CHAPITRE V
LE RETABLE D'HATTONCHATEL
Sur le territoire du canton de Vigneulles, à dix-huit kilomètres de Saint-Mihiel, au. sommet d'un des promontoires de la chaîne de collines qui va de Verdun à Toul et qui sépare la vallée de la Meuse des plaines de la Woëvre, est un très modeste village qui tire son nom d'un castel bâti au neuvième siècle par l'évêque de Verdun, Hatton ('). De la forteresse, rien ou presque rien n'a survécu, mais l'église collégiale, tondée par un des successeurs du
I. Il occupa le siège de Verdun de 847 à 870 et fit construire le château vers 859. Ce dernier, à cause de sa situation sur une montagne dominant les plaines de la Woëvre, était regardé comme important. Une chapelle, dédiée selon Wassebourg à saint Jean-Baptiste, était annexée à la forteresse. Le fondateur y déposa un bras de saint Maur, évêque de Verdun, sous l'invocation duquel l'église fut placée par la suite ; enfin, il érigea cette chapelle en paroisse et fit don, au siège épiscopal de Verdun, du château et de son territoire.
LICIER RICHIER 6
généreux prélat, reste encore debout ('). Veuve depuis longtemps de son Chapitre et d'une partie de son cloître Ç), coupé par la voie publique, elle sert aujourd'hui d'église paroissiale au petit bourg d'Hattonchàtel.
C'est au chevet carré de cet édifice, construit aux treizième et quatorzième siècles, au-dessous d'un triplet à lancette, que se trouve la première oeuvre pouvant être attribuée à Ligier Richier. Elle est datée, nous l'avons dit déjà, de 1523.
A quelques mètres en arrière d'un autel de marbre en forme de tombeau antique, s'élève, porté sur un socle de pierre adossé à la muraille, un retable divisé en trois compartiments distincts par quatre pilastres d'ordre composite, à bases finement moulurées. Leur face est ornée de vases d'où s'échappent de gracieux enroulements où les volutes se marient aux banderoles et aux feuillages stylisés. Un groupe de bucranes s'y voit également, ainsi que divers attributs symboliques parmi lesquels on distingue ceux de la sculpture et de l'architecture : une règle et un compas ; un marteau et un ciseau. Aux chapiteaux, des cornes d'abondance enrubannées remplacent les volutes angulaires; il en sort des feuillages et des fruits. Ces pilastres supportent un entablement du même ordre dont toutes les moulures sont ornées de perles, de rais de cœur, d'oves et de denticules. Sur la frise courent de gracieux rinceaux reliant des vases et de légers cartouches.
1. La Collégiale d'Hattonchàtel fut érigée en 1328, sous l'épiscopat de Henri d'Apremont. Hlle subsista jusqu'en 1707, époque à laquelle l'évèque, Hippolyte de Béthune, la réunit à la Collégiale fondée en 13 19 au château d'Apremont, par Robert IV et Marie de Bar, son épouse. Le nouveau Chapitre fut alors transféré dans l'église paroissiale de Saint-Étienne, à Saint-Mihiel, où il fut placé sous l'invocation de saint Léopold, saint Maur et saint Nicolas.
2. La partie de ce cloître encore debout date, vraisemblablement, du quinzième siècle ; une salle, capitulaire, du quatorzième siècle, lui est attenante.