Ligier Richier
Origiucb tic la famille des Richier. — Tableau gcnéali)gique de la taiiiilk. L'histoire et la légende.
Vers la première moitié du xyi"^ siècle vivait a Saint-Mihiel, petite ville du duché de Bar, une famille de sculpteurs, uu, comme ou les appelait alors, d' iinaigiers, dont les œuvres ont laisse une trace lumineuse dans les annales artistie]ues de la Lorraine. C'était la famille des Richier, dont le plus illustre eut pour prénom Ligier. Toutefois, les descendants de Ligier ne furent pas sans mérite, et trop souvent on attribua au maitre ce qui légitimement appartenait aux disciples. Aujourd'hui, il est peut-être possible d'établir une distinction équitable entre les œuvres des membres de cette famille, grâce aux travaux d'érudition qui ont jeté quelque lumière sur leur origine et grâce à l'examen critique de ceux de leurs travaux qui nous ont été conservés.
Selon M. Léon Germain, à qui l'on doit d'intéressantes recherches sur la famille Richier', ce n'est point à Dagonville qu'est né Ligier, mais à Saint-Mihiel, ainsi que le prouvent les lettres patentes du duc de Lorraine, lesquelles, en i5 3o, déchargent le grand sculpteur du paiement de toutes tailles et le disent natif de Saint-Mihiel. Ce qui a pu donner lieu à l'attribution de Dagonville comme lieu de naissance de Ligier, c'est qu'une famille Dagonville habitait, à la tin du xv^ siècle, une maison contiguë à celle de Richier, et il est à présumer que Jean,
I. La Famille des Richier, par Léon Germain ; Mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-DiiC) t. IV, -i' >.érie.
1 RANCE. — SCULPTEURS. I.IOÏKR lllCllUiU. — I
père de Richier, épousa une personne de ce nom. Plus tard, on fit confusion et on prit le nom de la personne pour le nom du village où Ton fit naître Ligier. C'est vers i5oo qu'il faut placer la date de cette naissance.
L'historien de la Lorraine, Dom Calmet, rapporte d'après une tradition, que Ligier eut deux frères, sculpteurs comme lui. L'aîné de la famille se nommait Claude et le plus Jeune Jean.
Deux actes retrouvés à Genève par M. Gridel, archiviste d'État, nous donnent le nom de la femme de Ligier. L'un est une quittance de Ligier du 2 août i566 et Tautre l'acte de partage de sa succession daté du I I avril 1567. Tous deux la nomment Marguerite Royer. D'autre part, on sait que le mariage eut lieu à Saint-Mihiel, en i53o, et, à l'occasion de cet événement de famille, le duc Antoine donna à Richier le diplôme suivant :
« Antoine, etc.
« Savoir faisons que pour le bon rapport que fait à nous a été de la personne de nostre bien-aimé Lieger Richier, imaigier, natif et à présent demeurant en ceste nostre ville de Saint-Mihiel, lequel s'est puis naguières marié, sous nous, en ce dit lieu et est expert de son art, comme avons entendu, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, en sur ce, l'advis de nos officiers de ce dit lieu.
« Avons icelui Lieger affranchi et exempté et par la teneur de ces présentes affranchissons et exemptons, jusques à notre bon plaisir, tant qu'il se tiendra à demeure en ce dit lieu, de toutes tailles, aydes, prières, subsides, droictures, subventions et impositions et autres choses quelconques, à nous dues en ceste nostre dite ville de Saint-Mihiel. sauf guetz et gardes-portes et murailles.
« Sy donnons, en nostre ville du dit Saint-Mihiel, l'an i53o, le 1 8^ Jour d'août. ^ »
De ce mariage naquirent deux enfants : Gérard, né en i534, mort en 1600, et une fille, Bernardine, qui, en i 558, était épouse de Pierre Godard, ou Godari, homme ingénieux pour les forteresses.
On a attribué à ce Gérard un certain nombre d'ouvrages dont le style accuse nettement des influences qu'il n'a pas dû subir à l'école de son
1. Bibliothèque lorraine, par Dom Calmet. Article Richier. Nancy, lySi.
2. Henri Lepage, Recueil des Chartes des ducs de Lorraine et de Bar. Archives de Nancy.
père. A défaut de renseignements puisés à des sources historiques certaines, qui nous auraient éclairé sur leurs véritables auteurs, nous avons attribué au tils de Ligier Richier toutes les œuvres d'un mérite inférieur qui ne peuvent être assignées au maître, mais qui se rapprochent le plus de la sculpture telle qu'on devait Texécuter au temps où il vivait. Gérard dut continuer les traditions paternelles, tandis que ses fils, dont les deux plus célèbres furent Jean et Jacob, sculpteurs comme lui, travaillèrent dans le style des écoles d'Italie, dont l'influence était prépondérante à l'époque où ils vivaient.
Nous donnons ci-contre le tableau généalogique de la famille des Richier que M. Léon Germain a dressé avec une prudence qu'on ne saurait trop approuver.
On n'a pas de renseignements sur les premières années de Ligier Richier. Les légendes que l'imagination populaire a brodées à son sujet peuvent amuser un instant la curiosité des oisifs; mais les circonstances qu'elles présentent sont tellement invraisemblables qu'elles cessent, dès lors, d'obtenir aucune créance près des esprits sérieux. Ainsi, on raconte que, tout Jeune, Ligier modelait de petites figures de vaches, de moutons et en général de tous les objets qui lui étaient familiers, au grand ébahissement des gens de Saint-Mihiel, qui les recherchaient avec empressement. C'est, à peu de différence près, l'histoire de Claude Gelée dessinant les vaches de son troupeau sur les rochers des Vosges, ou celle de Giotto traçant, sur une ardoise, le dessin des chèvres qu'il gardait lorsque Cimabué vint ù passer.
Le savant abbé de Senones, Dom Calmet, ne s'est pas contenté de reproduire cette légende ' ; il raconte gravement qu'un Bénédictin de Saint-Mihiel, Dom Grégoire Thomas, avait appris d'un vieil armurier de la ville « que le fameux Michel-Ange, étant venu à Nancy, passa par Saint-Mihiel, allant à Paris, et qu'ayant vu les ouvrages du jeune Richier, il le demanda à ses parents qui n'eurent pas de peine à le lui accorder; mais il s'aperçut bientôt que le goût dominant de Richier était pour la sculpture; il le mit chez un statuaire où il fit des merveilles ».
Toutes ces légendes, et bien d'autres que nous ne rapporterons pas, ont fait naître la croyance, généralement admise, d'un voyage de Ligier Richier à Rome. Un examen impartial et réfléchi de son (L'uvre nous