LE TOMBEAU DE CLAUDE DE GUISE
avoir figuré dans les collections de l'architecte Emile Peyre, sont passés dans les galeries du Musée des Arts décoratifs. Trois des figures allégoriques se trouvent au Musée de Chaumont (').
Ces derniers morceaux, d'une valeur et d'une exécution assez inégales, présentent entre eux certaines différences de style. Ce sont, en tout cas, des travaux d'une exécution très raffinée, mais n'offrant guère d'autre originalité que celle d'une extrême habileté de main. Pas plus que les précédents, ils ne peuvent par aucun point être rapprochés des œuvres sorties du ciseau de Richier.
Après avoir ainsi établi la part de chacun des deux principaux collaborateurs, car évidemment il y en eut d'autres, que les comptes, fort incomplets d'ailleurs et dont nous ne possédons que des copies, ne nomment pas, les auteurs du livre cité oublient complètement de nous parler des cadavres gisants du duc et de son épouse, étendus sur le sarcophage élevé sous la voûte. Leur facture, autant qu'on en peut juger par les quelques mots de description qui nous sont parvenus, dénote un style et une inspiration absolument étrangers aux habitudes de Dominique et de son compagnon. Pas un seul instant on ne peut songer à les leur attribuer.
Voici en quels termes nous les dépeint Grosley ('), dans une lettre adressée à M. Pierre, peintre du Roi et de monseigneur
1. La Charité a ctc reproduite par Kœchlin et Marqukt de Vassulot, Ld Sculpture..., n° 89; nous donnons la figure de la Foi à la page 238.
2. Historien, né à Troyes le 18 novembre 1718, mort au même lieu le 4 novembre 1785. Membre de l'Académie des Inscriptions. A la suite d'une visite à Joinvillc, il avait cherché à se procurer quelques documents sur le tombeau de Claude de Guise, fort admiré par lui. S'étant dans ce but adressé à M. de Bel-Isle, gouverneur de Champagne, ce dernier donna des ordres pour faire rechercher dans les anciens comptes tout ce qui était de nature à intéresser Grosley. On découvrit
le dtic d'Orléans, publiée dans le Joiinial cucvclopcdiqnc, numéro du 13 octobre 1777 :
Sur le sarcophage, écrit-il, sont jetés les cadavres, plus grands que nature, du duc et de la duchesse, dans l'état où ils se trouvaient après l'cnibaumement ; le ventre de celui du duc est cousu, après avoir été ouvert pour cette opération. Or, la clef de la demi-arcade du milieu porte une tète de mort couronnée, à laquelle l'artiste a su inspirer un air de dignité et de fierté; et sur le stylohate, dans le point correspondant à la clef, on voit un masque de Venise, qui parait s'y être accroché en se détachant de la tète de mort. Et cette tête et ce masque, l'un et l'autre exécutés en marbre, s'ofïrent d'abord à l'œil qui, à travers les arcades de la façade, se porte dans l'intérieur du tombeau où il ne saisit que les deux cadavres. Vous sentirez. Monsieur, mieux que personne, le prix de cette idée plus susceptible d'une profonde méditation que d'un minutieux examen.
Ces cadavres rendus avec un naturalisme quasi répugnant, cette allégorie sententieuse, indiquent un idéal absolument étranger à l'esprit élégant et léger du Florentin ou de son associé. Aucun d'eux n'était capable de montrer, avec une pareille crudité d'accent, le néant, la vanité des grandeurs de la terre anéanties devant la mort. Nous n'hésitons pas, en présence de ce morceau laissé sans signature par deux écrivains d'art des plus compétents, à prononcer le nom de Ligier Richier. On reconnaît, dans la description de Grosley, un mode de représentation que nous savons être familier à notre artiste ; on y retrouve les pensées austères et graves qui lui ont inspiré le motif emblématique du monument de René de Chalon. Nous les rencontrons ici traduites avec le même esprit, la même énergie, qu'aucun détail, si repoussant, si réaliste soit-il, ne saurait arrêter.
alors le registre des dépenses dont une copie fut adressée à l'historien. Ce dernier en consigna la partie la plus importante à la suite de la lettre dont nous avons extrait le passage cité plus haut.