‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 155 sur 269 · LKS GISANTS DU MUSEE LORRAIN · texte numérisé non relu

LKS GISANTS DU MUSEE LORRAIN

ment disposes, avec un parti pris très évident de simplicité, ils donnent cî cette statue une apparence de calme austère et grave dont l'impression demeure très profonde. Un chapelet formé de grains allongés est suspendu à la ceinture modérément serrée; les pieds sont chaussés de larges sandales.

Le visage, encadré par une coiffe à la Catherine de Médicis, couvrant complètement la chevelure, est d'une e.xpression douce, tranquille et d'un beau caractère. Il porte l'empreinte d'une grande distinction. Les yeux sont clos, et les traits fins, réguliers, simplement rendus, ont un charme tendre, modeste, tout empreint de douceur et de bonté. Cette figure, traitée comme celle du chevalier dans une note assez adoucie, a gardé, sous le masque rigide de la mort, un certain réalisme attendri mêlé à la grâce discrète d'un sourire à demi effacé qui séduit au premier abord. Les mains aux doigts fins et allongés sont gracieusement modelées et ramenées sur la poitrine, où elles se joignent dans un geste à la fois modeste et grave.

Aux pieds des gisants sont placés, selon l'usage traditionnel, deux bêtes héraldiques : un lion et une levrette. Le premier, couché auprès du chevalier, est l'emblème de l'énergie et du courage ; le second, placé près de sa compagne, représente la foi et la fidélité conjugale. Ils tiennent entre leurs pattes des armoiries aux écussons des défunts. Ces armoiries (') et animaux sont d'ailleurs modernes et ont été exécutés, ainsi que quelques restaurations de détail, lors de l'entrée du monument dans les galeries du Musée lorrain.

Bien qu'aucun document ne confirme d'une taçon positive

I . Il est fort probable que ces armoiries, ainsi placées tout au moins, n'existaient pas dans le monument primitif.

l'opinion qui attribue ce tombeau au maître sammiellois, le doute ne peut guère subsister a. cet égard. C'est bien là le style auquel nous ont accoutumé tant d'autres oeuvres et que dénotent assez le fini du dessin, la minutieuse précision des détails, l'agencement des plis, le modelé des figures et le caractère qui s'y reflète. Ce caractère demeure, ici, beaucoup plus traditionnaliste que partout ailleurs, et parmi les plus remarquables monuments du même genre qui nous sont parvenus, un, entre autres, nous paraît devoir être rapproché de celui qui nous occupe : le tombeau des Poncher, aujourd'hui au Louvre ("). Il est l'œuvre, pour les deux gisants au moins, du sculpteur tourangeau Guillaume RegnauhC). Le tombeau du Musée lorrain lui est postérieur de plus de vingt années (') et aucun document ne nous permet d'étabhr que des relations aient jamais existé entre Ligier Richier et les sculpteurs des ateliers tourangeaux. Malgré cela, les gisants du mausolée de Paris semblent avoir inspiré ceux de Nancy jusque dans leurs moindres lignes. Tout, depuis les physionomies discrètement adoucies des personnages, surtout celle de la femme, jusqu'au plus minime détail de la facture, est rendu avec cette extrême habileté, cette franchise et cette sincérité d'accent qui demeurent la note dominante des œuvres proprement françaises. Richier, dans ce dernier ouvrage, se retrouve vraiment tel que nous l'avons rencontré dans ses premières œuvres et entièrement dé-

1. N""* 148 et 149, catalogue de 1897, une excellente reproduction se trouve dans P. ViTRY, lib. cit., p. 444.

Page 1