‹ Ligier RichierChapitre 2 sur 19 · OUP · texte numérisé non relu

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fournira la preuve du contraire. A l'âge de vingt-trois ans environ, en i523, il taillait, pour Hattonchâtel, le retable qu'on y admire encore aujourd'hui. Eh bien, ce travail important témoigne, d'une façon absolue, que Ligier ne connaissait alors, en fait d'artistes, que ceux de son pays, et il en est de même pour tous les travaux qu'il fit par la suite. Si toutes les œuvres du commencement du xvi^ siècle, en Lorraine, nous avaient été conservées, la démonstration de cette opinion serait facile; toutefois, il nous en reste encore assez pour nous convaincre qu'en adoptant, pour les personnages qu'il met en scène, les costumes de son temps et de son pays, il se conformait à un usage traditionnel et qu'il ignorait absolument ce qui se passait à cette époque, soit à Fontainebleau, soit de l'autre côté des Alpes.

Ligier Richier se rattache au moyen-âge, dont il a la verve et la conviction profondément religieuse. Il y joint ce qui manque à ses contemporains, l'originalité d'un esprit jaloux d'exprimer fortement les passions de l'ànie par les gestes et l'émotion de la physionomie. Son ciseau donne une vie intense à tout ce qu'il touche. Sous ce rapport, aucun artiste ne l'a surpassé. Ce sont là qualités qui lui sont propres et qui font de lui un maître à part, dans le brillant cortège des artistes de la Renaissance. S'il eût été en Italie, comme on le suppose, il y eût perdu la foi dans son sentiment propre. Son ingéniosité naive se fût émoussée au contact de ces puissants artistes qui entraînaient alors toute la jeunesse à leur suite. Comme ses descendants Jean et Jacob, dont nous parlerons plus loin, il en fût revenu un styliste dont la science eût étouffé cet élan prime-sautier qui constitue le charme principal de ses œuvres. 'Venons-en aux preuves.

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