LES GISANTS DU MUSÉE LORRAIN
A quelques pas de l'édifice qui abrite l'effigie de la duchesse de Gueldres, le vieux palais en partie reconstruit par le duc son mari et transforme aujourd'hui en musée, renferme un monument funéraire non moins remarquable que le précédent. 11 représente René de Beauvau, sénéchal du Barrois, bailli de Saint- Mihiel, et Claude de Baudoche, dame de Panges, sa femme.
René de Beauvau, deuxième du nom, mort en 1549, fut inhumé aux côtés de son épouse, décédée en 1541, dans la chapelle seigneuriale de l'église de Noviant-aux-Prés. Le mausolée élevé sur leur commune sépulture demeura en cet antique édifice jusqu'en l'année 1866. Il fut à cette date acquis par le comité du Musée historique lorrain (') et installé dans une des salles du rezde-chaussée (n° 117).
Les deux époux sont représentés dans l'attitude traditionnelle des gisants du Moyen Age : couchés côte à côte, les mains jointes, sur une dalle de pierre, la tête reposant sur un coussin et les pieds sur une bête héraldique. Tous deux sont revêtus de leurs habits réels dont le détail, très minutieusement observé, est rendu avec une recherche visible d'exactitude.
René de Beauvau porte le harnachement complet des hommes de guerre du seizième siècle : cubitières et genouillères arrondies et protégées par une aile très développée divisée en deux ailerons. Les cuissards sont entiers ainsi que les grèves et celles-ci, reliées par des charnières, se prolongent au-dessous de la cheville. Les solerets sont formés de lames articulées. Un riche surcot,
I. Le monument fut aclictc- 1 500 fr. par marché du 15 octobre 1866. Les dépenses accessoires d'installation et de restauration firent monter la dépense à la somme de 2 300 fr. Voir L. Bknoit, « Le Tombeau de René de Beauvau et de Claude de Baudoche au Musée lorrain ». (Journal Soc. Archéol. Ion:, mars 1867, pp. 39 à 45.)
blasonné des armoiries écartelées de Beauvau et de Craon, recouvre la cotte de mailles. Tous ces détails, enlevés avec une dextérité remarquable, sont traités avec cette finesse, ce soin auxquels nous ont accoutumé les autres œuvres de Richier; la moindre boucle, l'ornement le moins en vue, sont rendus avec une méticuleuse précision.
Le personnage a la tête nue ; elle est garnie d'une chevelure ondoyante et assez longue, disposée en mèches, ramenée sur le front et les oreilles qu'elle recouvre presque complètement. Le visage aux yeux clos, aux traits placides, calmes et comme légèrement attristés, est encadré d'une barbe épaisse, disposée elle aussi en mèches régulières et ondulées descendant sur la poitrine. Bien que traité avec un modelé assez énergique, il est cependant plus adouci, moins réaliste et cadavérique que celui de la duchesse Philippe; une nuance de sentiment moral vient atténuer ce que la nature pouvait présenter de dur ou de trop cru et jeter sur le tout une note très discrète d'idéalisation. Les mains, ramenées et jointes, les pouces croisés, sur le devant de la poitrine, paraissent un peu mièvres et gardent la trace de quelques restaurations.
Étendue aux côtés de son époux, Claude de Baudoche porte le bliaut, sorte dérobe longue, très ample, fermée sous le menton, d'un luxe à la fois sévère et simple. Les larges manches de ce premier vêtement se relèvent à la hauteur du coude, découvrant les manchettes collantes d'une tunique intérieure. Celles-ci sont serrées aux poignets où elles se terminent par une garniture gaufrée. Sur la poitrine, une sorte de surcot ou de collerette assez montante, s'arrêtant sous les bras, s'échancre en V et forme deux larges ailes légèrement tombantes. Les plis longs et sobres de l'étoffe dessinent discrètement les formes du corps et permettent d'apprécier toute la souplesse du ciseau. Largement et symétrique-