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La partie centrale du retable est surélevée par un arc en anse de panier dont les sommiers reposent sur l'entablement des portiques latéraux. Elle forme ainsi une sorte de niche dont la voussure est décorée d'un quadruple rang de caissons à rosaces et le tympan orné d'une large coquille. Sur le claveau central, taillé en forme de cartouche et légèrement en saillie, l'artiste a gravé les armes du duc Antoine de Lorraine (')• Un entablement analogue a celui qui surmonte les deux compartiments latéraux couronne le tout. Dans les écoinçons triangulaires ménagés entre l'archivolte et la première saillie du couronnement, se voient deux médaillons circulaires renfermant, traités en basrelief, les bustes des apôtres saint Pierre et saint Paul.
Tout cet ensemble est peint, les parties saillantes se détachant en or sur fond d'azur. On ne saurait désirer cadre plus beau, plus digne des trois magnifiques reliefs que nous allons décrire.
Le premier, à la gauche du spectateur, représente le Portement de Croix. Le Christ, vêtu d'une longue robe traînante, occupe le centre de la composition. Attaché à la ceinture par une corde dont un des bourreaux tient l'extrémité, il tombe sous le faix de la lourde croix qui charge ses épaules. Le corps est affaissé, porté seulement sur le genou gauche qui repose sur le sol et par le bras droit allongé, dont la main étendue s'appuie sur une ondulation de terrain. Ce mouvement, parfaitement compris et étudié, relève le buste, et le Christ tourne, vers ceux qui le suivent, un visage plein d'angoisses, où se peint une intraduisible expression de souffrance résignée. Sur la tête est enfoncée une lourde couronne d'épines ; une partie de la chevelure, rejetée en arriére, retombe
I . Les quartiers de Gueldres et de Juliers ne figurent pas dans cet écusson ; le duc Antoine ne les ajouta jamais officiellement à ses armoiries.
de chaque côté de la figure. Le bras gauche, projeté en avant, enserre et retient la croix.
A l'arrière du Christ, le corps courbé et en partie caché, Simon le Cyrénéen s'avance en soutenant le montant vertical de la croix. Le bonnet pointu à bords relevés qui lui couvre la tête (') et le profil sémitique fortement accentué font reconnaître le Juit.
Trois femmes se tiennent groupées à l'arriére du cortège. Celle du fond, que l'on aperçoit à peine, est coiffée d'un linge roulé en forme de turban, qu'un tour de l'étoffe passée sous le menton retient sur la tête en encadrant le visage. Ses mains sont jointes ; ses traits douloureusement contractés accusent le chagrin qui l'accable. A ses côtés, une autre femme, Madeleine, que ses longs cheveux tombant sur ses épaules, son corsage finement plissé, font facilement reconnaître, se penche au-dessus de Véronique, qui, placée au premier plan, tient le linge où la Sainte Face vient de s'imprimer. Véronique porte un riche costume, recouvert d'une tunique à larges manches, fendue sur le côté et serrée à la taille par une ceinture. Une agrafe en forme de rosace, posée un peu en dessous, en retient encore les deux pans. Un manteau flottant, noué sur l'épaule droite, complète cet ajustement. Le geste un peu théâtral de la sainte femme, son fin visage, expriment le profond étonnement que lui cause le miracle qui vient de récompenser son acte d'héroïque charité.
A droite de la scène, près du pilastre d'encadrement, on remarque un bourreau vêtu d'un pourpoint collant couvert d'une multitude de crevés. Sa tête est nue, et, d'un mouvement très juste, plein d'aisance, il soulève, en la maintenant par la traverse, la croix dont le poids vient de fiire fléchir le patient. Un deuxième
I. Cette coiffure fut longtemps, dans nos contrées, un signe distinctit imposé aux Juifs.