LE SEPULCRE — MONUMENT DE LIGIER 3O
hasardée, répond à l'insignifiance des pierres sur lesquelles on l'a gravée (').
La plupart des auteurs sérieux qui se sont occupés de la question du Sépulcre sont aujourd'hui d'accord pour regarder cet ouvrage comme l'œuvre ultime de l'artiste, celle dont l'exécution occupa les dernières années de son séjour en Lorraine. Cette opinion est aussi celle qu'exprime le Catalogue des moulages du Musée de sculpture comparée (') ; un moulage de la Mise au tombeau de Saint-Mihiel figure, en effet, dans les galeries du Palais du Trocadéro, à Paris. Pour les auteurs de cet opuscule, le
1. Depuis le jour — juin 1906 — où nous écrivions les lignes ci-dessus, les choses ont quelque peu changé d'aspect. Certains s'en sont réjouis; d'autres, et nous sommes parmi ceux-là, le regrettent profondément.
A l'endroit même où s'élevait la fontaine commémorative de 1856, une statue se dresse aujourd'hui : celle de Ligier Richier, dont aucun document authentique — remarquons-le en passant — ne nous fait connaître les traits. Si pauvre et si mesquine que fût la pierre qui l'a longtemps précédée, elle avait au moins, dans sa simplicité, l'avantage de passer à peu prés inaperçue et celui, fort appréciable en l'occurrence, de ne point susciter des comparaisons que le voisinage d'un chefd'œuvre rend toujours dangereuses. Il est déplorable qu'on ne l'ait pas compris et que l'on ait à tout prix, malgré les avis les plus autorisés, persisté à dresser à sa place,
Comme un grenier à foin, bâtard du Parthénon,
le monument lourd et disgracieux inauguré en grande pompe le 2 mai 1909. Le Maître de Saint-Mihiel, le sculpteur de génie dont le ciseau sut animer la matière inerte et créer tant de chefs-d'œuvre, est aujourd'hui immortalisé par un bronze prétentieux et mesquin, à l'instar du politicien décédé de la veille!...
On est allé plus loin encore, car si l'on en croit les inscriptions gravées sur le piédestal, on a voulu, par l'effigie fantaisiste de l'ancêtre, glorifier du même coup tous ses descendants : les sculpteurs de VËcole (?) sammielloise... Leurs œuvres, nombreuses encore sur le coin de terre où ils ont vécu, suffisaient, il nous semble, amplement d leur gloire. Point n'était besoin, pour rappeler leur souvenir, pas plus du reste que celui de Ligier, de cette figure banale et sans caractère, aussi mal plantée que mal bâtie, qui ne peut que proclamer une seule chose : la profonde décadence de la statuaire dans une ville qui, jadis, compta dans ce genre de si grands artistes.