SAINT NICOLAS
Statue eu pierre placée au portail de l'église de Saiut-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle).
Attribuée à l'école des Richier (?).
FRANCE. — SCULPTKURS. LICIER RICHIER. — 4
5o LES ARTISTES CÉLÈBRES
A défaut de figures religieuses, que le culte nouveau proscrivait, ils auraient pu reproduire les traits de quelques personnages illustres; mais les recherches que nous avons fait faire à ce sujet, à Genève, n'ont point abouti.
Nous avons dit, au commencement de ce travail, qu'un acte du partage de la succession de Ligier Richier portait la date du ii avril iSô/; c'est au commencement de cette année que mourut Ligier Richier, à l'âge d'environ soixante-sept ans.
Dans l'opinion publique, en France, Ligier Richier n'a point, parmi les statuaires du xvi« siècle, la place élevée à laquelle il a droit. Ses oeuvres principales sont dans des villes de province où l'on s'arrête rarement, et dans un modeste village, d'un accès difficile, où ne conduit pas une ligne de chemin de fer. A Paris, on le juge d'après deux médiocres bas-reliefs qui lui ont été faussement attribués. Il appartient à l'administration du musée du Trocadéro de faire connaître, par le moulage de quelques-unes de ses œuvres, le génie de ce statuaire, dont la personnalité bien marquée jeta un grand éclat sur les arts, dans l'est de la France, à une époque ou l'inlluence des écoles d'Italie n'y avait point encore pénétré. Son incontestable originalité et l'importance de ses œuvres une fois reconnues, Ligier Richier prendra, dès lors, légitimement sa place au nombre de nos plus éminents statuaires.
La statuaire de l'école rhénane est représentée au Trocadéro par les élégantes figures de femmes que Sabine, d'après la tradition, a dressées sur les piliers du transept méridional de la cathédrale de Strasbourg. Celle de l'école flamande-bourguignonne a pour représentants les statues un peu trapues, mais d'un relief si puissant, du Puits de Moïse, par Claux Sluter. La Touraine compte le tombeau du duc François, à Nantes, par Michel Colomb. Un choix fait dans l'œuvre de Ligier Richier permettrait aux artistes et au public de se former une idée exacte de cette école lorraine jusqu'ici, non pas méconnue, mais inconnue à Paris.
Les gravures qui accompagnent ce travail ne peuvent rendre l'ampleur d'exécution, l'émotion profonde, l'intensité de la vie qui caractérisent ces œuvres de haut style.
Rappelons ici que le peintre Louis David, peu sensible, croyons-nous, aux productions de l'art du moyen-âge, passa toute une après-midi devant la Mise au tombeau, et v retourna, le lendemain, pour l'admirer de nouveau.
LIGIER RICHIER 5i
En 1848, M. Salmon, député de la Meuse à la Constituante, rapporta, de Saint-Mihiel à Paris, les premières épreuves daguériennes qui furent faites d'après le Sépulcre et ï Evanouissement de la Vierge. 11 les montra à M. Charton, directeur du Magasin pittoresque., qui les fit dessiner par M. Gérôme et graver par M. Pisan. Elles furent accompagnées d'un texte dû à Justin Bonnaire, qui s'occupait alors d'une biographie des Richier, biographie qui n'a jamais paru. Texte et gravures furent publiés dans les livraisons de décembre 1848 et janvier 1849.
M. Salmon communiqua aussi ses épreuves daguériennes à Charles Blanc, qui était alors directeur des Beaux-Arts, et lui proposa de faire exécuter des moulages de ces deux groupes pour le musée de l'Ecole des Beaux-Arts. Charles Blanc, reconnaissant le mérite de ces œuvres, accueillit favorablement cette idée et chargea M. Peisse, conservateur de ce musée, d'aller, sur place, visiter et étudier l'ensemble des œuvres du sculpteur lorrain. M. Peisse se rendit successivement à Bar, à Saint- Mihiel, à Etain, à Nancy, et, dans le rapport qui suivit sa mission, il proclama Ligier Richier l'égal des plus grands sculpteurs français. Dès lors le moulage du Sépulcre et de V Evanouissement de la Vierge fut résolu, et une subvention du ministre de l'intérieur fut accordée à cet effet. Dans son enthousiasme, M. Peisse conduisit M. Salmon à la chapelle des Petits-Augustins, où il lui iit voir, non loin des chefs-d'œuvre de Michel-Ange, une place vide, en lui disant : « Voilà où je veux placer r(euvre de Ligier Richier. Jugez, d'après cela, ce que je pense de lui ! » Voisinage redoutable, assurément; mais que pouvait soutenir, sans défaillance, le maître lorrain.
Quelc[ues jours après cet entretien, M. de Guizard remplaça Charles Blanc aux Beaux-Arts. Il s'associa pleinement à tout ce qu'on venait de faire ; mais le coup d'Etat du 2 Décembre éclata en ce moment. Il ne fut plus question de Richier, et la subvention reçut sans doute une destination moins artistique.
Nous le répétons, le moulage des principales œ'uvres de Ligier Richier s'impose, comme un devoir patriotique à rendre à la mémoire d'un homme qui, inconsciemment, put subir les influences allemandes ou flamandes répandues autour de lui; mais qui, plus qu'aucun autre statuaire de son temps, obéit à son inspiration personnelle et dut à l'étude constante de la nature l'originalité puissante qui le distingue.