‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 40 sur 269 · JACQUES BACHOT ET LA STATUE DE SAINT NICOLAS · texte numérisé non relu

JACQUES BACHOT ET LA STATUE DE SAINT NICOLAS

elle ne présente aucune des caractéristiques de l'atelier sammiellois. Nous y verrions bien plutôt, de même que dans la plus grande partie des sculptures de l'édifice, l'œuvre d'un des membres de cette famille quelque peu nomade des Bachot, dont le chef, Jacques ('), après avoir travaillé à Troyes, son pays d'origine, puis à Joinville, à la sépulture des princes lorrains, disparaît subitement de sa patrie, vers 15 10-15 ii, pour n'y reparaître que quatorze ans plus tard. Chatourup, lors de son fameux voyage de 1532, rencontra des traces du transfuge précisément à Saint-Nicolas, où il avait, nous dit-il, exécuté un Sépulcre dont il ne reste plus aucun vestige.

Il est probable que cette œuvre ne fut pas la seule qu'exécutèrent, pour l'église lorraine, Jacques Bachot et les compagnons venus avec lui de la Champagne. A propos surtout du Saint- Nicolas du portail, nous prononcerions plus volontiers le nom de Bachot que celui de Richier, dont le travail et l'inspiration sont tout autres. « Il est difficile, en tous cas, disent MM. Kœchlin et

Marquet de Vasselot ('), de nier son caractère champenois

C'est l'habituelle disposition du sujet tel qu'on le rencontre si souvent à Troyes et aux environs, à Coursan notamment (daté de 1530), et même à ce curieux Saint-Nicolas de Saint-Pantaléon, dont la réahste physionomie réjouissait encore Grosley à la fin même du dix-huitième siècle. »

1. Sur Jacques Bachot voir : Doni Calmet, Bibliothèque lorraine, lib. cit., col. 69 ; Emeric David, Histoire de la sculpture française, p. 324 (note de Du Seigneur); AssiER, Les Arts et les artistes dans la capitale de la Champagne, p. 141 ; N. Rondot, Sculpteurs Troyens, pp. 78-80 ; Alb. Babeau, Les Prédécesseurs de Gentil, pp. 59-60 ; Raymond Kœchlin et Jean-J. Marquet de Vasselot, La Sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au seiiième siècle, Paris, Armand CoUin, 1900, pp. 75-85.

2. La Sculpture à Troyes..., lib. cit., p. 83. Nous donnons, à la page 198, une reproduction de cette statue.

Quoi qu'il en soit, et bien qu'il ne nous paraisse guère possible de signaler, à Saint-Nicolas-de-Port, aucune œuvre pouvant être regardée comme un produit de l'atelier de Ligier ('), sa présence dûment constatée dans cette localité, passée jusqu'ici inaperçue, et sa participation quasi certaine aux travaux d'un des plus importants monuments de la Lorraine, valent la peine d'être signalées et ne sauraient, à l'avenir, être laissées dans l'ombre par les historiens de l'édifice.

Sous cette même date, 1 3 3 3 , ce qui confirme notre supposition sur le peu de durée du séjour de l'artiste à Saint-Nicolas, nous trouvons dans les comptes de la Prévôté de Kœur (') une note ainsi conçue :

Payé à maistre Ligier, demeurant à Sainct Myhel, ymaigier, de l'ordonnance de nostre souvraine dame, comme il appert, xviij écus valant iij fr. pièce. Rendue ladicte ordonnance et quittance de maistre Ligier comme il appert ici.

Il n'appert plus rien, hélas ! les liasses de pièces justificatives annexées au registre de comptes ayant depuis longtemps disparu.

Aux archives de la Meuse ('), un vidimus d'une lettre du 28 janvier 1536 nous révèle que Ligier avait acquis, au cours de

1. Les deux ou trois statuettes anciennes du retable de la chapelle des Fonts, figures molles et sans grâce, en général ; les quatre anges aspidophores de la galerie du grand portail, de beaucoup supérieurs aux premières, mais fortement italianisés déjà, sont à peu prés les seules sculptures qui nous aient paru présenter quelque cachet vraiment local. Je n'irai cependant pas jusqu'à reconnaître en elles, avec l'abbé Souhaut, « les caractères du ciseau de Je.in Richier, à l'époque où il débutait dans l'art de ses aînés ». Lib. cit., p. 377.

Page 1