‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 236 sur 269 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

A Genève donc, selon toute apparence, et dans les premiers mois de l'année 1567, se termina la vie du grand artiste que fut Ligier Richier. Bien souvent, devant le grand lac aux eaux bleues troublées par le cours impétueux du Rhône, en face de cet horizon grandiose fermé par les sommets neigeux des Alpes, le maître exilé dut évoquer le souvenir des calmes et verdoyantes perspectives de ses vallées meusiennes, dont les longues lignes, simples mais harmonieusement ondulées, semblent parfois se refléter dans ses ouvrages.

Son œuvre, réduite et disséminée par le temps, aujourd'hui encore bien imparfaitement connue, méritait les longues re-

cherches que nous avons entreprises dans le but d'en grouper les éléments épars. Les preuves certaines faisant défaut, il est impossible d'affirmer que ce merveilleux ensemble de sculptures soit entièrement sorti de ses mains. Mais les analogies de style précises et nettement caractérisées que nous avons cherché à mettre en lumière permettent cependant d'affirmer que, si parfois, dans certains morceaux, l'ouvrier put être diffèrent, tous sont néanmoins sortis d'un atelier unique, animé par un même esprit.

Par quel concours de circonstances cet atelier fut-il amené à se constituer et quelle en fut la durée ? C'est ce que ni les documents ni les œuvres ne nous permettent actuellement d'établir. Mais il n'en présente pas moins, pendant l'espace de temps où nous l'avons observé, un remarquable caractère de cohésion et d'unité. Il offre en outre un exemple complet et rare du travail que purent encore produire, en plein seizième siècle, quelques artisans isolés au fond de leur province. Saluons en eux les représentants attardés et les derniers héritiers de la science des vieux imagiers gothiques, dont les eflorts laborieux, incessants, avaient amené l'art français à un si haut degré de perfection.

A une époque qui, dans un fol engouement pour l'imitation étrangère, s'éloignait chaque jour des saines traditions qu'ils avaient cultivées, Ligier semble avoir pris à tâche de les maintenir quand même. Esprit libre, il sait, sans rejeter les modes nouvelles, demeurer lui dans sa façon de les interpréter et continuer à travailler selon les principes qui avaient guidé ses débuts. Jusqu'à la fin de sa longue carrière, il reste fidèle à l'idée qu'il avait conçue du beau dans l'ordre esthétique et psychologique et n'abandonne jamais ni son réalisme simple et consciencieux, ni la vérité de ses accessoires, pour les banalités et les conventions des Italiens. Toujours et partout, il demeure calme,

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