UN ENCLOS FERMÉ DE PALISSADES
Raziel vient de faire ses adieux à ses protégés. Il est remonté vers les obédiences qui l’attendent là-haut, à la cour de Jéhovah.
Assise sur le seuil de la primitive cabane, Eve coud ensemble, afin de s’en faire un vêtement, de fragiles feuilles de figuier. Adam aiguise au feu un pic à défricher le sol.
ÈVE
A quoi bon m’attarder à ce fugitif vêtement? Un seul jour suffit à le mettre en pièees. Ah 1 quelle misère! J’ai froid.
ADAM
Mais j’y pense, avec la baguette magique que me donna Raziel, je puis évoquer deréels
animaux dont la toison nous vêtira. Je vais faire surgir unmouton,jele tondrai, tu fileras, je tisserai, tu coudras et nous aurons chaud.
Adam frappe le sol et une brebis apparaît qui met bas incontinent un agneau et une agnelle.
EVE
A mon tour, donne-moi la baguette I
Ève frappe le sol et une louve apparaît qui met bas incontinent toute une portée de petits louveteaux, — et voici que la louve, apercevant les agneaux, montre les dents et manifeste son désir de les croquer, afin de se faire du bon lait.
Inquiet, Adam frappe encore le sol, et cette foisapparaît un couple de chiens qui donnent lâchasse aux loups. La mère s’enfuit, emportant un mâle dans sa gueule : les chiens étranglent le reste.