‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 204 sur 269 · Lib. cit., pp · texte numérisé non relu

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et inédit qu'il est bon de faire connaître. Il dit notamment, au chapitre VI, consacré au gouvernement de l'abbé Jean de Frcsneau :

C'est icy le temps de parler d'un des plus célèbres artistes que la Lorraine ait produit, et qui a fait beaucoup d'honneur à la ville de Saint-Mihiel. On trouve, dans l'église paroissiale de cette ville, un sépulcre travaillé avec tant d'art et de délicatesse qu'il est regardé avec fondement par les plus habiles connaisseurs comme une merveille du monde. Tous ceux qui en ont ouï parler, et qui viennent le visiter ensuite, sont convaincus par leurs propres yeux que la réalité surpasse l'idée qu'on leur- en avait donnée. On prétend que le roi Louis XIV, ayant passé par Saint-Mihiel alors qu'il possédait la Lorraine, fut si touché de la beauté de cet ouvrage qu'il avait résolu de le faire transporter en France, si l'exécution de cette entreprise eût été possible Les pierres blanches dont s'est servi l'ouvrier sont si belles qu'on

les prendrait pour du marbre. La sculpture est si bien faite, que le sculpteur, fâché contre un sergent qui lui avait fait insulte, le menaça de le mettre en une place où on se souviendrait longtemps de lui ; ce qu'il ht ; car il l'a représenté dans la sculpture, regardant les soldats qui jouent aux dés, à qui aura la tunique sans couture du Sauveur.

La plus complète, à notre connaissance, des descriptions du Sépulcre écrites au dix-huitième siècle, est celle que nous a laissée Regnard de Gironcourt ('), chevalier d'honneur au bureau des finances de Metz et d'Alsace, dans la relation manuscrite d'un voyage accompli au cours de l'été de l'année 1766. Nous en extrayons les passages suivants :

J'arrive à Saint-Mihiel par un tems détestable qui rendoit encore à mes yeux cette ville plus laide. Mon premier soin, et à peine descendu de cheval.

1. Henri-Antoine Regnard de Gironcourt, né à Nancy le 13 juin 171 9, mort à Varangéville le 10 janvier 1786. Il a laissé un grand nombre de travaux manuscrits dont certains ne sont pas sans mérite. Cf. Ch. Courbe, Promenades à travers les rues de Nancy, pp. 186, 282 et sq. Nous devons communication du document en question à l'obligeance de son arrière-petite-fille, M""= Laloy, née de Gironcourt, membre de la Société française d'archéologie. Nous lui adressons nos respectueux remerciements.

LF, SKPUT.CRI- DESCRIPTION DH RF.GNARD DK GIROXCOURT 323

fut d'aller revoir dans la Paroisse, en même tems Collégiale de Saint-Léopold, le Saint-Sépulchre que j'avois déjà admiré en 1735, mais comme enfant. Mais dieux ! avec quelle extase, quel ravissement, ne l'ay-je pas revu cette fois et avec d'autres yeux. Je n'y ay plus retrouvé, au dehors et autour du Sépulchre('), ce Distique que je n'ay jamais oublié :

SiSTE VIATOR, ET HOC ChRISTI MIRARE SePULCHRUM SaNCTIUS AUT NULLUM PULCHRIUS ORBIS habet(').

Que n'ayge le tact assez fin (') pour toucher avec une délicatesse équivalente l'éloge de la main divine qui a conduit le ciseau qui a formé les figures deceSépulchre. Un ange plutôt qu'un mortel les a taillées('*), il ne leur manque que la vie et la parole; encore est-il des instants où à force de regarder et dans l'extase et le ravissement de l'admiration, il semble que la Sainte Vierge, en particulier, est vivante, que la faiblesse seule et la douleur dans lesquelles son âme et son cœur sont noyés, tiennent ses sens enchaînés et éclipsés, et que la vie, un instant suspendue, rendra du coloris à son visage éteint par une pâleur mortelle, et donnera à son sang une nouvelle force, une nouvelle activité.

Il y a dans ce Sépulchre incomparable treize ou quatorze personnages (s); il auroit fallu plus de tems que je n'en ay eu pour en bien faire la description. Plus occupé de mon admiration que de faire des notes exactes, je ne pourray en dire que quelques mots.

Tout dans l'invention, l'exécution, l'attitude et l'air, est grand et sublime ; mais il y a cependant quelques morceaux qui fixent plus le ravissement et l'attention : je vais le faire connoître dans le peu que j'ay à rapporter.

Deux personnages tiennent le Sauveur qui est tout étendu.

1. Il s'y trouvait cependant encore au moment où fut imprime l'ouvrage de dom Calmet, 1751, dans lequel il se trouve cité d'une façon identique. Nous ignorions qu'il fût disposé de la façon indiquée ici ; peut-ctrc les souvenirs de notre voyageur n'étaient-ils plus très exacts sur ce point.

2. L'inscription moderne a modifié ces vers et remplacé les deux premiers mots : Sisie viator par Ulud, quisquis ades.

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