LIL1TII
LE SOLEIL
oscille clans le ciel obscur et l’un de ses rayons, transperçant l’opacité inaugurale, tombe sur le Simulacre :
Me voilà! Je surgis d’entre les abîmes. Reçois le baiser de mes flammes, Homme encore endormi. Aflcrmis-toi sous l'incandescence de ma lumière, humide Argile; que ma chaleur soit le Sacrement qui te rende digne de la Vie.
LES ANGES
llosannah !
GABRIEL
Quelle étrange créature! Elle n’est semblable à aucun de nous.
MICHEL
Elle est belle,
AZRAEL
La fécondité de Jéhovah m’étonne.
LA VALLÉE d'hÉBHON
SATAN
Heu! Gela ne doit pas être très solide.
AZRAEL
Tais-toi!
GABRIEL
Adorons !
MICHEL
Cette forme nouvelle humilie l’idéal pre«~ mier. Je frissonne de joie devant une beauté si excellente.
LES ANGES
Hosannah !
On entend au loin le magistral tonnerre de Jéhovah. Les Anges s’éloignent, mais au bout d’un instant Satan, armé d’une grosse pierre, revient près du Simulacre. Visant à la tête, il projette sa pierre : la pierre rebondit sur l’Homme intact.
LE SOLEIL
Ï1 est trop tard, Satan! J’ai changé la glaise molle en un infrangible diamant.
SATAN
Ne sois pas si fier! Va, l’argile n’est jamais que de l’argile.
Il disparaît et Jéhovah, sortant d’une nuée d’argent, se dresse, le front ceint d’escarboucles. Au-dessus de sa tête, les quatre Lettres brillent en traits de feu, et sur sa longue robe bleue, sa barbe de lin descend en torsades majestueuses.
JÉHOVAH
L’épreuve est faite. Soleil, je te donne l’éternité. Tu vivras autant que le roi qui va respirer l’air attiédi par tes rayons, et quand Tout rentrera en Moi, quand la Création, redevenue Pensée, aura retrouvé le refuge de mon sein paternel, comme des oiseaux qui
LA VALLÉE d'hKBRON
retournent au nid, alors, Soleil, je t’épargnerai, et tu fomenteras la gloire de l’Assemblée de mes élus.
Il se penche vers la statue et sa bouche divine souffle la Yie dans la bouche d’argile. L’Ame pénètre dans son habitacle, et à mesure, la chair endormie s’éveille ; le sang gonfle les veines, le cœur se inet en marche, les artères se gorgent, la peau se colore, ia poitrine se soulève en une respiration immense; les bras et les jambes prennent les attitudes du repos conscient ; comme une va^ue, les entrailles ondulent dans leur cavilé, le mâle se révèle. Alors, des extrémités du corps et de ses profondeurs, le Souffle de Dieu monte vers la tête: les lèvres rougissent, le nez palpite, les paupières tournent sur leurs gonds légers et F œil apparaît mobile, bleu comme le ciel qui s’y reflète et tout étonné* Là, le Souffle s’arrête un instant, afin d’imprimer dans ces premières prunelles un insa-
LILITÏI
tiahle désir d’infinie beauté, puis il monte encore, et la Ruche enfin bourdonne.
JÉHOVAH
Voici le roi de la Terre, comme moi je suis le roi du Ciel. Voici la Conscience de la Vie, comme moi je suis la Conscience de l’Être. Il dort : Anges, venez, et avant qu’il ne s’éveille, adorez-le.