‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 209 sur 269 · LE SÉPULCRE — SES RESTAURATIONS · texte numérisé non relu

LE SÉPULCRE — SES RESTAURATIONS

d'obtenir quelques subsides destinés à faire face aux frais d'une restauration dont l'urgence, paraît-il, s'imposait ('). Les graves événements que traversait alors la France ne permirent pas une réponse favorable et aucune subvention ne put être accordée. Cependant, ni la municipalité ni la flxbrique de l'église Saint-Étienne, fières à divers titres de leur trésor et désireuses de le voir rétabli dans son intégrité première, ne demeuraient inactives. La mise en état du Sépulcre les préoccupait également l'une et l'autre, et leur grand souci paraît avoir été, dans les années qui suivirent la réouverture de l'église, de réunir des fonds pouvant leur permettre de faire procéder aux réparations les plus pressantes.

Un premier essai fut tenté, vers 1810, par un sculpteur de Saint-Mihiel nommé Claude iMangeot {'). Son travail se borna à la réfection de la main droite de Marie-Cléophée. En 181 5, un notaire de Sorcy, nommé Comon, ne craignit point d'essayer un médiocre talent d'amateur sur un des chefs-d'œuvre de la sculpture française. Il comprit heureusement bien vite son impuissance, et sa tentative à peine ébauchée prit rapidement fin.

Les véritables travaux de restauration furent entrepris en 1839, aux frais du gouvernement, par un sculpteur nommé Brun.

La cause première des détériorations survenues au monument

1. Ce détail nous a été fourni par l'Annuaire statistique du département de la Meuse, année 1804. L'article, inséré sous la rubrique Beaux-Arts, pp. 212-213, est fort curieux. Le Sépulcre y est signalé comme « le seul objet digne de fixer l'attention des amis des beaux-arts » dans le département. « Pour le sauver des fureurs du vandalisme, quelques membres de la municipalité ^««/ murer, en 1793, le local qui le renferme... Les administrateurs du département ont envoyé, en l'an V, au ministère de l'Intérieur, le dessin du monument. Ils n'ont pas obtenu les fonds qu'ils avaient sollicités pour sa restauration. Si elle était effectuée, et que l'on plaçât le Sépulcre sous un .aspect favorable, il ne manquerait à sa célébrité qu'un plus vaste théâtre. »

2. Claude Mangeot était originaire de Saint-Mihiel. Il est l'auteur du Christ au tombeau placé dans la Roche du Calvaire, à l'entrée de la ville.

provenait de ce que nous serions tenté d'appeler un vice de construction. Pour supporter le Christ, dont le corps n'a, en somme, aucun point d'appui, Richier avait placé transversalement, en dessous, deux barres de fer en forme de T destinées à en soutenir le poids. En cédant à l'action de la rouille causée par le temps et l'humidité, le métal avait laissé le bloc dans lequel est taillé la figure de Nicodéme s'incliner vers celui de Joseph d'Arimathie. Une fracture à leur point de jonction : les reins du Christ, en était résultée. Le restaurateur ajusta à cet endroit un morceau en biseau et rétablit ainsi la suture dans son intégrité première. Puis, pour remédier au fâcheux état de choses qui avait amené l'accident, il adapta sous le Christ un support de pierre dans lequel il simula la retombée du périzonium.

En s'afîaissant de gauche à droite, les deux blocs dont est formé le groupe central s'étaient détachés de leur fondation et un mouvement analogue, mais en sens inverse, s'était produit dans la base de Véronique. Brun enleva les crampons de fer mis pour consolider cette statue et lui ajouta une base entièrement neuve. Elle tut alors notablement exhaussée et la robe, qui s'arrêtait primitivement à la hauteur des chevilles, fut prolongée jusqu'à terre afin de dissimuler les pieds dont la réfection présentait de sérieuses difficultés. On les aperçoit maintenant à peine et, au lieu de les rétablir nus comme autrefois, le restaurateur les a chaussés de grossières sandales. C'est principalement ce dernier travail que Dumont qualifiait avec indignation, dans l'une de ses brochures, de « monstruosité ».

Une main de plomb, moulée peut-être sur les débris de l'ancienne, avait été adaptée au bras droit de la Madeleine ; le restaurateur la refit en pierre.

Il restitua également au chef des gardes et à ses deux soldats

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