TH RODAIT
toi! Prends garde,, et prenez garde, vous tous, mes enfants, qu’étant au-dessus des fidèles par le sacerdoce vous ne vous jugiez encore au-dessus d’eux par le savoir et par la sainteté. Ne vous faites jamais à vous-mêmes de questions semblables à celles de Yalère, si vous n’avez la réponse toute prête. Et pour la sainteté, souvenez-vous que vous avez péché dans la cléricature et que vous pécherez dans le sacerdoce. Ne croyez pas, comme Félage, que l’homme, quel qu’il soit, puisse vivre sans péché. Ne douiez pas, comme lui et comme Cœleslius, de la faute originelle qui nous souille à jamais : votre force est dans la conscience de votre impureté. Sans la grâce, que serions-nous! Que la grâce de Dieu soit avec nous!
TOUS LES CLERCS
Que la grâce de Dieu soit avec nous!
THÉODAT
Qu’elle éloigne de votre cœur les mauvaises
THÉODAT
pensées. Écoutez-moi encore. Toi, Tiburce, et toi, Flavien, vous êtes mariés. Gardez vos femmes, que vos femmes ne vous gardent pas. Qu’elles ne soient point pour vous l’occasion du péché, mais bien plutôt l’armure contre la tentation et le bouclier contre les désirs charnels, la coupe où s’étanche la soif, non pas l’amphore d’où s’épand l’ivresse. Toi, Paulin, auras-tu la force de persévérer dans le célibat? Tu sais que le mariage, une fois franchie la grille du sanctuaire, te sera interdit à jamais ?
PAULIN
Je hais la femme!
THÉODAT
Ne parle pas ainsi, tu me fais peur. Aujourd’hui, tu la hais, mais demain? Demain, ainsi que tant d’autres, hélas! tu prendras une concubine! Sou viens-toi que si les règles ecclésiastiques sont indulgentes à la faible, si
TIIÉODAT
faible chair, Dieu est terrible pour qui outrepasse la mesure.
PAULIN
Non, ni femme, ni concubine; et si j’étais marié, père, je ferais comme toi, je fermerais ma porte. Que le prêtre, au moins, donne l’exemple, et vive seul avec Dieu.
TIIÉODAT
Eustathe! avez-vous entendu Eustathe? Le rigide hérétique dont la rigueur n’est que de l’orgueil aurait-il des disciples parmi nous? Non, il n’est pas nécessaire au salut que le chrétien quitte sa femme, et renonce aux biens terrestres, et prie chaque jour et chaque nuit, et jeûne chaque matin. La vie chrétienne n’est pas la vie monacale.
PAULIN
Pourtant, le renoncement est beau. Tu en donnes l’exemple !
THÉODAT
THÉODAT
Garde la mesure. Et toi, mon Martial, fils adoptif et bien-aimé de Prudence?
MARTIAL
O père, je n'ai pas réfléchi à ces choses... Je suivrai...
PAULIN
En lui-même :
Fils adoptif, ou naturel... Que l'Église a dégénéré l
MARTIAL
... Je suivrai la voie droite, si Dieu vient à mon aide. Je ne connais aucune autre femme que Prisciila, qui me servit de mère, et je ne voudrais aimer que le Christ.
THÉODAT
Puisse ton cœur n'avoir jamais besoin de ne parler qu'au Christ. Prie!
ao4
MARTIAL
Je prierai, père.
THÉODAT
Toi, Valère, tu es fiancé, je le sais.
VALERE
J’avais une fiancée, je l’ai quittée pour Dieu.
THEODAT
Mais elle?
VALÈRE
11 est vrai, elle n’a pas compris le sacrifice.
THÉODAT
Marie-toi et attends une année. Elle t’aime, et toi, je suis sûr que tu l’aimes aussi.
VALÈRE
Elle est si bonne que la détester...
THÉODAT
Et tu veux être prêtre! Réfléchis! prends
THÉODAT
garde au scandale! celle que tu abandonnes, fiancée, bientôt tu la voudras, femme, et tu ne (pourras la prendre que concubine. Elle est de haute condition, il faudra qu’eile se déshonore par amour! .Ah! Yalère, .a lirais- lu le cœur d’abaisser à ce rang la jeune fi t le noble qui l’a voué sa vie ? Je sais ce que durent de telles ruptures, et je sais ce qu’elles coûtent. Marie-toi, tu me reviendras., je ’t -accueillerai, car !tn .seras à l’abri .du péché. Via, mon fils, tu aaes plus postulant au .•sacerdoce,. Tu pleures, mais comme elle va être heureuse, elle! Mes fils, c’est que je voudrais vous éviter les luttes où j’ai souffert! Dieu m’a secouru, je suis sauvé, mais à quel prix! Craignez la femme ! Craignez la femme 1
PAULIN
T imor fem in œ in il ium sap ien tiæ.
THÉODAT
Ou plutôt le complément, Paulin. Mais que ces choses sont délicates! L’expérience de la
THÉOD.VT
vie est difficile à acquérir, plus difficile à enseigner. il faudrait se mettre soi-même à nu; il faudrait scandaliser dans le présent pour édifier dans l’avenir. Mon Dieu ! protégez mon troupeau comme vous m’avez protégé moi-même î
TOUS LES CLERCS
Bénissez-nous, père !
Ils font le mouvement de s’agenouiller, l’évêque étend à demi le bras, mais la porte s’ouvre, entre :