les surprendre pendant la nuit (3). Aussitôt, ne doutant plus du
•• Aime pater,.Brugis, Lovaniiet Metibusolim [psetuam novi virtutom, et scmper amavi ; Et si quid possem, servatoscmpLT honore Burguiuli tlomini, i'accrem, noctesque diesque Pro te proquc tuis, l'uerit dum vita superstes. » (Ange de Vitesse, col. 1440).
(1) Ange de Viterbe, col. 1441.
(2) « Nulla igitur legati culpa tanta urba tam misère afflicta est, sed paucorum exulum, qui démentis principis, ac salvare
cupientis, animum ad tantam indignitatem provocaverunt
Eosdem ad humilitatem adhortari conatus est. » (Herbenus, I». 359).
':•. Adrien, cul. 1334. Theodoricus Pauli, pp. 210-21 1 , place ce l'ait au dimanche 19 octobre, et en donne un récil fantaisiste.