LE TOMBEAU DE CLAUDE DE GUISE
gagé de toute influence italienne. L'ensemble de ces deux figures rappelle l'art simple, tranquille, mais si juste, si émouvant toujours, de cette grande école des bords de la Loire, chez laquelle s'éteignaient alors sous le mauvais souffle venu d'outre-monts les fortes traditions implantées jadis par Michel Colombe.
Au début de l'année 1885, à la suite d'un article de M. BonafFé, inséré quelques mois plus tôt dans la Galette des Beaux- Arts {'), M. Léon Germain publiait à son tour, dans le Journal de la Société d'Archéologie lorraine, un travail par lequel il établit d'une façon aussi claire qu'ingénieuse la collaboration de Ligier Richier aux travaux du monument funéraire que fit ériger sur la sépulture de son époux, Claude de Lorraine duc de Guise, Antoinette de Bourbon, sa veuve. Le duc, fils de René II et de Philippe de Gueldres, était mort empoisonné, en son château de Joinville, le 12 avril 1550. Il fut inhumé dans la Chapelle des Princes, annexée à l'église collégiale de Saint-Laurent, et mise en communication par une tribune avec les appartements seigneuriaux.
Il nous a paru intéressant de résumer les différents mémoires publiés sur cette question et de mettre en lumière la part de travail qui dut être confiée à notre sculpteur. En contact direct cette fois avec des artistes italiens, dont le genre et les méthodes différaient radicalement des siennes, il sut cependant rester lui et garder à sa part de l'œuvre commune un accent qui nous révèle sa forte personnalité. Nous n'oserions affirmer, toutefois, que le maniérisme des artistes avec lesquels
I. Ed. BoNAFFÉ, « Le Mausolée de Claude de Lorraine ». (Galette des Beaux- Arts, 1884, p. 314.) Voir également, Alph. Roserot, « Nouvelles recherches sur le mausolée de Claude de Lorraine ». {(.}a\eUe des Beaux-Arts, mars 1899, p. 109.)
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il se trouva à Joinville, leur facture élégante et raffinée, ne produisirent pas sur l'esprit de Richier une impression profonde dont nous verrons se ressentir ses derniers ouvrages.
La direction générale des travaux nécessités par l'érection de cette sépulture, dont il paraît prouvé que les plans avaient été fournis par le Primatice ('), fut confiée au sculpteur Dominique Recoure, ou Recovry, dit Dominique Florentin, que l'on trouve établi à Troyes dès l'année 1537 et qui, à différentes reprises, travailla à Fontainebleau. Il eut pour collaborateur connu son compagnon ordinaire, « Maistre Jehan Picard dict le Roux ». Le 30 janvier 155 1, les deux associés devaient être à l'œuvre depuis quelque temps déjà, car nous les voyons recevoir un acompte « de la somme de 40 escus soleil » (i 440 fr. environ). L'année suivante, 29 décembre 1552, le mausolée devait être entièrement achevé. A cette date, en effet, Dominique donne quittance, tant en son nom qu'en celui de son collaborateur en titre, d'une somme de « 64 livres 19 sous », solde du compte des « 650 escus soleil » (23 400 fr.), montant du salaire convenu pour le travail exécuté en commun.
Le monument, érigé dans la Chapelle des Princes, sise à droite de celle de la Vierge, dans la Collégiale de Saint-Laurent, à Joinville ("), fut détruit ainsi que cette dernière en 1793. 11 affectait la forme d'une seconde chapelle, « longue de douze pieds et haute de dix-huit » ('), occupant tout le fond de la
1. Voir à ce sujet : Em. Molinier, « Deux dessins de Dominique Florentin au Musée du Louvre ». (Revue des Arts décoralifs, t. IX, pp. 266 à 268.) ; L. Dimier, dans Chronique des Arts, numéro du 13 mars 1899; Raymond Kœchi.in et Mar- QUET DE Vasselot, Ub. Cit., pp. 313 à 315.