LA PIÉTA D'ÉTAIN
même façon qu'à Bar-le-Duc, ceint les reins. La partie inférieure du corps s'allonge sur la toison qui recouvre le sol. La jambe droite, entièrement étendue, laisse apercevoir celle de gauche légèrement surélevée par le genou de la Vierge contre lequel elle s'appuie. Le bras droit tombe le long du corps, la main un peu en dedans; le gauche, soutenu au coude par la main de Marie, s'abandonne au bras maternel. La main, mal restaurée, tombe avec une raideur qui contraste avec la flexibilité des autres membres.
La tête de Jésus, doucement abandonnée contre l'épaule maternelle, est d'une régularité parfaite. Elle accuse déjà ce parti pris d'arrangement des détails, de précision minutieuse dans le rendu de la barbe et des cheveux, que nous rencontrerons souvent désormais et que nous trouverons poussé à son extrême limite dans la tête du Christ du Sépulcre de Saint-Mihiel. La figure est modérément allongée et ses lignes ne manquent point de finesse. Le front est bien développé, l'arcade sourciliére profonde et assez longue ; les yeux, parfaitement dessinés, sont clos ; ici encore, la paupière supérieure déborde sur la paupière inférieure. Le nez est droit, un peu pincé ; la bouche entr'ouverte laisse apercevoir les dents. Une barbe fine et frisée, très délicatement traitée, encadre le visage, et les longues mèches bouclées de la chevelure tombent régulièrement de chaque côté jusque sur les épaules.
Un sentiment de paix profonde, de repos calme, presque confiant, est empreint sur cette face et en adoucit les traits déjà un peu figés et tendus par la mort. Elle fait involontairement songer à celle, beaucoup plus maniérée, mais moins rayonnante peut-être, de l'œuvre ultime du maître, dont nous parlions tout à l'heure.
Le groupe, dans son ensemble, est d'aspect un peu lourd,
l'exécution paraît sommaire et lâchée. 11 est taillé dans une pierre d'un grain très fin que l'artiste tirait d'une carrière des environs de sa ville natale et qu'il employa constamment pour ses ouvrages ('). L'ensemble mesure i"',3o de longueur à la base, o^jo de largeur et i"',io, environ, de hauteur. Ces deux statues furent primitivement peintes, mais cette peinture, probablement fort détériorée par le temps, n'a point trouvé grâce devant les amateurs du lessivage et de la potasse. De malheureuses restaurations sont venues, elles aussi, altérer cette belle œuvre à laquelle les vicissitudes n'avaient point été épargnées. On ne peut que regretter ces pieds gonflés et mal rapportés, cette main aux doigts raidis qui tombe avec tant de lourdeur et forme, nous l'avons dit plus haut, un singulier contraste avec la flexibilité des autres membres.
La Piétà d'Étain fut, à son origine, érigée au-dessus d'une sépulture, dans une chapelle du cimetière appelée « Chapelle du Charnier » ou « de l'Ossuaire », mais dont le vocable primitif était « Notre-Dame de Pitié » C). L'épitaphe, gravée sur le sou-
1. Il est généralement reconnu aujourd'hui que cette pierre provient d'une carrière dite « de la Justice », située sur le ban de Saint-Mihiel, dont l'exploitation
a cessé depuis un temps immémorial. Elle appartient à l'étage coralien. D'une J
extrême finesse, et d'un blanc mat qui prend avec le temps une teinte jaunâtre, ~
elle se prête facilement au travail du ciseau, surtout lorsqu'elle est taillée au sortir de la carrière.
2. La fondation de cette chapelle remonte à l'année 1480. A cette date, Jean Thiéry, écuyer, demeurant à Étain, la fit construire à ses frais et dépens, sur un terrain lui appartenant et contigu au cimetière paroissial. Le vocable primitif, Notre-Dame de Pitié, fut changé peu après, lorsque les propriétaires eurent permis que l'on y déposât les os extraits des fosses ouvertes pour de nouvelles inhumations. Elle prit alors le nom de Chapelle du Chantier ou de VOssuaire.
Les descendants du fondateur assignèrent à la chapelle certains revenus pour acquits de messes, et l'un d'eux, Thiéry Thiéry, établi à Saint-Mihiel, fit reconstruire l'édifice à ses frais en 1634. Il ordonna en outre, par testament du 11 juin 165 1, qu'une somme de i 600 fr. serait prélevée sur l'ensemble de sa succession et em-