LES PRINCIPAUTÉS
Hosannah ! Ton œuvre est bonne, Seigneur. La création s’est accomplie selon les Normes. Hosannah! Seigneur, ton œuvre est bonne 1 Hosannah !
SATAN
Seigneur? Mon cher Seigneur?
LA VALLÉE d’hÉBBON
LES ARCHANGES
Hosannah ! Ton œuvre est bonne, Seigneur. Elle est consubstantielle à l'éternité. L’éterne seul existe. Ton œuvre existe, puisque tu l'as marquée du sceau de la Permanence. Hosannah ! Seigneur, ton œuvre est bonne ! Hosannah !
Seigneur? Mon adorable Seigneur?
JÉHOVAH
Laisse-moi. Il faut que mes Décrets s’accomplissent.
SATAN
Je suis à genoux devant les Décrets de mon créateur.
En lui-même il murmure:
Je crois qu’avant d’être roi je suis détrôné.
LES ANGES
Hosannah 1 Hosannah ! Hosannah!
JÉHOVAH
L’heure est venue et ce site me convient.
Le cortège obéit à la pensée de Jéhovah. Pendant que le Maître songe, des siècles s’écoulent. Toute voix se tait, les anges adorent, mais Satan résiste à Puniverselle prière. Les siècles s’écoulent et le monde obscur sourit dans la joie primordiale.
JÉHOVAH
se réveille et dit pour la seconde fois, en touchant sa barbe de lin :
Mon œuvre est bonne.
Puis, il ajoute :
Faisons l’homme. '
SATAN
L’homme I Quel est ce nouvel animal?
JÉHOVAH
Gabriel, écoute-moi : Je vais façonner de
LA VALLÉE d’hÉBRON
mes mains celui qui sera le roi du monde. Ya trouver la Terre et demande-lui quelques poignées d'argile, de la blanche, de la noire, de la rouge, de la jaune et de la bleue. Avec cela je formerai le Prince terrestre, le vrai fils de la Terre et son maître, l'Homme.
GABRIEL
s'éloigne, puis revint et dit :
Seigneur, je vous ai obéi, mais la Terre m'a répondu : « Tu ne prendras ni argile, ni poussière, ni pierre. Je ne veux pas que ma substance serve à former des créatures qui un jour m’abreuveront de sang. »
JÉHOVAH
Depuis quand la Terre a-t-elle le don prophétique? Je fais ce que je dois faire. Va, toi, Michel. Il faut que mes Décrets s'accomplissent.
MICHEL
s'éloigne, puis revient et dit :
LlLl t H
Seigneur, je voas ai obéi, mais la Terre m’a répondu par ces mêmes paroles que Gabriel vous a rapportées.
SATAN
dit en lui-même :
Il n’aura pas son argile!
JEHOVAH
Parle tout haut, Satan. Aurais-tu, par hasard, un conseil à me donner?
SATAN
Seigneur, mes pensées sont les fdles de votre Pensée. Je me récuse très humblement. Persévérez, Seigneur.
JÉHOVAH
Eh bien, va, toi, trouver la Terre.
SATAN
Seigneur, mon éloquence, aucunement persuasive...
hélas! n’est
JÉHOVAH
Azraël, c’est donc à toi.
AZRAEL
s'éloigne, puis revient et dit :
Seigneur, je vous ai obéi. La Terre m’a répondu par les mêmes paroles que Gabriel et Michel vous ont rapportées, mais j’ai passé outre : voici les argiles. Voici la blanche, la noire, la rouge, la jaune et la bleue. J’en ai levé en tout quarante coudées, afin que s’accomplissent les décrets de mon Créateur.
JÉHOVAH
C’est bien. Maintenant, ministres de mon Plaisir, laissez-moi.
Les Anges disparaissent vers le zénith, la Nuéese dissipe et, penché vers le sol, Jéhovah manipule les argiles. Tout à sa besogne, l’Ouvrier divin travaille avec joie et, quand la glaise devient trop sèche, il se lève, va remplir au
fleuve ses deux mains d’eau pure et en baptise la forme ébauchée. II travaille, l’œuvre avance. L’approche des ténèbres excite son activité, et quand la nuit descend, la statue est complète, car s’il faut à Jéhovah des siècles pour méditer ses actes, quelques heures lui suffisent pour les accomplir.
JÉHOVAH
Je suis content. Mais tout n’est pas fini. Soleil, tu consolideras ce simulacre et alors je reviendrai et je lui donnerai la Vie.
Avant entendu le commandement du Sei-
gneur, le Soleil fait éclater à l’obscur horizon une flamboyante gerbe d’étincelles, et, disparaissant derrière la montagne de Kâf, hâte vers le lendemain sa course nocturne.
Cependant Jéhovah rassemble les débris des argiles, excellents déchets qui peuvent fort bien servir une autre fois. Il les cache près d’un figuier aux branches tombantes et, sous
LA VALLÉE d’hÉüRON
la forme énigmatique crime lumineuse vapeur sa Divinité s'épand dans l'air calme du soir> se diffuse au loin sur la nature apaisée.