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gereuse, dont les maléfices avaient ensorcelé le pauvre Mauricet. De fait, ce dernier continuait à être sous le charme. La blanche vénusté du souple corps de Lilia, la chaude tendresse de son cœur et plus encore, les délices de ses baisers, la magie de ses yeux pers, le tenaient enchaîné et il ne vivait que pour elle.
Au bout de la première année, Lilia mit au monde un fils qui ressemblait à son père. Les cheveux seuls du marmot étaient, pareils à ceux de sa mère, très soyeux, très abondants et de la couleur des feuilles de saule.
— Ce ne sont pas des cheveux de chrétien, s'écriait
Denise, et elle en faisait la remarque devant Mauricet.
Elle ne manquait pas du reste de relever avec une adresse perfide et de signaler à. son beau-frère les moindres singularités de sa femme.
Quand on la contrariait, Lilia s'abandonnait à d'orageuses colères qui s'épanchaient impétueuses comme une eau bouillonnante, au sortir de l'écluse.
En outre, dans cette maison savoyarde où tout était régulier et méthodique, où chacun avait sa tâche, elle passait oisivement de longues heures à peigner sa magnifique chevelure onduleuse ou à rêvasser par les chemins. Sa promenade favorite était la
berge du lac. Elle s'asseyait sur le bord, à l'ombre d'un noyer, et demeurait, les yeux fixés sur la nappe liquide aux teintes changeantes, comme si elle eût cherché à voir jusqu'au fin fond de l'eau bleue. A de certains jours, principalement le samedi, elle s'attardait en sa rêverie et ne rentrait qu'à la nuit close.
Denise, qui l'espionnait, la suivit un soir, en se dissimulant derrière les cerisiers. Elle crut entendre la princesse qui s'entretenait d'une voix très douce avec quelqu'un. Intriguée, elle s'élança vers la berge, mais à son approche, le m}'stérieux interlocuteur sembla plonger dans le lac et,
lorsqu'elle arriva sur le talus, elle ne distingua que la surface de l'eau encore bouillonnante.
— Avec qui causiez-vous donc? interrogea-t-elle d'une voix soupçonneuse.
— Avec les poissons, répondit simplement Lilia, je leur demandais des nouvelles de cbez nous...
Il n'en fallut pas davantage pour aiguiser la méchanceté de Denise et elle fit courir le bruit qiie Lilia avait de clandestins rendez-vous avec un visiteur diabolique.
A quelque temps de là, on s'occupa de baptiser le fils de Mauricet; il fut décidé qu'il serait tenu sur les fonts par
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Denise et Bastien et qu'on le nommerait Deniset. Ce nom déplaisait à Lilia; elle eut désiré qu'on l'appelât Raymondin, comme son grandpère, le roi des Balmettes.
Cette divergence donna lieu à d'aigres discussions dans lesquelles intervint le curé du village. En sa qualité de future marraine, Denise eut à ce propos de secrets colloques avec le curé et elle en profita pour lui insinuer, qu'avant de baptiser l'enfant, il serait convenable d'administrer le même sacrement à la mère, qui était une païenne. Elle éveilla ainsi cauteleusement les scrupules du prêtre qui insista près du mari pour que
la princesse fit une solennelle abjuration. Mauricet eut la faiblesse de le promettre, mais quand il communiqua cette proposition à Lilia, il se heurta à un refus très net.
Elle répondit qu'elle avait été élevée dans la religion de son père, le roi des Balmettes, et qu'elle n'en changerait pas. Sur ces entrefaites, le curé, paré de ses habits sacerdotaux entra et voulut la catéchiser.
Alors, prise d'un violent accès de colère, elle saisit une écuelle pleine d'eau qui se trouvait à sa portée et elle en aspergea brusquement le prêtre qui faisait mine de l'exorciser . Incontinent , le visage de l'ecclésiastique se