LE SOLEIL
Il est trop lard, Satan! J'ai changé la glaise molle en un infrangible diamant.
SATAN
Ne sois pas si fier! Va, l'argile n'est jamais que de l'argile.
Il disparaît et Jéhovah, sortant d'une nuée d'argent, se dresse, le front ceint d'escarboucles. Au-dessus de sa tête, les quatre Lettres brillent en traits de feu, et sur sa longue robe bleue, sa barbe de lin descend en torsades majestueuses.
JEHOVAH
L'épreuve est faite. Soleil, je te donne Té* ternité. Tu vivras autant que le roi qui va respirer l'air attiédi par tes rayons, et quand Tout rentrera en Moi, quand la Création, redevenue Pensée, aura retrouvé le refuge de mon sein paternel, comme des oiseaux qui
LA VALLÉB d'hÉBRON SQ
retournent au nid, alors, Soleil, je t'éparg-nerai, et tu fomenteras la gloire de l'Assemblée de mes élus.
Il se penche vers la statue et sa bouche divine souffle la Vie dans la bouclie d'arg-ile. L'Ame pénètre dans son habitacle, et à mesure, la chair endormie s'éveille ; le sang gonfle les veines, le cœur se met en marche, les artères se gorgenl, la peau se colore, la poitrine se soulève en une respiration immense; les bras et les jambes prennent les attitudes du repos conscient ; comme une vague, les entrailles ondulent dans leur cavité, le mâle se révèle. Alors, des extrémités du corps et de ses profondeurs, le Soulile de Dieu monte vers ialèLe: les lèvres rouvrissent, le nez palpite, les paupières tournent sur leurs gonds légers et l'œil apparaît niobile, bleu comme le ciel qui s'y reflète et tout étonné* Là, le Souffle s'arrête un instant, afin d'imprimer dans ces premières prunelles un insa-
tiable désir (rinfiiiie heauté, puis il monte encore, et la Huche enfin bourdonne.
JEnOVAH
Voici le roi de la Terre, comme moi je suis le roi du Ciel. Voici la Conscience de la Vie, comme moi je suis la Conscience de l'Etre. Il dort : Anges, venez, et avant qu'il ne s'éveille, adorez-le.
LES SERAPHINS
Hosannah ! Nous adorons l'homme. Il participe à notre puissance. Hosannah 1