‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 237 sur 269 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

pondéré, ennemi de tout geste emphatique ou déclamatoire ; épris avant tout de mesure, d'harmonie et de clarté. Son œuvre est pour nous la dernière et vivante synthèse du vieil esprit national et tous ses efforts paraissent se résumer dans une formule unique : allier, avec l'allure grave et religieuse des compositions médiévales, la recherche de la distinction et de la beauté des formes.

Si ce tut là son but, nous devons avouer qu'il l'a supérieurement atteint, et qu'il était impossible de demeurer plus traditionaliste, tout en devenant de moins en moins insensible aux charmes séducteurs de la Renaissance italienne. Gardant vis-à-vis d'elle sa liberté d'interprétation, puissamment servi par des moyens personnels hors de pair, le statuaire sammiellois demeura jusqu'à la fin dans cette note de justesse, d'équilibre, qui demeure sa qualité première et que bien peu d'artistes ont réalisée comme lui.

Il y a, comme le dit si judicieusement Courajod, au cours des notes trop brèves qu'il lui a consacrées, unité complète dans la vie morale et dans la vie artiste de Ligier Richier. Le chrétien — et il faut, pensons-nous, prendre ce mot dans son sens le plus large, celui de croyant, sans chercher à lui accoler une épithéte quelconque — explique et fait comprendre en lui le statuaire.

ARMOIRIES DE NANCY (D*après le dessin original des Archives municipales. Fin du xvi« siècle)

NOTICE DE DOM CALMET DANS LA « BIBLIOTHÈQUE LORRAINE », COLONNES 823 A 826

« RICHIER (Ligier), fameux sculpteur de S. Mihiel en Lorraine, on montre dans l'église paroissiale de la ville de Saint-Mihiel un Sépulchre de Notrc-Seigneur en pierre blanche, dont les figures, plus grandes que le naturel, sont très estimées par tous les connoisseurs, et passe pour l'un des plus beaux ouvrages de l'Europe en ce genre; j'ai fait toutes les recherches pour en découvrir l'auteur, et je crois y avoir enfin réussi.

« L'auteur des Additions au Théâtre Historique de Gueudeville, qu'on dit être M. l'abbé Hugo, mort depuis quelques années, abbé d'Étival et évêque de Ptolémaïde, a écrit que cet habile sculpteur se nommoit Hugues, mais il n'en donne aucune preuve.

« Je m'en suis informé autrefois fort curieusement, demeurant à l'abbaye de S. Mihiel, sans en pouvoir rien découvrir sinon qu'on tenoit par tradition, que ces habiles sculpteurs étoient trois frères calvinistes, qui demeuroient dans une petite maison fort basse, à un simple étage, où l'on voyoit encore une cheminée, dont le manteau et les montants étoient d'une seule pierre, travaillée d'une draperie si bien faite, qu'on l'auroit prise pour une tenture

OU un rideau, et si fine, qu'aujourd'hui elle paroît sortir de la main de l'ouvrier ('), le plafond de leur chambre est orné de pièces de rapport en relief ('), c'est ce que l'on montre encore à présent dans la ville de S. Mihiel; mais depuis on a exhaussé la maison et on y a fait un second étage.

« Un religieux de S. iMihiel(/) que j'ai prié de s'informer exactement de la chose, m'a écrit qu'un ancien bourgeois de cette ville, nommé Haroiix, fort habile armurier, âgé de soixante-dix-huit ans, plein de vie et de bon sens, lui avoit raconté qu'il avoit souvent oui dire à son grand-père, armurier comme lui, que l'ouvrier du Sépulchre se nommoit Midner ou L{i^ier Richier, natif de Dagonville("'), village situé à deux petites lieues de Ligni-en-Barrois; que SCS parents étant venus s'établir à S. Mihiel, avoient embrassé le calvinisme, qui étoit alors fort à la mode. Que le père du jeune Richier ayant remarqué dans son fils une grande disposition à la peinture et à la sculpture, l'abandonna à son inclination ; et que le jeune homme réussit tellement dans le dessin, qu'à l'âge de quinze ans, sans avoir eu de maître, il dcssinoit déjà parfaitement.

« Que le fameux Michel Ange(Â') Buonarota, étant venu à Nancy, passa par S. Mihiel allant à Paris; et qu'ayant vu les ouvrages du jeune Richier, il le demanda à ses parents qui n'urent pas de peine à le lui accorder; mais il s'aperçut bien tôt que le goût dominant de Richier étoit pour la sculpture, il le mit chez un statuaire où il fit des merveilles.

« De retour à S. Mihiel, il fut employé par divers particuliers, à travailler dans leurs maisons, à de petits ouvrages; on lui attri-

1. C'est cette chemince qui fut, par la suite, transportée au presbj'tére de Hansur-Meuse. Voir p. 195.

2. Ce plafond se trouve encore dans la maison autrefois habitée par l'artiste, 7, rue Haute-des-Fosses, à Saint-Mihicl. Voir p. 193.

/". Lettre du R. P. D. Grégoire Thomas, an 1742.

3. Cette assertion est démentie par la lettre patente du duc Antoine. k. Michel-Ange est mort en 1564.

bue le Christ en terre cuite qui se voit au sépulchre, près de la porte de l'église de l'abbaye ('), et quelques cheminées dans des maisons particulières de la ville (').

« Mais ce qui lui a mérité un honneur infini, c'est le Sépulchre en pierre qui se voit aujourd'hui à la paroisse de S. Mihiel.

« Il y a aussi dans l'église de l'abbaye plusieurs morceaux de sa façon, comme une Sainte-Vierge tenant le petit Jésus, en terre cuite, un Saint-Michel de même, plusieurs médaillons en pierre ('), un Crucifix (+) et une Sainte-Vierge-de-Pitié en bois d'un goût admirable ('); il y avoit autrefois auprès de la croix un petit chien si parfaitement imité, que les autres chiens le voyant, abboyoient après; il avoit fait l'ancien Jubé de l'église de l'abbaye f), et la magnifique cheminée qui se voit encore à la maison abbatiale, et qui a été faite sous" l'abbé Merlin, qui est mort en i586(').

« Le religieux qui m'écrit, dit avoir interrogé le même vieillard à plusieurs différentes fois, lequel lui a toujours raconté la même chose sans varier, il ajoûtoit que le nommé Sansonnet, fondeur de cloches, très habile et très célèbre dans le pays, étoit descendu de

1. Ce christ, couché dans un sarcophage, se trouvait dans la chapelle dite a du Saint-Sépulcre », bâtie par doni Loupvent et dont nous avons parlé aux pages 312-314.

2. Certaines de ces cheminées se rencontrent encore à Saint-Mihiel, mais leur style ne permet pas de les attribuer à Ligicr Richicr. Elles sont dues bien plutôt à son fils, à ses neveux, ou à leurs descendants.

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