DiGOT, Hist. de Lorraine, oiiv. cit., t. IV, p
2 . L. Maxe-Werly, Notes et documents pour servir à l'histoire de l'art et des artistes dans le Barrois, antérieurement à l'époque delà Renaissance. Paris, Champion, 1900, pp. 16-23. Cf., sur ce travail, l'opuscule de M. L. Germain de Maidy : Remarques sur l'ouvrage de M. L. Maxe-Werly, intitulé... etc. Nancy, Sidot, 1907.
3. Le Palais ducal de Nancv, art. cit., p. loi ; « L'Insigne église collégiale Saint- Georges de Nancy » (Bu//, de la Soc. d'Archéol. lorr., t. III, n° i, p. 178).
4. Paul Vitry, Michel Colombe et ht sculpture française de son temps, Paris, 1901, pp. 120-121. M. L. Germaix, Remarques..., p. 32, a émis une opinion semblable.
LA DÉCORATION A l'iTALIENNE 65
Lorraine- Vaudémont, n'a, tout tend à le prouver, rien de commun qu'une fausse similitude de nom avec l'artiste célèbre.
Pietro da Milano, « Pierre de Millain », comme l'appellent nos vieux comptes, est, nous pouvons l'affirmer avec une certitude presque absolue, le seul artiste transalpin dont il soit possible de trouver des traces dans nos archives au cours d'une période de prés d'un siècle dont nous plaçons le début aux environs de 1450. La cause de ce fait, qui forme un saisissant contraste avec ce qui se peut constater en France à la même époque, nous paraît difficilement explicable, de même que le peu d'engouement que semblent avoir éprouvé les seigneurs lorrains pour l'art dont les brillants dehors avaient séduit si vite leurs compagnons français.
Peut-être le contact, réduit en somme à quelques unités, fut-il trop rapide pour avoir pu porter chez nous les fruits qu'il produisit si vite sur les bords de la Loire?... Quoi qu'il en soit, et malgré tout ce qui semblait devoir contribuer à sa rapide diffusion, l'art italien ne fit en Lorraine qu'une entrée assez tardive. Une sorte de résistance, plus instinctive peut-être que raisonnée, s'est produite, dont le tempérament local, plus froid, moins impulsif et peu porté vers les nouveautés, d'où qu'elles vinssent, est sans doute l'unique cause.
Ce fut, ici comme partout ailleurs, dans la décoration ornementale que le goût nouveau se fit sentir d'abord. Mais comme nos vieux imagiers, très attachés à leurs traditions — on pourrait presque dire à leurs routines — étaient avant tout des statuaires, abandonnant volontiers la partie décorative de leurs travaux à des ornemanistes — ce que furent précisément les premiers ouvriers italianisants dont nous rencontrons les œuvres — il devait s'écouler un certain temps encore avant que le robuste
Style français qui- caractérise leurs productions fût modifié et gâté par le mal italien.
Le premier exemple de ce mélange de deux styles nous est donné par le mausolée de René II, élevé de 1508 à 15 10 dans l'église du couvent des Cordeliers de Nancy ('). Les auteurs, car le travail est visiblement dû à plusieurs mains, sont anonymes. Mansuy Gauvain y eut-il sa part? Quelles sont, dans ce vaste ensemble, les parties pouvant lui être attribuées ? Il est impossible de le déterminer.
A première vue, la composition diffère essentiellement de celle des tombeaux de type français, dont celui du duc de Bourgogne nous a offert un très brillant modèle. Elle consiste en une sorte de grand retable, adossé à la muraille, et formé par la superposition de deux registres nettement séparés.
Au-dessus d'un soubassement haut d'environ o'",7o, en avant duquel était placé un monument de bronze aujourd'hui disparu, s'élèvent deux pilastres assez saillants qui encadrent une sorte d'arcade à linteau horizontal et que couronnent des chapiteaux à l'antique. La voussure de l'arcade est remplie par deux corps de moulure en retraite, et le fond garni de draperies peintes, sur lesquelles sont fixées des plaques de marbre portant de longues inscriptions. Au-dessous, le duc, à genoux devant la Vierge qui lui présente l'Enfant Jésus. René est en costume d'apparat ; sur son prie-dieu sont symétriquement disposés les insignes de la dignité souveraine : la couronne, l'épée avec son baudrier et le sceptre. En plus, deux livres, l'un ouvert, l'autre fermé : sans
I. Voir, au sujet de ce tombeau : abbé Guillaumk, « Les Cordeliers et la Chapelle Ducale de Nancy » (Mém. Soc. Archéol. lorr., t. II, 1851, pp. 97 à 104); Chr. Pfister, Ub. cit., t. I, pp. 625 à 627.
TOMBKAU DE RENÉ II éy
doute le livre d'heures et le missel du défunt ('). Sur la clet du linteau sont figurées les armes pleines de Lorraine, surmontées d'un cimier de bronze supportant un aigle aux ailes éployées. En arrière, sculptées sur les moulures dont nous avons parlé, des arabesques alternent avec des écussons portant les armoiries des trois duchés : fleurs de lis de France avec la bordure d'Anjou ; alérions de Lorraine et barbeaux de Bar.
Une frise assez étroite, garnie de redents trilobés, réunit les deux pilastres ; un cordon saillant couronne cette partie du monument.
Le registre supérieur, encadré également par des pilastres, est divisé en deux parties par un pilastre central. De chaque côté sont disposées trois niches à ouvertures en plein cintre, dont le tympan est garni d'une large coquille. Dans les deux niches médianes, deux statues, l'archange Gabriel et la Vierge Marie, placées lace à focc, figurent la scène de l'Annonciation. Dans les autres on voit : à gauche, saint Georges, patron des chevaliers, et saint Nicolas, patron de la Lorraine ; à droite, saint Jérôme et saint François d'Assise, titulaire de l'église et fondateur de l'ordre religieux chargé de la desservir.
De volumineux chapiteaux surmontent les pilastres angulaires. Sur la large frise concave qui les réunit et qui couronne l'ensemble du mausolée, sont sculptés quatre groupes d'anges réunis deux à deux, et supportant quatre écussons aux armoiries des royaumes de Hongrie, Sicile, Jérusalem, Aragon. Tout à fait au sommet, dans une sorte de niche ovoïde correspondant au pilastre central. Dieu le Père, siégeant en majesté et accosté de
I. Le groupe actuel, de facture très médiocre, a été exécuté en 1818, par le sculpteur François Labroise, d'après des documents anciens.
deux anges, préside à la scène de l'Annonciation. Les pilastres d'encadrement sont surmontés de lourds acrotères sur lesquels sont sculptées de minuscules figurines soutenant des banderoles garnies d'inscriptions.
Les grands éléments décoratifs, pilastres, entablement, bien que d'un aspect un peu lourd, sont fort habilement agencés. Le tout, rehaussé d'or et de vives couleurs ('), est couvert à profusion de ces ornements mis à la mode par les Italiens sur les bords de la Loire C). Pieds de candélabres et vases décoratifs, arabesques et rinceaux au milieu desquels se jouent de petits génies, décorent de leurs délicates guirlandes les plates-bandes, les faces et les retours des pilastres. Tous ces détails sont d'une finesse, d'une virtuosité remarquables, trahissant, par leurs tailles vives et leurs plans menus, des mains d'une extrême habileté, rompues par une longue pratique à cette minutieuse et délicate besogne.
Au milieu de cette décoration alerte et légère, la facture toute gothique encore des statuettes forme un saisissant contraste. Lourdes et trapues, épaissies par les plis de leurs draperies dont le style demeure assez large, on devine en elles la main plutôt rude d'un ouvrier imbu des traditions gothiques, complètement étranger aux délicatesses italiennes avec lesquelles il voisine. Très gothiques encore, non seulement d'esprit mais aussi d'exécution, les angelots aspidophores de la corniche, les redents trèfles, les banderoles ondulées et chargées d'inscriptions qui se
1. La majeure partie de ces peintures avaient été exécutées par un enlumineur nommé Pierrequin. « A maistre Pierrequin, painctre, la somme de mil frans qu'il debvoit avoir par marché à luy fait de poindre la sépulture du feu Roy de Sicile que Dieu absoille. » Arch. Meurthe-et-Moselle, B, 1012.
2. Le plus ancien exemple d'une décoration de ce genre nous est offert par les deux pilastresde l'encadrement extérieur du Sépulcre de Solesmes, daté de 1496. Voir Paul ViTRY, lib. cit., p. 193.