PL. XVI
(Phal. Je l'auteur)
TÊTE DE CHRIST PROVENANT DU CALVAIRE DE l'aBBATIALE DE SAINT-MIHIEL (d'après le moulage du musée de Nancy)
TÊTE DU CHRIST DE l'aNCIENNE ABBATIALE I47
Véritable chef-d'œuvre, cette tête, séparée du reste du corps, est superbe de caractère. La beauté de l'homme y est poussée aussi prés que cela semble possible de la divinité, avec une expression de tendresse angéliquc et de navrante douleur. On sent ici plus que jamais la main d'un maître, chez lequel le réalisme parfois un peu âpre de la première heure, a fait place à un art discrètement détendu, épris de mesure et d'harmonie, bien prés d'atteindre son maximum d'intensité et d'expression.
Nous y retrouvons néanmoins tous les éléments tant de fois rencontrés dans d'autres œuvres. Une couronne, aux fortes tresses ingénieusement enlacées et garnies de fines épines, charge cette tête accablée sous le poids d'une indicible souffrance. Les cheveux, détachés par mèches qui semblent agglutinées par la sueur et le sang, retombent lourdement de chaque côté de la figure. Les traits du visage, d'un modelé large et franc, sont admirables d'expression, les dernières traces des angoisses de l'agonie s'y effacent dans la majesté sereine et calme de la mort. Les yeux, assez enfoncés sous la large arcade sourcilière, sont clos par les paupières abaissées et celles-ci sont bordées de ce bourrelet de chair assez peu proéminent et très caractéristique que nous avons déjà signalé par ailleurs. Le nez, un peu pincé, est d'un dessin correct et pur; la moustache, moins touffue qu'à Génicourt, accuse nettement le mouvement de la lèvre supérieure, relevée par une contraction douloureuse et laissant apercevoir les dents. La barbe, assez courte, légèrement frisée, est enlevée par mèches identiques à celles de la chevelure, avec laquelle elle est quelquefois
paroissiale de Saint-Milnel, selon les premiers catalogues ; d'un crucifiement, selon le catalogue de 1875, qui ajoute que l'original est entre les mains de M. Ducque, avocat à Strasbourg, et qu'il reste un fragment de cette « vaste composition » sur l'autel de la Sainte-Vierge, à Saint-Mihiel. » (P. 281.)
mêlée. Elle est bifidée à la pointe, selon le type traditionnel, dont l'artiste cette fois, contrairement à son habitude, s'est visiblement inspiré.
La recherche du sentiment et de la note vraie paraît avoir constitué, en quelque sorte, le fond de l'idéal artistique de Ligier Richier. Elle se montre, nettement accusée, dans la plupart de ses ouvrages et s'y manifeste d'ordinaire sous une forme toujours discrète, nuancée d'une pointe d'harmonie, souvent même d'élégance, profondément empreinte sur la physionomie de ses personnages. Le geste, généralement modéré et grave, souligne encore ce dernier caractère et, même dans les scènes les plus émouvantes, il garde une pondération, une mesure, rappelant les plus belles productions de l'art français. La composition de chaque scène conserve une certaine symétrie et, à ce point de vue également, l'art de l'atelier sammiellois semble s'inspirer et se souvenir de celui du passé.
L'œuvre que nous allons étudier procède visiblement du même esprit. Mais l'inspiration morale qui, au moins pour certaines figures, a guidé la main de l'ouvrier, est moins, cette fois, l'expression du réel, que la recherche du drame, une sorte d'exaltation de la note douloureuse. A l'encontre de ce que nous avons vu précédemment dans une scène analogue, mais moins complète, il y a, surtout dans les deux figures qui se lamentent au pied de la croix, un naturalisme presque violent qui, pour rendre l'émotion poignante, ne recule pas devant un geste dont la vulgarité éclate à tous les yeux.
Au Heu de cette douleur calme, volontairement contenue et adoucie, relevée par la simplicité toujours élégante des lignes, qui rend si impressionnantes les statues des groupes de Génicourt