‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 106 sur 269 · CALVAIRE DE BRIEY — SON ERECTION I · texte numérisé non relu

CALVAIRE DE BRIEY — SON ERECTION I

et de l'Abbatiale de Saint-Mihiel, l'artiste, dans le but peut-être de varier ses productions, tend cette fois au pathétique par des moyens qui frisent de bien prés l'exagération et la grimace. Nous ne retrouverons pas non plus les traits un peu frustes des images graves et attristées de la Vierge et de l'apôtre du premier de nos calvaires. Un certain maniérisme, très discret encore, accentue sa marche en avant et agite les draperies sous son invisible souffle, alors que la physionomie doucement résignée du Christ porte la marque incontestable de l'idéalisation et de la recherche.

La composition dont il s'agit retrace la scène de la mort du Christ. Elle paraît ici bien complète et, si nous ne la trouvons plus groupée dans l'ordre adopté par le statuaire, elle a conservé, il nous semble, les personnages essentiels que l'iconographie avait coutume d'y faire figurer. Aucun document positif ne peut, en dehors de la tradition et des analogies indiscutables des types et du style, nous fixer sur son auteur. Une pièce officielle (') vient cependant, en fournissant une date précise, confirmer les déductions que l'étude esthétique des figures permet légitimement d'établir. Elle émane du suffragant (') du cardinal Jean de Lorraine, évêque de Metz, et accorde une indulgence à tous les fidèles qui visiteront un « oratoire extérieur contigu à l'église paroissiale de la ville de Briey ».

Cet oratoire, désigné dans des actes postérieurs sous le nom

1. Briey, arch. municipales G G, i, parchemin. Dans V Inventaire-sommaire des Archives départementales, arr. de Briey, la pièce est ainsi mentionnée par M. E. Duvernoy : E, Suppl. 194. « Octroi d'indulgence d l'oratoire du Calvaire fondé près de l'église de Briey, par Jean Milet, curé de La Chaussée (1534). » La pièce originale, en latin, est encore inédite, mais une traduction ancienne qui s'y trouve annexée a été publiée intégralement par M. L. Davillé dans le Bull, de la Soc. d'Archèol, lorr., 4'^ année, n° 5, mai 1904, pp. 92 à 95.

2. Il se nommait Augustin de Rosières et portait le titre d'évéque de Basilic.

d' « Ossuaire », se trouvait établi sur l'emplacement de l'ancien cimetière, lequel entourait alors l'église ('). Le rescrit épiscopal, daté du 21 novembre 1534, nous en fait connaître le fondateur : « Maître Jean Millet — ou Milet — recteur de l'église de La Chaussée, dans le même diocèse de Metz. » Lorsque cette faveur spirituelle fut octroyée, le monument auquel elle était attachée venait sans doute d'être achevé, car on lit dans l'acte que le fondateur « l'avait dernièrement fait ériger et construire entièrement à ses frais, sous l'invocation et le vocable du Sépulcre divin ou du Mont-Calvaire ». Mais Jean Millet ne s'était point borné à élever l'édifice, il l'avait aussi orné de groupes et d'inscriptions en harmonie avec sa destination. Par ses soins et ses largesses, « plusieurs croix et d'autres pieuses et salutaires images, représentant et énumérant les scènes de la Passion et de la Rédemption », y avaient été placées et d'autres croix, probablement plus simples, « plantées soit à l'extérieur, soit à l'intérieur de la ville », jalonnaient les chemins « qui conduisent au susdit oratoire et aux lieux qui l'avoisinent ».

Combien de temps subsista l'oratoire élevé aux frais du recteur de La Chaussée et quelles furent, dans le cours des siècles, les vicissitudes de ses « pieuses et salutaires images » ? C'est une question que l'absence de documents ne nous permet point de trancher. Tout ce que nous avons pu savoir à ce sujet, c'est que les statues dont il va être question, après avoir figuré pendant d'assez nombreuses années à l'intérieur de l'église paroissiale, furent, il n'y a pas fort longtemps, transportées et réunies dans

I. Ce cimetière, supprime par arrêté préfectoral du 14 août 1852, a complètement disparu quelques années plus tard. Le cimetière actuel fut ouvert aux inhumations le I" octobre 1857, mais la chapelle où se trouve actuellement le groupe du calvaire lui est postérieure de plusieurs années.

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