‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 208 sur 269 · LE SEPULCRE PENDANT LA REVOLUTION 32J · texte numérisé non relu

LE SEPULCRE PENDANT LA REVOLUTION 32J

la couleur de sa carnation qui est rousse ('). La bouche qu'il tord en considérans les Dez est la nature même.

Cette admiration unanime, dont les lignes que nous venons de citer peuvent donner une idée, fut la sauvegarde de l'œuvre de Richier. Elle a traversé trois siècles sans éprouver d'autres dommages que quelques mains et doigts cassés, quelques nez mutilés, entre autres ceux des joueurs. On peut, si l'on admet la légende de l'huissier et du boulanger, supposer que cette mutilation fut l'œuvre des personnages ainsi « pourtraicturés », peu flattés sans doute de se voir attribuer un pareil rôle. Mais nous croyons plutôt que les soudards ont été détériorés par de pieuses gens qui, comme à Solesmes, ont cru venger les outrages faits au Christ, en s'attaquant à l'effigie de ses bourreaux.

Pendant la Révolution, l'église Saint-Étienne fut interdite au culte par décret du 23 novembre 1793. Un peu plus tard, 22 février 1794, un arrêté du Conseil général de la commune en ordonnait la démolition, « à l'exception du Sépulcre qui est un monument d'art ». Il est à supposer que, malgré cette réserve, le Sépulcre eût subi le même sort que les monuments de la collégiale de Saint-Maxe et de tant d'autres dont nous avons dû, à différentes reprises, déplorer la perte, si la délibération de l'assemblée communale eût été mise à exécution. Il n'en fut heureusement rien et l'édifice, transformé en abattoir et en étable, échappa ainsi à la destruction dont il était menacé. Mais il était à craindre que le chef-d'œuvre qu'il abritait n'eût grandement à souffrir du nouvel état de choses.

I. Cette figure n'est cependant pas peinte et je ne crois pas qu'elle l'ait jamais été ; il est vrai que les caractères physiologiques, très fidèlement rendus, semblent accuser cette particularité, La pénonibrc dans laquelle est placé le personnat^e accentue et justifie l'illusion.

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Deux hommes dont le nom mérite d'être conservé, Marchand et Marthi, admhiistrateurs du district, le comprirent. Par leurs soins, la grotte fut remplie de paille et de foin, et son ouverture sur l'église fermée au moyen de madriers contre lesquels furent accumulées des bottes de fourrage.

Quelques mois après, le 30 thermidor an II (17 août 1794) une lettre de la Commission temporaire des arts ('), adressée à la municipalité de Saint-Mihiel, l'invitait à veiller « à la conservation du célèbre Sépulcre qui se trouve à Saint-Mihiel, et que divers écrivains attribuent à un nommé Richier ». Les précautions prises furent maintenues et l'oeuvre sauvée. Elle ne devait cependant reparaître au jour que plusieurs années après, en 1797, lorsque la vieille église paroissiale reprit sa destination première.

Si le Sépulcre, soigneusement dissimulé, avait échappé au marteau des vandales, il se trouvait, lorsqu'il réapparut aux regards, dans un lamentable état. Privé d'air et de lumière durant les années de sa claustration, l'humidité, dont souffrait autrefois l'église Saint-Étienne, l'avait gravement endommagé.

Un dessin du monument fut alors exécuté (') et joint à une demande de secours adressée au ministre de l'Intérieur, afin

1. Établie à l'instigation du peintre David, le i8 juillet 1793, elle disparut, après de nombreuses vicissitudes, le 28 floréal an III (17 mai 1793). Hlle avait remplacé la Commission des monuments instituée par la Convention. Elle se composait de savants et d'érudits parmi lesquels on rencontrait les peintres Doyen et David, les sculpteurs Pajou et Mouchy, l'orfèvre Masson, de Briquigny, de l'Académie française, Barthélémy, auteur du Voyage du jeune Anacbarsis, Dcsmarets et Vandermonde, de l'Académie des sciences, l'abbé Le Blond, Dacicr, le numismate Mougy, le biographe Arneilhon, le libraire Debure, l'abbé Mercier, bibliothécaire de Sainte-Geneviève. La lettre adressée à la municipalité de Saint-Mihiel est signée Mathieu. Cf. Abbé Souhaut, lib. cit., p. 290.

2. D'après l'abbé Souhaut, /'/'. cil., p. 291, ce dessin aufiiit été fait par « un célèbre dessinateur du pays, M. Saunois », il ajoute ensuite : « M. de Lahaut, à Verdun, en possède une partie ». Nous l'avons cherchée en vain.

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