‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 30 sur 269 · LES LEGENDES DE DOM CALMET · texte numérisé non relu

LES LEGENDES DE DOM CALMET

les biographes de Ligier. Pour la plupart d'entre eux, l'Italie et Michel-Ange avaient seuls été capables de former leur artiste. Il n'était cependant pas nécessaire de chercher aussi loin ni de monter si haut, pour trouver les origines du chef de l'atelier sammiellois.

Toujours d'après dom Calmet, Ligier n'aurait pas été le seul membre de sa famille ayant exercé la profession d'imagier. Deux de ses frères, dont l'historien ne cite pas les noms, auraient également manié le ciseau. Ils auraient vécu, travaillé de compagnie, et ces trois frères associés auraient produit la plupart des ouvrages portés à l'actif du plus célèbre d'entre eux.

La source de cette seconde légende doit, selon nous, être recherchée dans le fait qu'un assez grand nombre de descendants du fondateur de l'atelier exercèrent, et non sans talent, la profession illustrée par leur ancêtre. Dom Calmet, insuffisamment informé, a fait d'eux les frères de Ligier, alors qu'en réalité ces Richier minores furent : l'un, le fils du chef de la tamille ; les autres, ses neveux, petits-enfants et petits-neveux.

M. Léon Germain, qui a établi avec une rare pénétration la généalogie de toute cette tribu d'artistes, n'a rencontré aucune trace de ces deux prétendus frères. Mais comme l'abbé Souhaut, suivi en cela par Marcel Lallemend, a créé pour chacun de ces personnages problématiques une biographie et un oeuvre absolument fantaisistes, il ne sera pas inutile d'entrer sur ce sujet dans quelques détails. Nous laisserons la parole à M. Léon Germain. Dans un article publié par le Pays lorrain ('), il établit, avec la haute autorité que lui donne sa longue expérience du sujet, la genèse de cette histoire.

I. N" 4, 25 février 1904, La Statue de saint Nicolas à l'église de Sainl-Nicolas-de- Pvrl. Tirage à part, 8 p.

« Je vais, dit-il ('), essayer de faire brièvement comprendre l'origine de cette invention. Elle a pour point de départ le jugement que M. Souhaut porta sur le célèbre retable d'Hattonchâtel, œuvre datée de 1523, et généralement — mais faussement, à notre avis — attribuée à Ligier Richier ('). Au milieu de la base existent des armoiries, accostées des initiales G ou C et R ; plusieurs critiques anciens, ne comprenant pas que ces initiales se rapportent certainement au même personnage que les armoiries, c'est-à-dire au donateur, crurent y trouver une signature d'artiste ; l'R convenait bien au nom de Richier ; mais comment expliquer le C ou le G ? Le maître de l'école, dirent les uns, a pu avoir un autre prénom que celui de Ligier; d'autres avouèrent leur embarras. M. Souhaut, lui, déclara que ces initiales s'appliquaient à un frère de Ligier, à un frère aîné, car Ligier était probablement jeune en 1523; de plus, ce frère aurait sculpté toute la partie décorative du retable, laissant à son puîné, plus habile statuaire, le soin d'exécuter les scènes à personnages. M. Souhaut se fondait sur une vague tradition d'après laquelle Ligier aurait eu deux frères; mais toutes les « traditions » affectionnent singulièrement certains nombres, comme sept et trois, et l'on sait du reste ce que valent les traditions relatives aux Richier

« Avec la première lettre, quel nom donner à l'auteur du

Page 1